Je me pose une question par rapport à la Résurrection ; on nous dit qu’elle n’interviendra qu’à la fin du monde ?

Une ancienne montre Rolex - Image par diegom de Pixabay

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Pasteur,

je me pose une question par rapport à la Résurrection ; on nous dit qu’elle n’interviendra qu’à la fin du monde mais entre le moment où nous mourons et ce moment, que serions-nous alors,’une âme seulement ? j’ai du mal à comprendre cette idée enseignée car il me semble impossible que nous ne puissions qu’être un Esprit ne serait-ce que pour être reconnus de nos proches que nous retrouvons avant ce moment ? (ou alors, j’ai mal compris l’idée sur la question ) . Ou alors nous aurions « une enveloppe » provisoire ?

Merci

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Merci pour cette question, qui est bien intéressante car elle révèle bien la complexité qu’il y a d’imaginer et encore plus de dire ce qui a trait à la vie future. Ce n’est pas une question qui intéresse tellement Jésus, apparemment. Quand il parle du Royaume de Dieu c’est pour en parler au présent comme dans cette première parole de son enseignement dans l’Evangile selon Matthieu « Heureux les pauvres en Esprit, car le Royaume de Dieu est à eux ». Est déjà, présentement a eux. De fait, il est présent, déjà là. Et quand il dit « le Royaume est proche », en réalité dans le grec des évangiles il y a marqué « le Royaume de Dieu s’est totalement approché », c’est déjà fait (le verbe est au parfait, au passé accompli).

Ensuite quand Jésus parle de la résurrection, il dit que c’est un passage à la vie éternelle dans le présent de cette vie.
Par exemple dans l’Évangile selon Jean, Jésus dit « Celui qui a confiance dans le Fils a la vie éternelle« (Jean 3:36), « il ne mourra jamais » (Jean 11:25-26). Ou encore dans sa première lettre « quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu… Dieu est amour; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui (éternellement) » (1 Jean 4:7;16). Tous ces passages expriment l’idée que la résurrection est quelque chose de donné dans notre vie présente ici bas, que la vie éternelle est déjà une dimension de notre vie présente, par ce qu’il y a de plus profond et élevé en nous. Certes, il y a aussi notre faiblesse et nos travers, mais Dieu regarde et Dieu garde ce qui est en nous de l’ordre de la vie profonde et vraie, il garde notre personnalité profonde. Et cela est déjà gardé et le sera pour l’éternité, au delà de la mort du corps. Comment ? Nous verrons bien. C’est pourquoi nous voyons Jésus insister sur la vie présente, qu’elle soit belle, profonde et vraie, par la foi, par l’amour, la bienveillance libre et gratuite. Car penser à la vie future peut vite tourner à l’égocentrisme, afin de préparer son petit salut à soi, comme s’il y avait un examen ou un chantage organisé par un Dieu juste mais impitoyable. Précisément, c’est à l’opposé de ce que manifeste le Christ.

Dans les lettres de Paul, la conception de la résurrection et de la vie future, de la fin du monde avec la venue du Royaume de Dieu ressemble parfois plus à ce que vous dites avec la résurrection dans la vie future, après la fin de l’histoire. C’était sans doute une des façons, très classiques dans le judaïsme de l’époque, de concevoir la suite des événements dans le futur et dans l’au-delà. On a le droit, bien entendu. Cela me semble plus proche de la mythologie des peuples environnants, égyptiens et mésopotamiens qu’à ce qu’annonce le Christ. Mais encore une fois, nous verrons bien, faisons seulement confiance. En tout cas, si cela correspondait à la réalité, de toute façon la notion même de temps qui passe est physiquement, scientifiquement liée à l’existence des dimensions spatiales. Le temps de notre montre et de notre calendrier font partie de ce monde matériel. Même dans ce monde matériel, si nous voyagions à la vitesse de près de trois cents mil kilomètres à la seconde (la vitesse de la lumière), la notion de temps qui passe devient relative. Hors des dimensions de ce monde matériel, nous ne pouvons pas avoir idée, à mon avis, de ce que pourrait signifier le temps qui passe. De toute façon, à notre mort nous laisserons derrière notre Apple-Watch, notre sablier ou notre Patek-Philippe !

