Les notions de « substitution », « rédemption », « rachat », « expiation », « propitiation » sont actuelles ?

Par : pasteur Marc Pernot

statue de Luther à Dresde - Image parPeter H de Pixabay

Certaines statues de théologiens en imposent. Est-ce toujours à juste titre ?

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Des notions théologiques telles que « substitution », « rédemption », « rachat », « expiation », « propitiation », sont-elles actuelles, ou sont-elles issues de textes bibliques adressés à une culture, celle des « sacrifices » (« substitution », « expiation », « propitiation »), de plus à une époque où il y avait des esclaves (« rédemption », « rachat ») ? Les bouquins de théologie jonglent avec ces termes, voire parfois les alignent comme des noix sur un bâton, mais en même temps ne semblent pas tenir compte de notre époque et de notre culture. Comment parler de ces choses aujourd’hui ?

Merci

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

Effectivement, certains de ces termes techniques sont en partie liés à des développements de la théologie chrétienne qui ne méritent à mon avis pas leur succès, ou qui mériteraient un succès comme la roue et la gégène en ont un dans le musée de la torture (si ce musée existe).

Substitution

  • Substitution : théorie où l’église serait le nouvel Israël, à la place d’Israël qui a refusé d’accueillir le Messie donné par Dieu en Jésus. Cette interprétation a été source d’antisémitisme. Il est toujours funeste, à mon avis, de lire les textes bibliques en identifiant le méchant de l’histoire à quelqu’un de précis, chacun est à la fois le juste et le méchant de tout récit biblique.
  • => il me semble qu’on peut oublier cette notion de « substitution », ou s’en souvenir juste pour l’écarter.

Rédemption, rachat

  • Rédemption : cela désigne un terme assez courant dans les civilisations de l’époque : l’affranchissement d’un esclave, qui devient une personne libre. Le Christ nous aurait donc libéré de quelque chose : du péché, de la mort, de la condamnation, de l’aliénation, de la peur, de la Loi religieuse obligatoire, de la peur de Dieu… Certes. La question est de savoir comment il nous a libéré. Il a été développé tout à fait étrangement une théorie du rachat, où une rançon devait être payée afin d’acheter cette libération. Cette théorie est épouvantable à tout point de vue (théologique, éthique, logique), mais elle a bien arrangé les églises pour faire pression sur les fidèles. Or rien ne soutient l’idée qu’une rançon soit nécessaire pour nous libérer, pas plus qu’il y a eu de rançon payée par Dieu pour libérer son peuple hors des griffes du pharaon, ni pour libérer la femme adultère des personnes s’étant saisie d’elle pour la lapider… Christ révèle l’amour de Dieu et c’e’st ainsi qu’il nous libère de la peur de Dieu, ainsi que des croyances et de rites obligatoires sous la menace. Il nous libère de l’idée même d’une comptabilité des bons points et des mauvais, par la théologie d’un Dieu qui aime et donc pardonne. Il nous libère de nos faiblesses par l’Esprit qui nous aide à évoluer, il nous libère par sa façon d’être libre, confiante et belle…
  • => il me semble que l’on peut utilement remplacer ce terme de « rédemption » par « libération« 
  • => et que l’on peut tout simplement oublier la notion de « rachat« , ou seulement pour se souvenir que le principe même de la « grâce » est d’être un amour gratuit, mettant fin à une supposée économie de la dette dans la façon dont Dieu nous considère.

