détail d'un tableau de Rembrandt représentant lle visage de Jésus - Head of Christ (Rembrandt, Philadelphia - wikicommons)
Prédication

Jésus le Christ : Pourquoi sommes-nous tous appelés à devenir des « christs » ?

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Pour nous, chrétiens, Jésus est le Christ. C’est la confession de foi essentielle. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce que cela signifiait dans la culture de l’époque, et qu’est-ce que cela implique concrètement pour notre propre existence ?

La réponse n’est pas si simple : nos Bibles en français hésitent souvent à traduire ce terme, recopiant simplement le mot grec christ ou le mot hébreu messie. Si les traducteurs font ce choix, c’est parce que la notion même de messie n’a pas d’équivalent exact dans notre langue.

L’onction : une expérience spirituelle et une vocation

Un messie, c’est littéralement quelqu’un qui a reçu l’onction d’huile. Dans le peuple hébreu ancien, ce geste était réservé à un prophète, à un grand prêtre ou à un roi. Pourtant, ce n’est pas l’huile en elle-même qui importe, mais ce qu’elle symbolise : un choix de Dieu, un appel personnel et une bénédiction qui font de cette personne un être consacré.

La plupart du temps, cette onction n’est pas matérielle, mais relève d’une profonde expérience spirituelle. C’est ce qu’exprime Ésaïe dans ce célèbre passage repris par Jésus : « L’Esprit du Seigneur, de l’Éternel, est sur moi, car l’Éternel m’a oint pour porter de bonnes nouvelles aux humbles… » (Ésaïe 61:1).

L’onction qui établit Ésaïe comme prophète est une expérience mystique et fondatrice (Ésaïe 6). D’autres figures ont eu recours à un geste d’huile bien concret, car nous avons parfois besoin de signes sensibles pour intégrer les réalités intérieures. Qu’importe la forme : l’essentiel réside dans l’appel et la bénédiction divine. Il y a donc eu dans l’histoire biblique de nombreux « christs » avec une minuscule : des femmes et des hommes consacrés au service du peuple comme prophètes, prêtres et rois.

Jésus : Le Christ par excellence

Pour les chrétiens, Jésus n’est pas seulement un christ parmi d’autres. Il est le Christ, avec un article défini et une majuscule. Il ne se contente pas d’être un modèle supérieur ; il exerce cette vocation d’une manière absolue et créatrice.

1. Jésus, créateur de prophètes

Dans la tradition d’Israël, le prophète est inspiré par Dieu pour adresser une parole vive lors de moments charnières. Contrairement au rabbi qui commente et interprète les Écritures existantes, les paroles du prophète ouvrent une brèche neuve et ont vocation à intégrer le texte sacré. À l’époque du Nouveau Testament, on considérait la période prophétique comme close depuis des siècles. Voir en Jésus un prophète représentait donc un événement immense : l’Esprit souffle de nouveau et l’histoire s’ouvre.

C’est l’enjeu du dialogue entre Jésus et la Samaritaine au bord du puits de Jacob (Jean 4). Le puits évoque le réservoir traditionnel des Écritures où puisent les maîtres de la Loi. Jésus, lui, se révèle comme une nouvelle source de Parole de Dieu. Mais il va bien plus loin : à toute personne qui lui demande à boire, il offre de devenir elle-même une « source d’eau jaillissant jusque dans la vie éternelle ».

Jésus est ainsi un « méta-prophète » : il suscite des prophètes. En lui s’inaugure la promesse de Jérémie : « Je mettrai ma loi au-dedans d’eux, je l’écrirai dans leur cœur » (Jérémie 31:33), reprise à la Pentecôte lorsque l’Esprit est répandu sur toute chair (Actes 2:17-18). Chacun, sans distinction d’origine ou de rang, reçoit cette onction intérieure pour porter une parole libre, vivante et bienveillante.

2. Jésus, créateur de rois serviteurs

Dans la Bible, le roi est celui qui bâtit et ordonne la société. Jésus n’exerce pas la royauté par la domination politique, mais par le service, le soin, la guérison et le don de sa vie. Il incarne la Parole jusque dans ses moindres actes.

Là encore, il ne confisque pas la royauté : il fait de nous des rois et des reines responsables. La transformation du monde ne s’opère pas par un coup d’éclat magique venu du ciel, mais à travers notre engagement quotidien. Nous sommes investis d’une mission royale : collaborer concrètement aux œuvres de réconciliation et de justice de Dieu dans le monde.

