C’est comme si je savais comment il fallait s’y prendre pour suivre Dieu, mon intellectualisme bloque ?

Par : pasteur Marc Pernot

femme enceinte dans une ville à l'automne - Photo by Jordan Bauer on Unsplash

Portant la vie de bien des façons

Question d’un visiteur :

Cher pasteur,

Je tenais à vous remercier pour ce merveilleux site que vous avez, avec pleins de Q/R qui permet d’explorer des questions que nous n’osons pas toujours posées. En plus de m’abonner aux nouvelles, j’ai l’envie de partager mon cheminement récent avec vous, qui savez rester toujours bienveillant, libéral et humble, et réconciliant le spirituel avec notre vie moderne agitée qui semble tant s’en éloigner. Ces mots seront sûrement plus pour moi que pour vous, mais s’il vous vient à l’esprit un passage de la Bible à méditer, je suis à l’écoute de ce que cela vous aura fait ressentir pour me permettre d’avancer plus encore dans ma relation à Dieu et à la vie.

Malgré ma présence au sein d’une église protestante, votre site m’a été d’un précieux secours pendant les tempêtes qui ont dernièrement secouées ma vie de presque trentenaire et auxquelles je ne m’attendais pas. Aller au culte ne permet pas forcément d’approfondir sa foi personnelle et j’avais fait le choix de privilégier ma performance professionnelle à mes besoins spirituels.

Suite au cancer de ma mère dont elle est sûrement guérie (merci à la science moderne et à la communauté de soutien de l’église dans cette société si pleine de solitude et d’ego) mais qui m’a fait réaliser la précarité de notre humanité et de mon cocon familial, mon corps m’a imposé sa limite avec des paniques/phobies et des ruminations qui ne laissaient plus place à la confiance et à la relation à l’autre. Une recherche de médecines alternatives et un travail psychologique et spirituel m’ont remis sur la bonne pente. Votre site internet y est intervenu pour la 1e fois, avec en parallèle un groupe de partage jeunes sur « apprendre à connaître la volonté de Dieu » qui tombait à point nommé. J’ai repris une pratique plus régulière de la prière, notamment du Notre Père. J’ai ensuite eu un appel de mon église locale à m’engager plus amplement, ce qui m’a permis de faire de vraies rencontres, autres que celles du milieu professionnel ou familial. Un signe de Dieu? Peut-être mais j’ai du mal à réellement sentir sa présence, restant toujours très dans l’intellectuel. Un yoga centré sur le souffle et qui ouvre au silence et à la prière m’aide en ce sens. Je sentais que j’étais sur le bon chemin même si ce n’était que le début.

J’ai réalisé après coup que j’avais perdu ma relation à Dieu que j’avais enfant et ado, quand je voulais que Dieu guide ma route. Peut-être mes « brillantes » études d’ingénieur et l’entreprise privée mondialisée (malgré que ce soit écolo et de service public car dans l’énergie) m’ont rendu trop intellectuelle et dans la pure recherche de performance et de perfection? Peut-être ai-je trop écouter les injonctions de notre société virtualisée sans avoir de vraie relation à l’autre? Peut-être pensais-je pouvoir être comme mon mari dont l’esprit vit en silence, sait s’écouter et être bon sans avoir de relation à Dieu? Ou peut-être me sentais-je invincible et supérieure grâce à la pseudo foi que j’avais et que tant d’autres n’ont pas?

Puis vient la 2e épreuve, avec mon jeune frère hospitalisé en psychiatrie suite au Covid/confinement qui vient frapper au coeur des faiblesses, et qui souffre terriblement même si l’espoir est plus que permis. C’est terrible à voir, et l’on a envie d’être un soutien mais cette fois ci je n’ai que peu réussi et ai du prendre de la distance, d’autant plus que je suis enceinte et suis déjà pleine de bouleversements émotionnels, physiques et psychologiques. Comble du sort pour moi, c’est ma soeur aînée (en plus de mes parents), la moins chrétienne de la fratrie qui lui est d’un grand soutien. Moins dans l’intellectuel et plus dans le présent le positif et le réel. La remise en cause de ma religiosité et de mon mode de relation à Dieu est profonde. Un peu comme dans le livre de Marion Muller-Collard ou peut-être comme l’homme riche qui demande ce qu’il faut faire pour avoir la vie éternelle, j’avais une croyance qu’en suivant les valeurs chrétiennes, pleine de petite bonté, je vivrai une vie paisible et mourrai de vieillesse, en relations harmonieuses avec mon entourage proche. La foi personnelle et vécue de mes parents et grands-parents de chaque côté me semblait être une immunité pour notre famille. Je savais qu’il y aurait des moments difficiles mais pas autant…

Mon système s’étant écroulé, j’ai du repartir plus en profondeur en moi et dans la Bible pour faire face à l’incertitude et l’angoisse qui règne désormais sur ma vie. J’ai la grâce d’avoir le précieux soutien de mon mari et du témoignage vivant de foi de mes aïeuls. Car dans les moments de détresse, mon cerceau a tendance à devenir mensonger dans un repli plutôt intégriste pour me prémunir de la peur de la mort et de la désolation du monde, et rester dans des certitudes figées. Un livre de méditations quotidiennes fourni par un pasteur m’a aidé à traverser la tempête, et j’essaie de garder cette régularité qui m’aide beaucoup à trouver la vraie source de vie en moi. Je commence aussi à comprendre le sens du mot « amour de soi et du prochain ». J’essaie de progresser dans la prière même si pour être honnête je ne suis pas sûre de ressentir une présence de Dieu, j’ai vraiment du mal à me détacher de mon intellect et à dire « tais toi » à mon cerveau pour laisser place au silence. C’est comme si je savais comment il fallait s’y prendre pour suivre Dieu mais que je bloquais. En tout cas, je laisse désormais plus de place aux mystères de la vie et aux rencontres pour m’éclairer. Je me sens si faible face à la tâche, mais je prends courage grâce aux témoignages comme les vôtres.

