Certains Psaumes ne sont plus adaptés à notre temps, même si Dieu nous écoute, à quoi ça sert de les dire ?

femme lisant dans son psautier devant un lac - Image par Mircea Iancu de Pixabay

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour,
Je ne sais pas s’il vous sera possible de répondre à une question que je devrais plutôt adresser à l’église catholique, mais bon, il vous arrive, vous aussi, de conseiller la lecture des Psaumes et votre avis est souvent très éclairant et intéressant pour moi.
Dans la liturgie des heures, par exemple, il est clair que certains Psaumes ne sont plus adaptés à notre temps, si Dieu nous écoute nous ne pouvons pas réciter des Psaumes juste pour le plaisir de les dire sans qu’ils aient un rapport avec ce que nous vivons!!
J’espère que ma question n’est pas trop confuse et je vous remercie pour le temps que vous prenez pour répondre à chacun

Réponse d’un pasteur :

Merci pour votre excellente question.

Les Psaumes font partie du patrimoine commun des juifs et des chrétiens. Et la seule différence entre les psaumes dans l’église catholique et les psaumes dans l’église protestante est parfois une petite différence d’un chiffre dans le n° du Psaume (les protestants et les juifs suivent la numérotation hébraïque, les anciennes bibles catholiques suivant la numérotation des traductions en grec puis en latin).

Vous avez raison, l’intérêt de lire des Psaumes n’est pas de faire plaisir à Dieu, mais que ces textes nous aident à prier, nous encourage à prier. Ces textes sont aussi des trésors pour réfléchir sur nous-même, sur la vie et sur Dieu, sur ce que nous pouvons attendre de lui et ce qu’il espère de nous.

Ce qui ferait plaisir à Dieu ? Jésus nous dit que c’est de nous voir être plus en forme (Luc 15:7): plus confiant en lui, peut-être ? plus aimant pour notre prochain, plus en forme et plus heureux nous-mêmes ? Mais Dieu ne prend pas plaisir à nous casser les pieds à faire des exercices religieux qui nous n’apporteraient rien. Vous avez raison, la sincérité, l’authenticité est indispensable, notre implication personnelle.

Personne n’est obligé d’aimer les Psaumes. C’est à chacun de trouver quel ressourcement, quelle nourriture pour sa foi. Cela dit, bien des personnes disent tirer un bénéfice spirituel des Psaumes. Tant mieux. Je reconnais que ce n’est pas évident a priori. Vous avez raison, les psaumes ont été écrits il y a 2500 à 3000 ans dans une autre culture que la nôtre. Bien des passages ne sont pas du tout une bonne petite morale bien sage, au contraire, la personne qui a prié ce texte qui nous est parvenu se met parfois en colère (comme nous), connaît le découragement (ça nous arrive), des désirs de vengeance (hélas), le doute même que Dieu existe… Ces Psaumes offrent des témoignages de vies humaines qui sont en relation à Dieu. Et finalement, ces textes nous sont ainsi incroyablement proches.

Par exemple, le Psaume 51 hébreu (n° 50 dans la traduction grecque), l’entête nous dit qu’il a été prié par David après un épisode de péchés épouvantables (en général pire que ce que nous ne ferons jamais, j’espère). Nous ne sommes pas dans la même situation que lui, et pourtant, nous sommes tous pécheurs et la repentance est une bonne hygiène de vie. La prière de David contenait sans doute des détails des circonstances de sa situation personnelle terrible, cette prière particulière, intime, a été transformée afin de la rendre plus neutre afin de nous aider à venir l’habiter avec notre propre vie. Cela a donné ce Psaume. Prier ce Psaume peut ainsi être très efficace pour nous aider à prier, en y mettant de nous même, avec sincérité.

De même pour le Psaume 8 qui rend grâce pour l’incroyable merveille qu’est la personne humaine, même toute petite. Chaque jour de notre vie, nous pouvons avoir un bénéfice à nous rappeler que nous sommes une merveille, « presque l’égale de Dieu », c’est une promesse et une responsabilité.

Et les psaumes de confiance en Dieu (Psaume 23(22), Psaume 121(120), et d’autres encore qui nous font un bien fou en diverses circonstances (j’en ai mis ici une petite liste parmi mes préférés, avec parfois quelques indications de lecture)

Dans le protestantisme, nous préconisons plutôt une lecture libre, selon l’inspiration, ou bien une lecture continue, page après page de la Bible, page après page des psaumes. La liturgie des heures est un exercice spirituel qui est en usage dans les monastères et parmi les fidèles catholique. Cela peut tout à fait être un bon exercice, rythmant notre temps de temps de prière. Si c’est fait volontairement et joyeusement, c’est excellent. Cela m’est déjà arrivé plusieurs fois de m’offrir ainsi une petite cure de Psaumes pendant un mois, en suivant une distribution des Psaumes sur 4 semaines et 5 temps de prière par jour (proposée à la fin du Psautier Œcuménique). Bien souvent, la lecture de tel Psaume à tel moment est comme une loterie, en fait, puisque le psaume n’est absolument pas choisi en fonction des circonstances particulière de ma propre vie. Bizarrement, cela tombe pourtant souvent « dans le mille ». Et quand ce n’est pas le cas, il arrive que la mémoire de ce psaume nous revienne plus tard, au moment où cela sera précieux. Où cela nous à prier notre propre louange, notre propre repentance, notre propre espérance de Dieu, méditer sur ses promesses, inventer un pas de déplacement, oser dire nos doutes sans crainte devant lui, lui déballer nos reproches…

Il ne s’agit donc pas de réciter des textes pour les réciter. Seulement, si l’on sent que tel psaume ou tel verset nous touche dans, il est possible de s’attarder dessus, de le méditer lentement, comme on sirote une liqueur rare, de le ruminer comme on le fait d’un chewing gum jusqu’à ce qu’il n’ait plus de goût.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie :

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