Jésus est juif et s’adresse aux Juifs, c’est cela ? L’Islam n’est-il pas plus universel ?

Enluminure du XIIe siècle représentant tous les peuples dans son sein - Abraham, le père des croyants Enluminure de la Bible de Souvigny

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonsoir,

avant tout merci pour votre site qui est vraiment inspirant et instructif pour la recherche de Dieu et sa compréhension.

J’ai énormément de question mais je pense qu’il est préférable d’y aller une par une. J’ai été baptisé enfant mais je ne me suis jamais vraiment considéré comme croyant et je ne connaissais pas vraiment l’histoire de Jésus.

J’ai voulu donc en savoir plus, tout ça après un long cheminement spirituellement qui ma mener d’abord vers des techniques et des croyances qui sont aujourd’hui définies comme « new age » mais qui me ramènent toujours vers Dieu, l’unique créateur, et l’endroit où on entend parler de lui c’est bien dans la religion… J’avoue avoir des réticences malgré un for attrait pour la (les) religion.

Enfin, la question que je veux poser c’est à propos de toutes les paroles de Jésus… Jésus est juif et s’adresse au Juif et dans ce que j’ai lu jusqu’à maintenant dans l’évangile selon Saint Matthieu c’est qu’il est le sauveur des Juifs et qu’il ne vient pas pour le monde mais pour les Juifs, Jésus considérait-il aussi les non juifs comme enfant de Dieu ? était-il là pour sauver aussi les non juifs et les intégrer à sa religion ?

C’est comme l’ancien Testament il est pour les Juifs comment se reconnaitre la dedans, qui sommes-nous les non juifs dans cette religion ?

Il serait écrit dans le Coran qu’il est écrit pour l’humanité, que penser du fait qu’il y’est une religion pour un peuple élu (deux, mais au final le christianisme posent ses fondements sur le judaïsme) et une religion généralisée comme l’islam?

Merci de prendre le temps de me lire
Bien à vous

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Monsieur

C’est moi qui vous remercie pour ces encouragements.
Et bravo pour vos recherches, je sais combien cela demande de courage et d’énergie d’évoluer dans un domaine aussi profond et personnel.

Vous avez raison dans ce rapport à la religion comme, d’une part : utile pour travailler la question de Dieu, et d’autre part : dangereuse. A mon avis, il convient d’être vigilant sur soi-même : vérifier que sans cesse la religion reste au service de votre foi et de votre réflexion et de votre prière personnelles, et non l’inverse : votre réflexion, votre espérance, votre foi, votre relation à Dieu subordonnées à une religion quelle qu’elle soit. C’est en tout cas le critère que nous propose Jésus et qu’il vivait lui même, disant « le Sabbat est fait pour l’humain et non l’humain pour le Sabbat ».

C’est vrai que l’action de Jésus s’est principalement manifestée dans le cadre du peuple juif, mais cela ne veut pas dire qu’il ne serait que le sauveur des juifs. Par définition-même de la fonction de Christ, sa mission de salut est universelle. C’est déjà inscrit dans la promesse faite à Abraham en Genèse 12 « toutes les familles de la terre seront bénies en toi. » Cette universalité ne fait donc aucun doute, la façon dont ça pourrait se réaliser en Christ était très discutée. Certains attendaient un Christ qui serait une super Moïse, une sorte de prophète ultime et définitif, certains voyaient un super-David, un Roi des rois puissant établissant la perfection sur la planète entière… Jésus a apporté le salut d’une autre façon : non pas de l’extérieur, mais offert à chacun en son être personnel et dans ses relations. C’est de l’universel, mais passant par ce qu’il y a de plus personnel, de plus intime, afin que ce salut s’incarne dans notre humanité même.

C’est pourquoi Jésus a entrepris son action d’une façon très locale, auprès de quelques personnes, certains disent trois très très proches (Pierre, Jacques et Jean), 12 très proches (les apôtres), un un groupe de 70 disciples hommes et femmes. Car Jésus avait peu de temps, et cette genèse de l’humain passe par une expérience familière de sa façon d’être christique. Donc, oui, son action a été très locale, avec quelques unes et quelques uns, en croisant, mangeant, soignant, enseignant quelques personnes au gré des rencontres. C’est une stratégie, la visée étant bien entendu d’accomplir, comme attendu du Messie, un salut universel. Ce déploiement se voit bien au début du livre des Actes des apôtres, quand Jésus, considérant que sa mission à lui est accomplie, passe le relai à ces très proches avec qui il a vécu 3 ans : « Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Actes 1:8). C’est le don de l’Esprit, du « paraclet » comme le dit Jean, donné à chacune et chacun, et faisant de lui ou elle, personnellement, un prophète ou une prophétesse. L’universel ne passe pas (comme l’attendaient certaines personnes) par l’écrasement des individualités dans la soumission à un seul. L’universel passe par l’élévation de chaque personne en particulier, et non Il n’y a pas un unique prophète attendu, mais une foule, une humanité de prophètes, c’est ce qu’attendaient certains grands prophètes de la Bible (Jérémie 31:34; Habacuc 2:14…). L’Esprit (l’inspiration divine, une conscience éveillée par un souffle de transcendance…) est donné à chacun, et dans la mesure où il est reçu permet de se constituer en membres individuels dans un seul corps. L’unité et la diversité, l’universalité et l’individualité. C’est une magnifique et ambitieuse vision, la question est que cela demande de ne pas être seulement passif dans le salut mais invite à prendre place comme acteur, comme prophète, comme se posant des questions et posant des actes créateurs…

