Trinité

Par : pasteur Marc Pernot

Que Dieu soit à la fois Père, Fils et Saint-Esprit, trois personnes en un seul Dieu… C’est une idée subtile qui est apparue peu à peu dans l’Église, après plusieurs siècles de réflexions, de résistances et de discussions.

Le Christ n’en a jamais parlé, ni de près ni de loin. Cela relativise l’importance de cette expression théologique. Dans certains textes du Nouveau Testament, il y a dans la même phrase les notions majeures de Père, de Fils et d’Esprit, parfois on remarque un lien entre ces notions, mais on ne trouve pas explicitement dans la Bible cette idée de Dieu « 3 en 1 ». L’avantage de ce développement sophistiqué est qu’il rend bien compte de la richesse de la théologie chrétienne. L’inconvénient, c’est qu’il expose celui qui n’en saisit pas toute la finesse au risque de se retrouver avec trois dieux.

À mon avis, ce concept de trinité ne parle pas de Dieu en lui-même, il serait fou de penser pouvoir décortiquer ce qu’il est comme une machine que l’on démonte pour voir comment elle marche. Qui sommes-nous pour espérer psychanalyser Dieu et dire la manière dont il vit en lui-même ?

Il est plus prudent de considérer la trinité comme nous parlant simplement de la façon dont Dieu entre en relation avec notre monde. Dieu est unique, et les trois personnes de la trinité nous disent différents types de relations que Dieu nous semble avoir avec nous :

  • En considérant Dieu comme Père nous avons la vision d’un Dieu fort qui est le chef de famille. Être chrétien c’est le reconnaître comme son Seigneur et le suivre avec respect. Être chrétien c’est en même temps quelque chose de formidablement grand, puisque nous sommes fils et filles de ce Dieu qui est notre Père, nous sommes ses héritiers, pas de simples employés.
  • En considérant Dieu comme Fils, nous sommes invités à imiter le Christ en agissant dans le monde pour sauver les autres, en annonçant l’Évangile et en guérissant comme nous le pouvons celui que Dieu place sur notre route.
  • Et en considérant Dieu comme Esprit, nous attendons la présence de Dieu en nous, une présence active qui nous soutient et nous console. Une présence de Dieu qui fait de nous son enfant 1.

La trinité nous dit ainsi quelque chose de fondamental sur notre relation avec Dieu et sur son unicité.

1 Jean 1:13, Jean 3: 5…

 

Marc Pernot

Suite :

Vous pouvez participer au débat en faisant part de vos remarques et questions.

Quelques courtes définitions de mots essentiels de la théologie

Quelques questions de théologie posées par des visiteurs et une réponse proposée
Print Friendly, PDF & Email

Marc Pernot

bio de Marc Pernot

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. Hélène dit :

    Bonjour Pasteur,

    Je vous écris aujourd’hui pour parler de Jésus. Je vous avais écrit une autre fois à un autre sujet et votre réponse m’avait beaucoup aidée, j’espère que vous aurez le temps de me répondre.

    Depuis que je suis petite, j’ai toujours appris que Jésus était le fils de Dieu. Depuis quelques années, j’entends dire que c’est Dieu lui-même et j’ai du mal à comprendre pourquoi. J’essaie réellement de le comprendre et je lis des versets à ce sujet, mais je ne vois toujours pas en quoi c’est Dieu.
    De ce que je comprends, le Dieu unique est le père, et son « fils unique », comme dit plusieurs fois dans la Bible, est Jésus.
    La notion de trinité n’est pas mentionnée dans la Bible alors j’ai du mal à comprendre pourquoi c’est aujourd’hui représenté comme la base du christianisme. En lisant les différents versets à propos de Jésus et de Dieu, je vois que Jésus fait des distinctions claires entre lui et Dieu, mais je ne vois pas de versets qui disent clairement qu’il l’est aussi. Je sais que beaucoup l’appelaient Seigneur car il est divin, puisque c’est Dieu qui nous l’a envoyé, mais je n’arrive vraiment pas à comprendre pourquoi Dieu serait considéré comme trois unités (beaucoup de personnes prennent l’exemple de l’eau : l’état liquide, gazeux et solide qui sont pourtant tous de l’eau).