Expiation

  • Expiation : tout simplement le pardon. Mais de toute façon c’est une conséquence de la grâce de Dieu car quand on aime, on ne garde pas rancune, on compte pas de dette après une faute ou après un service rendu à l’autre.
    Ce terme d’expiation a été bien dévoyé, il peut faire penser à une souffrance nécessaire pour payer la faute et acheter l’amnistie. C’est alors là aussi épouvantable en terme d’éthique et en terme de théologie, c’est tout l’inverse de la grâce.
  • => je pense donc que l’on peut parler du « pardon » à la place d’expiation. Bien que je pense que ce soit un peu court si l’on comprend ce pardon comme simplement une amnistie, hop on passe un coup d’éponge sur l’ardoise et tout est bien. L’aministie, donc, n’est pas en question puisque l’amour ne compte pas. Mais s’il y a eu faute, il y a souvent eu victime et amnistier le coupable n’aide pas la victime, ni psychologiquement ni dans sa vie courante si son corps, par exemple a été handicapé à la suite de la faute ! Et s’il y a eu faute, c’est qu’il y avait un problème en amont chez le coupable. L’amour de Dieu, ou son pardon travaillent sur ces troubles, en amont et en aval de la faute. Ce pardon est une attention et un soin : une visite, comme le berger avec ses moutons : il soigne la brebis blessée, recherche celle qui s’est égarée, fait en sorte que toutes soient visitées, abreuvées et nourries…

Propitiation

  • Propitiation : fait appel au vocabulaire technique des sacrifices d’animaux « victime expiratoire » ou « victime propitiatoire« . Rien n’oblige de prendre ce terme au sens païen du terme : où la victime avait pour but de calmer la fureur de la divinité. Dans le premier testament, c’est le mot kippour qui signifie le pardon, par exemple dans le Psaume 130:4 « le pardon se trouve auprès de toi ». Avec le Christ, la faute ne fâche pas Dieu, et il n’y a donc pas à offrir un sacrifice de propitiation pour acheter son pardon. C’est l’inverse. Avant il fallait que le coupable paye (ou que quelqu’un paye pour lui). Avec le Christ, on comprend que pour Dieu, il faut que le coupable soit aidé, il paye donc pour soigner le coupable, et pour soigner la victime. L’expiation ou la propitiation est donnée par Dieu pour que nous puissions enfin être guéri et aimer.
  • => plutôt que de dire que Christ est « la victime propitiatoire » ou « victime expiatoire » – il me semble juste de traduire que Christ est « signe de notre pardon« . Car c’est ainsi, d’ailleurs, qu’était compris le sacrifice du kippour : non pour soudoyer Dieu mais en signe de notre pardon, après avoir fait ce que nous pouvions pour nos victimes, d’ailleurs. Comme le disent bien des prophètes, l’idée même de sacrifices pour plaire à Dieu est risible (Amos 5:22, par exemple)

Esclavage

  • Esclavage : certes, ce n’est plus trop un statut social reconnu dans nos sociétés (bien que…). Néanmoins je pense qu’il est utile de garder le concept, et peut-être le terme qui demeure parlant. Nous sommes esclaves de préjugés, du groupe, de la mode, de relations imposées. Et quand nous lisons cette impressionnante tirade de la lettre de Paul aux Romains, nous pouvons nous y reconnaître, je pense, comme étant en partie esclave de nous-même ? Et l’on voit bien, je pense, que la libération apportée en Christ n’est pas une amnistie, mais un soin, une libération intérieure:

« Ce qui est bon, je le sais, n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans ma chair: j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien.
Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. Et si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, c’est le péché qui habite en moi.
Je trouve donc en moi cette loi: quand je veux faire le bien, le mal est attaché à moi.
Car je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l’homme intérieur; mais je vois dans mes membres une autre loi qui lutte contre la loi de mon entendement, et qui me rend captif de la loi du péché qui est dans mes membres.
Misérable que je suis! Qui me délivrera de ce corps de mort?…
Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur!…
Ainsi donc, moi-même, je suis par l’entendement esclave de la loi de Dieu, et je suis par la chair esclave de la loi du péché. »
(Romains 7:18-25).

Bravo pour vos recherches théologiques et bibliques, libres, profondes, sincères et intelligentes !

Dieu vous bénit et vous accompagne

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie :

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2 réponses

  1. Maignan dit :

    Excellente réponse. Merci . Un mini dictionnaire de ces mots anciens soit disant bibliques, non seulement devenus toxiques, mais incompréhensibles devrait être publié dans le grand public, chrétiens ou pas, signé par des experts, religieux et autres. Une façon de lutter devant la langue de bois des religions.

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