3. Jésus, créateur de prêtres libres

Enfin, le prêtre est l’intermédiaire chargé du culte et de la relation avec Dieu. Jésus accomplit cette fonction en supprimant le besoin d’intermédiaires sacrés. En nous invitant à un culte « en esprit et en vérité », il fait de chaque individu un prêtre capable d’entrer directement dans l’intimité divine.

Nous pouvons nous présenter à Dieu sans crainte, lui confier nos fardeaux, recevoir son pardon et transmettre cette paix autour de nous. La sainteté n’est pas un brevet de perfection morale, mais le regard confiant que Dieu pose sur chaque être pour l’appeler à la vie.

Notre vocation : rendre chacun autonome dans la foi

Le Christ nous libère pour nous rendre autonomes. Notre rôle auprès des autres n’est jamais de les maintenir sous notre dépendance, mais de les accompagner pour qu’ils découvrent leur propre relation avec Dieu, à l’image des Samaritains disant à la femme : « Ce n’est plus seulement sur tes dires que nous croyons ; nous l’avons entendu nous-mêmes ».

Sois béni, ô Dieu, source de toute bénédiction.
Amen.

pasteur Marc Pernot

À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de la notion de Christ – Messie – Oint, voir l’article dédié dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.

Textes de la Bible

Jean 4:4-42

Jésus arriva dans une ville de Samarie, nommée Sychar, près du champ que Jacob avait donné à Joseph, son fils. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué du voyage, était assis au bord du puits. C’était environ la sixième heure.

Une femme de Samarie vint puiser de l’eau. Jésus lui dit : Donne-moi à boire. Car ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres. La femme samaritaine lui dit : Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? – Les Juifs, en effet, n’ont pas de relations avec les Samaritains. – Jésus lui répondit : Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire ! tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t’aurait donné de l’eau vive.

Seigneur, lui dit la femme, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond ; d’où aurais-tu donc cette eau vive ? Es-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses troupeaux ?

Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle.

La femme lui dit : Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus puiser ici.

Va, lui dit Jésus, appelle ton mari, et viens ici. La femme répondit : Je n’ai point de mari. Jésus lui dit : Tu as eu raison de dire : Je n’ai point de mari. Car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit vrai.

Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne ; et vous dites, vous, que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem.

Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité.

La femme lui dit : Je sais que le Messie doit venir (celui qu’on appelle Christ) ; quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses. Jésus lui dit : Je le suis, moi qui te parle.

Là-dessus arrivèrent ses disciples, qui furent étonnés de ce qu’il parlait avec une femme. Toutefois aucun ne dit : Que demandes-tu ? ou : De quoi parles-tu avec elle ? Alors la femme, ayant laissé sa cruche, s’en alla dans la ville, et dit aux gens : Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; ne serait-ce point le Christ ? Ils sortirent de la ville, et ils vinrent vers lui…

Plusieurs Samaritains de cette ville crurent en Jésus à cause de cette déclaration formelle de la femme : Il m’a dit tout ce que j’ai fait. Aussi, quand les Samaritains vinrent le trouver, ils le prièrent de rester auprès d’eux. Et il resta là deux jours. Un beaucoup plus grand nombre crurent à cause de sa parole ; et ils disaient à la femme : Ce n’est plus à cause de ce que tu as dit que nous croyons ; car nous l’avons entendu nous-mêmes, et nous savons qu’il est vraiment le Sauveur du monde.

Jérémie 31:31-35

Voici, les jours viennent, dit l’Éternel, où je ferai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle, non comme l’alliance que je traitai avec leurs pères, le jour où je les saisis par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte, alliance qu’ils ont violée, quoique je sois leur Seigneur, dit l’Éternel.

Mais voici l’alliance que je ferai avec la maison d’Israël, après ces jours-là, dit l’Éternel : Je mettrai ma loi, ma Parole, au-dedans d’eux, je l’écrirai dans leur cœur ; et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple.

Celui-ci n’enseignera plus son prochain, ni celui-là son frère, en disant : Connaissez l’Éternel ! Car tous me connaîtront, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, dit l’Éternel ; car je pardonnerai leur iniquité, et je ne me souviendrai plus de leur péché.

Ainsi parle l’Éternel, qui a fait le soleil pour éclairer le jour, qui a destiné la lune et les étoiles à éclairer la nuit, qui soulève la mer et fait mugir ses flots, lui dont le nom est l’Éternel des puissances.

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