Pourquoi les enseignements de l’Église Réformée ne citent pas vraiment les Pères de l’Église ?

Par : pasteur Marc Pernot

a miniature from Svyatoslav's Miscellany
(1076) - wikicommons.

Les Pères de l’Église, miniature du XIe siècle, de la Rus’ de Kiev.

Question d’un visiteur :

Bonjour

Merci pour votre site !

Merci pour les excellents articles qui permettent d’apprendre beaucoup et parfois de se poser de nouvelles questions et de réfléchir de manière intéressante.

Pourquoi les enseignements de l’Église Réformée ne citent pas vraiment les Pères de l’Église, les Pères du désert, les premiers martyrs, éventuellement des Saints, nommés en général les docteurs del’Église par les Orthodoxes ou les Catholiques? J’ai parcouru récemment le livre de la Philocalie, publié par l’Orthodoxie, ces textes sont à considérer. Il ne s’agitait pas d’aller jusqu’à prier des morts, des reliques comme les catholiques et orthodoxes. Leurs histoires de vie sont historiques, restent utiles, intéressantes, aidantes, ayant construit notre société chrétienne d’aujourd’hui.

Merci de m’éclairer.

Bien amicalement.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Grand merci pour les encouragements.

Merci et bravo pour votre intérêt pour les « pères de l’église ». J’aime et fréquente assidument ce patrimoine.

C’est vrai que dans le protestantisme, nous ne ferons pas une prédication (et rarement une formation) sur un passage d’un livre d’un père de l’église. Nous prenons toujours un passage de la Bible, ou une question théologique.

Mais pour travailler ce sujet, l’approfondir, nous sommes nombreux comme théologien ou pasteur protestant à piocher dans ce qu’on écrit les théologiens et prédicateurs des premiers siècles. Ils étaient profonds, spirituels, libres et créatifs. Cela dit, nous ne mettons en général pas trop de notes en bas de page dans nos prédications et textes, afin de ne pas alourdir. Afin de ne pas laisser penser que pour comprendre quelque chose à la Bible il faudrait avoir lu les grands auteurs. C’est peut-être aussi par coquetterie que nous ne mettons en général pas trop de notes et citations : afin de ne pas sembler pédant (alors que ce serait facile de citer quantité d’auteurs savants dont on n’a pas lu le premier livre mais trouvé une jolie citation sur Google :-). Mais c’est vrai qu’il pourrait y avoir un juste milieu, citant quand même quelques rares références qui inciteraient à aller plus loin ?

J’ai même un petit peu l’impression que la redécouverte, l’étude et la publication de ces textes des premiers siècles ont été particulièrement développées par des théologiens protestants, l’église catholique se méfiant un petit peu plus de la riche diversité de ces pionniers des premiers siècles, plus ou moins soupçonnés d' »hérésie ». Comme protestants nous ne craignons pas qu’un auteur ou un fidèle ait des idées personnelles même si elles ne sont pas celles d’un improbable courant majoritaire, ou d’une tradition. D’ailleurs, ni les prophètes, ni le Christ étaient des personnes bien installées dans le courant majoritaire de leur époque. Et la diversité des 4 évangiles nous encourage aussi à nous intéresser à de multiples interprétations, à considérer la diversité des témoignages comme une richesse. C’est ce qui nous appelle à avoir notre propre sensibilité théologique et spirituelle, à avoir notre propre rapport au Christ, notre propre relation à Dieu, en confiance.

Comme vous dites, ce n’est pas parce que nous nous ouvrons à ces témoignages divers que nous allons les suivre en tout, ni à en choisir un pour devenir son disciple. C’est du Christ que nous sommes disciples et qui rassemble tous les chrétiens. Par exemple je suis un grand fan de ce qu’a écrit Saint Augustin mais il y a bien des points de sa théologie avec lesquelles je ne suis en profond désaccord (en particulier cette épouvantable idée de « péché originel »). C’est comme en toute chose, un peu de bienveillance et de gratitude est source de grands bienfaits pour celui qui les vit.

Mais il n’y a pas non plus que les pères de l’église, je suis personnellement un lecteur passionné de Thomas d’Aquin, de Maître Eckhart, d’Angélus Silésius, de Sören Kierkegaard, de Paul Tillich.

A chacun ensuite d’explorer, de faire son miel. C’est plus qu’autorisé, c’est hautement recommandable, je pense, car c’est comme cela que l’on se forge ses propres convictions, sa spiritualité, avec un authenticité qui est tr!ès favorable à notre foi. Cela permet aussi,normalement, de développer un respect des autres (même si l’on admire pas non plus toutes les idées).

Belles découvertes dans d’immensément riche patrimoine chrétien

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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