A priori, l’Islam a une autre notion de l’universalité, plutôt du genre des autres formes de salut attendus, dans un super-prophète révélant la vérité ultime s’imposant à tous. On a le droit, chacun sa façon de voir. Et Dieu est au dessus de tous.

En réalité, il y deux modèles de tension vers l’universel :

  • Soit comme un corps dont toute personne est un membre spécifique
  • Soit comme une unité par la soumission de chacun à une même vérité, unique et universelle

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie :

Et cette prédication : Le Christ et tout un peuple de christs (Jean 4:4-42 ; Jérémie 31:31-35)

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2 réponses

  1. François-Etienne dit :

    Je me permets de répondre à la question (plus d’un an après), étant étudiant en Histoire & me spécialisant dans l’islam : au départ, c’est une religion uniquement réservée aux Arabes seuls. C’est-à-dire que si on avait pas de parent ou d’ancêtre arabe (du coté paternel ou maternel), on ne pouvait pas se convertir : par exemple, Bilal l’Abyssin (sa mère est d’Aksoum) a put être musulman car il était arabe par son père. L’islam tribal est une religion d’alliance entre tribus : on pouvait faire parti de l’oumma si on avait tout intérêt à suivre un chef ingénieux, qui allait de victoire en victoire, même si on ne croyait pas à un dieu unique. C’est pour cela qu’à la mort du chef de l’alliance (v. 632-35), plusieurs tribus arabes ont voulu la quitter & revenir à leurs anciennes croyances, ce qui a engendré les guerres de l’Apostasie sous le calife Aboubécer, qui a sauvé les meubles comme il pouvait.

    Dans les années qui ont suivit, les conversions étaient limitées & difficiles : on ne pouvait être musulman que si on était lié (par la généalogie) à une tribu arabe, si on avait un sang arabe. L’islam est une religion d’alliance, donc on pouvait mettre un veto à votre intégration à l’alliance. Dans certains cas rares, on pouvait voir des esclaves se convertir, mais cela restait exceptionnel. L’islam des premiers temps n’a pas cherché à convertir ni à être universel : les non-musulmans vivaient dans une relation dominant-dominé avec les musulmans, & ils leur étaient une grande source de revenus — la conversion à l’islam exemptait d’impôts lourds.

    De 610 à 750 (de Mahomet aux derniers Omeyyades de Damas), on est resté dans cet islam tribal, ce qui a donné lieu à plusieurs révoltes — une minorité religieuse & ethnique dirigeant une majorité religieuse & ethnique différente de la sienne fait souvent des mécontents. C’est à l’époque de l’empire abbasside de Bagdad (de 750 à 1258) qu’on commence à ouvrir l’islam pour tout le monde : le modèle tribal arabe s’efface au profit d’un islam impérial multiculturel, qui est encore pratiqué de nos jours, & qui fait que même les non-Arabes peuvent se convertir à cet religion. C’est au IXe s., qu’on voit naître le corpus de hadiths, récits supposés véridiques (mais qui sont tous des fictions) des faits & gestes de Mahomet, qui est sacralisé, érigé comme modèle à suivre, pour pouvoir unifier tout le monde.

    Au final, à ses origines, l’islam n’est pas un mouvement universel : Mahomet ne s’adressait qu’aux Arabes, pas au monde entier, qu’il ne cherchait pas non plus à convertir.

    • Marc Pernot dit :

      Merci, c’est passionnant. Il en est de même avec la foi chrétienne, quand on remet en perspective les doctrines, les rites, les institutions dans l’histoire, cela permet de bien mieux saisir ce qui est essentiel et ce qui est accessoire. Et cela fait un grand bien. Bien sûr, cela peut gêner ceux qui sacralisent leur tradition.

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