Merci pour votre lecture, et pour ce rayonnement de confiance, d’amour et d’espérance que vous envoyez à travers le web au nom de Dieu.

Fraternellement,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Merci pour ce partage ! C’est profondément inspirant. Bravo pour ce bel itinéraire de foi.

Seulement, je ne sais pas s’il convient ainsi d’avoir honte ou de réfréner votre côté cérébral. On est comme on est, et il est bon de s’aimer ainsi. Quand Jésus conseille d’aimer son prochain comme soi-même cela comprend s’aimer soi-même. Et d’ailleurs, en amont de cela, il conseille d’aimer Dieu comme le conseillait aussi la Torah en l’écoutant et en l’aimant de tout son cœur de toute son âme et de toute sa force, ce à quoi Jésus ose ajouter un point supplémentaire : de l’aimer avec intelligence, avec « toute sa réflexion personnelle ». Et Jésus passe son temps à chercher à éveiller l’intelligence des foules en racontant des paraboles complexes et des paroles qui brouillent les pistes.

C’est vrai qu’il existe dans la foi chrétienne des courants qui appellent et qui valorisent le sentiment religieux, l’émotion. Cela est bien, en tout cas pour ceux pour qui c’est la fibre personnelle, mais ce n’est pas un absolu non plus. Quand à valoriser le silence intérieur et faire le vide de la pensée, c’est bien aussi, bien que…. ce n’est pas non plus la panacée et pas dénué de risques psychologiques et spirituels non plus. C’est ce que Jésus raconte avec cette histoire de démon chassé de notre intérieur laissant place ç 7 plus terribles démons (Mt 12:45). C’est plus par le plein d’Esprit, plein de réflexion personnelle que nos troubles intérieurs seront poussés dehors, pas par le vide. Pourquoi alors cette survalorisation du sentiment religieux, du silence intérieur, cette dévalorisation de l’intelligence par certains croyants, certaines églises ? C’est parce qu’un fidèle qui réfléchit n’est pas si docile aux paroles du pasteur, pas si régulier dans la pratique des saintes assemblées, pas si sensible aux émotions de groupe.

Il me semble que vous êtes en pleine forme telle que vous êtes, avec ces composantes d’intelligence et d’humilité, de gratitude et de service, ce respect de la sensibilité de vos proches. C’est bien, pas besoin d’être plus exigeante par rapport à vous même, pas besoin d’essayer d’être une autre personne, mais simplement à avoir de la gratitude pour vos talents, les laisser s’épanouir, porter des fruits !

Dieu vous bénit et vous accompagne. Et il vous donne, j’en suis persuadé, d’être une bénédiction autour de vous bien plus que vous ne l’imaginez. Ensuite, pour aider telle personne en particulier, cela dépend de bien des facteurs, c’est pourquoi c’est plus une question de vocation personnelle, à ce moment là c’est votre sœur qui a pu apporter telle chose à votre frère, c’est très bien ainsi, tant mieux pour les deux. Vous avez et aurez aussi votre ministère particulier auprès de certaines personnes. Même pour votre frère, il n’est pas impossible que ce que vous lui apportez produise du fruit plus tard autrement.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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1 réponse

  1. Amd dit :

    Bonjour, j’ai très peur car hier, après plusieurs jours à avoir peur du blasphème impardonnable, j’ai lu sur un site Chrétien que le blasphème contre l’Esprit Saint est, selon eux : » Ainsi, le péché contre l’Esprit saint consisterait dans le fait que, contrairement à ce que l’on sait pertinemment, on attribue à Satan une action qui vient de l’Esprit de Dieu. » […]  » C’est comme un enfant qui dirait à ses parents en train de lui pardonner : «Vous me pardonnez, mais vos intentions sont mauvaises». Dès lors, l’enfant est vraiment incapable d’accueillir le pardon de ses parents. »
    J’ai directement fais une prière ou je demandais pardon à Dieu, à voix haute, ou je lui disais que je ne demande que son pardon, que je sais qu’il est bon, que je veux absolument retrouver le Saint Esprit en moi, ce que je pense réellement, mais, en ayant justement peur de penser ce qu’il ne faut pas penser et dire, mon inconscient, mon psyché a envoyé pleins de phrases que je ne pense pas, des choses à ne surtout pas dire justement. J’ai eu très peur, tellement, que j’ai commencé à sentir une bouffée de chaleur, et ait failli m’évanouir, pensant avoir commis l’impardonnable, puis après, tout s’est effacé et pendant environ 30 minutes, plus aucune peur, ce qui m’inquiète d’autant plus aujourd’hui ! Seuls les « vraies » paroles que j’ai tenue à l’oral comptent ? Les pensées incontrôlables non
    Depuis, j’ai encore parfois des pensées de mon inconscient difficile à contrôler, qui dit des choses à ne surtout pas vouloir ou dire justement !
    Je n’arrive pas à vivre pleinement et à me mettre complètement dans la religion, car cette peur constante de la punition me bloque.
    C’est comme si inconsciemment j’avais intégré l’idée que c’est foutu, alors que je veux absolument que Dieu me pardonne, me donne l’Esprit Sait, et vivre heureux dans cette vie, mais surtout dans l’au-delà.

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