    Merci de votre attention.

    • Marc Pernot dit :

      Chère Hélène

      C’est vrai que de tout temps et partout, l’humain a tendance à penser que son point de vue est le seul vrai, le seul valable. En même temps c’est touchant car cela signifie que la personne est vraiment attachée à ce qu’elle dit. Mais cela pose aussi de vrais problèmes :

      des problèmes vis à vis des autres humains que l’on pense devoir injurier dans ce qui compte pour eux,
      et vis à vis de Dieu car tant que l’on est cramponné à une doctrine, on s’attache à ce qui est secondaire au lieu de s’attacher à l’essentiel.

      Mais c’est précisément cela qui fait peur à certaines personnes, placer leur essentiel dans quelque chose que l’on ne voit pas = Dieu, la qualité de la relation, son amour pour nous. Des personnes ressentent le besoin de se cramponner à une croyance comme si l’on pouvait détenir l’équation de Dieu, ou le détenir dans une amulette que l’on porte sur soi. C’est sans doute un besoin authentique, une soif de Dieu. Je ne suis pas certain que ce soit une bonne façon de répondre à cette soif. Car rien ne remplace le Dieu vivant, respectant le fait que nous ne le connaissons qu’imparfaitement, comme le dit l’apôtre Paul (1 Corinthiens 13:12, et il a bien raison de dire que la connaissance n’est rien si on n’a pas l’amour).

      C’est tout à fait exact que l’expression même de la trinité n’est pas explicitement dans les évangiles.Cela devrai au moins amener à l’humilité ceux qui aiment cette façon de dire Dieu. Je suis bien d’accord avec vous. Et c’est donc effectivement bien malheureux que certains chrétiens cherchent à imposer cette façon de voir. Elle n’est obligatoire que depuis le IVe siècle, et encore, c’est ce qu’a décidé de justesse une assemblée de responsables d’églises. Toujours une question de pouvoir, c’est très humain. Le Christ lui-même n’était pas dogmatique comme cela. Quand il rencontre un centurion romain et le rend célèbre pour sa foi extraordinaire, ce centurion ne pouvait même pas être monothéiste, il était obligé de rendre un culte à l’empereur de Rome comme divin. Le cœur de la foi n’est donc même pas là !

      Mais je pense que nous pouvons laisser dire ceux qui ont une opinion tranchée sans argumenter. Ce n’est pas la peine. S’ils sont si attachés à une doctrine c’est qu’ils ont des raisons de l’être qui sont souvent des raisons viscérales profondes, échappant à l’argumentation, et les remettre en cause risque de créer des disputes tout à fait inutiles, pouvant même blesser ces personnes. Comme le dit Jésus, privilégions l’amour du prochain. On peut dire que l’on a entendu leur foi, leur opinion, et que cela nous touche. C’est vrai.

      Pour ce qui est de la divinité de Jésus, vous avez raison, Jésus fait à plusieurs reprises la forte distinction entre lui et Dieu, et il se présente plutôt comme Fils, et même plus souvent comme fils de l’homme (c’est-à-dire fils d’Adam, humain comme nous, ce qui est intéressant comme Messie) que comme fils de Dieu. Et il se dit notre frère partageant avec nous le même Père. Cependant il y a aussi pas mal de passages où le côté divin de Jésus est mis en valeur. Par exemple quand il calme la tempête. Cela ne fait pas pour autant de lui Dieu. C’est vrai. Votre façon de voir est donc tout à fait légitime, sentez vous libre, et de toute façon confiante en Dieu qui, lui, est plus attaché à la qualité des relations qu’à des formules. Ensuite, la pensée trinitaire est riche, intéressante, prodigieusement complexe et élaborée, et il est bon de respecter ceux qui aiment cette façon d’exprimer leur foi chrétienne (en espérant qu’ils respecteront aussi la foi de ceux qui expriment leur foi différemment).

      En tout cas, dan notre église protestante, il n’est pas obligatoire d’être trinitaire. Il vaut seulement mieux s’intéresser à Jésus comme Christ, évidemment, ce qui est la base de la base de ce qu’est être chrétien, et rien d’autre.

      Dieu vous bénit et vous accompagne

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.