Il me semble que l’on trouve surtout cette conception dans les lettres de Paul les plus anciennes, par exemple la 1ère épître aux Thessaloniciens qui est l’écrit le plus ancien du Nouveau Testament, écrit vers l’an 50. Plus tard, ou en tout cas dans d’autres lettres, Paul parle lui aussi de notre résurrection comme un événement passé et actuel (plutôt que dans la vie future), par exemple dans sa lettre aux Colossiens « ayant été ensevelis avec Christ par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui » (2:12)… « Si donc vous êtes ressuscités avec Christ, cherchez les choses d’en haut » (3:1) Il n’y a pas non plus de chantage au salut futur, nous avons été ressuscités par Dieu en Christ, ce serait seulement une belle idée de vivre de cette qualité d’être et de vie.

Manifestement, les deux conceptions (résurrection déjà reçue, ou résurrection attendue pour l’au-delà) existaient, et prêtaient à débat dans l’église de la 2e moitié du premier siècle (entre 50 et 90), puisque dans une lettre attribuée à Paul mais dont il est à peu près certain qu’elle a été écrite par des chrétiens une vingtaine d’années après sa mort, il est écrit « Hyménée et Philète, se sont détournés de la vérité, disant que la résurrection est déjà arrivée, et qui renversent la foi de quelques-uns. » (2 Timothée 2:17-18). Comme quoi, les deux opinions étaient sévèrement en discussion. Cela nous donne à mon avis la liberté de réfléchir et de penser ce qui nous semble être le plus juste. Et de garder de toute façon la confiance dans l’amour de Dieu, et un respect des autres qui ne pensent pas comme nous, un respect de la personne, si ce n’est de toutes les idées, effectivement.

Dans la vie future, Paul évoque cette question de notre corps dans sa 1ère lettre aux Corinthiens tout au long du chapitre 15. Il parle d’un corps tout autre que celui que nous avons, un corps « glorieux », ou « spirituel ». C’est une question intéressante, car selon la Bible, notre corps est plus qu’une enveloppe, nous sommes un corps animé, pas seulement une enveloppe qui contient une âme (comme le pensaient les grecs). Et quand notre corps biologique cesse de vivre, nous restons un corps animé, dit Paul, même si c’est un corps autrement. C’est bien entendu une façon de parler car encore une fois nous n’avons évidemment pas de mots pour dire ce qui est pour nous aujourd’hui impossible à saisir. Mais ce que je retiens c’est que nous continuons à être un corps, c’est à dire un individu personnel, et que nous ne sommes pas fondu dans une sorte de grand tout (comme le pensent certaines spiritualités orientales, ce qui est bien leur droit). Cela fait sens puisque ce qui « demeure » (et donc est éternel) est de l’ordre de la foi (de la relation généreuse et confiante), de l’amour. Et cela suppose l’existence de relations (pour que ces relations soient belles), et donc de personnes distinctes et en relations. Finalement, cette réflexion de Paul sur notre existence dans l’au-delà permet de faire se rejoindre les deux conceptions de résurrection : la vraie résurrection est la venue progressive de l’éveil de notre personnalité profonde au cours de notre vie en ce monde, vient ensuite la poursuite de cette vie véritable avec un changement de dimensions hors de la matérialité, ce qui correspond à une certaine résurrection future, fors de l’espace, et donc aussi hors du temps tel que nous le connaissons.

C’est ainsi que nous ne « retrouvons » pas ceux que nous aimons dans l’au-delà, puisque par l’amour nous sommes restés en relation. Et rien que cette réalité bien concrète, bien réelle, nous permet de toucher à ce que la Bible dit avec son « amour qui ne tombe jamais », qui demeure pour l’éternité, plus fort que la mort.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie.

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1 réponse

  1. ANDIRAN dit :

    Ressusciter c’est aussi « re -susciter » en nous l’espérance, retrouver la joie et l’envie de vivre dès aujourd’hui.Car si la promesse est faite par Dieu, elle est dès aujourd’hui une réalité. Quant à la résurrection, il est vrai que les textes peuvent être vus de plusieurs manières. Et c’est faire preuve de modestie de ne pas vouloir être affirmatif en ce sujet.

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