J’ai eu des relations sexuelles, j’ai peur que Dieu ne me le pardonne jamais…

Par : pasteur Marc Pernot

Couple de jeunes marchant (illustration) - by Dan Foy https://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/ http://www.flickr.com/photos/71753457@N00/3456748729

Question d’un visiteur :

Bonjour,

J’ai 18 ans, je me considère comme protestante depuis maintenant 6 mois, ma foi n’a cessée de grandir depuis que j’ai rencontré Dieu, grâce à une succession d’événements ces deux dernières années et des personnes envers lesquelles je serai à jamais reconnaissante pour cela.
Je prie Dieu régulièrement, je lis la bible, je vais au culte chaque dimanche et j’aime Jésus de tout mon être. Je suis si heureuse d’avoir la foi, et je fais de mon mieux pour la vivre pleinement. J’ai beau n’avoir eu aucune éducation religieuse, je me contente aujourd’hui du peu de base que j’ai et je continue de m’instruire.

Mais aujourd’hui je suis terrorisée à l’idée que tout cela soit inutile. Dans ma vie, j’ai péché, avant de m’être convertie comme après, et j’ai beau le regretter amèrement et avoir demandé à Dieu de me pardonner, j’ai peur. J’ai peur d’être privée de son royaume pour cela, d’être condamnée à brûler en enfer alors que j’aime Dieu, que j’aime Jésus et que malgré mes erreurs ce que je veux c’est pouvoir continuer à les aimer.

Alors voilà où je voulais en venir : j’ai commis une grave erreur, j’ai eu des relations sexuelles avec mon petit ami il y a deux mois, et depuis nous avons rompu. Nous n’étions ensemble que depuis un bon mois à ce moment, j’étais vierge, il était mon premier petit ami, je croyais l’aimer, ou plutôt j’essayais de m’en convaincre. Je voulais absolument que notre relation soit sérieuse, car je ne voulais pas commettre d’erreur à ce propos aux yeux de Dieu, je ne voulais pas que ce soit juste un flirt. Mais j’ai fais bien pire, et je ne sais même pas pourquoi j’ai voulu le faire, en fin de compte. Sur le moment, les jours qui ont suivi, je n’ai pas réalisé mon erreur. Je l’ai comprise quand j’ai remarqué que je n’avais pas de sentiments pour lui, que j’étais malheureuse à ses côtés et que je ne voulais pas mener une imposture en restant plus longtemps avec lui. Je me sens si impure, j’aimerais tant revenir en arrière, mais c’est impossible. Mon souhait le plus cher est que Dieu me pardonne, mais qu’est ce qui peut me prouver qu’il m’a pardonné ou non ? J’ai peur d’avoir commis l’irréparable.

 Mon ex-petit-ami n’était même pas chrétien, c’est aussi pour cela que ça n’a pas marché. On avait parlé de religion quelques fois, je lui avait envoyé un mail de quatre pages pour lui expliquer ma foi car je n’arrivais pas à lui transmettre le message que je voulais lui transmettre à l’oral. Je sais que ça l’a fait réfléchir, mais la situation me frustrait.

Cela fait donc une semaine que je suis tourmentée, j’ai peur d’en parler, alors je me contente de chercher des informations sur Internet. Sur beaucoup de sites, je lis des articles qui expliquent qu’il s’agit là de fornication, un péché mortel qui me fera brûler en enfer, j’aurais donc trahi Dieu en ne respectant pas sa parole. J’aurais beau dire : « Mais je ne savais pas. », c’est faux, je savais que le mariage est censé venir avant la sexualité, je pensais juste que ce n’était pas si grave, mais maintenant que je me suis renseignée, que j’ai lu des passages de la bible parlant de ça, je sais que j’ai commis une erreur, qui plus est, était volontaire.

Je n’arrive plus à vivre sans inquiétudes, sans doutes. Je ne sais plus quoi faire, jusqu’au bout j’essaierai de me racheter, je prierai Dieu de me pardonner, je ferai les sacrifices qu’il faudra. Je sais maintenant que je ne veux pas être avec un non chrétien, mais ça signifie que je devrai trouver un homme chrétien qui acceptera mon erreur. Je ne veux pas mentir et trahir Dieu une nouvelle fois, avant que ma prochaine relation devienne sérieuse, il me faudra dire la vérité à propos de cette erreur, et peut-être que cet homme que j’aimerai de m’acceptera pas. Je sais qu’il vaudra mieux sacrifier mon bonheur en disant la vérité plutôt que de mentir et gâcher peut-être ma dernière chance, j’espère juste que j’aurai la force de faire ce sacrifice.

Je ne sais plus comment aborder la vie, mais je ne perdrai pas la foi, et même si je ne peux pas être sauvée, je ferai en sorte que les autres le soient.

Je ne sais pas si ce message peut être considéré comme une question, j’avais besoin de parler à quelqu’un. Je pense surtout avoir besoin de votre avis, sur ce que je dois faire, sur ce qui est le mieux.

Je vous remercie pour avoir pris la peine de lire mon message et pour votre future réponse,

Bien cordialement.

Réponse d’un pasteur :

Chère Camille

Franchement, je ne suis pas épouvanté par votre parcours de vie, bien au contraire. Le moins que l’on puisse dire c’est que vous semblez être une bonne personne, qui essaye de faire au mieux, qui y met du cœur et de la foi. Mais de toute façon : le cœur même de l’évangile du Christ est l’amour de Dieu pour nous, pécheurs, et de son pardon absolument inoxydable. Et cet amour, ce pardon est gratuit, parce que comme tout amour, il ne s’achète pas. Vous n’avez donc pas à vous racheter, à expier. Au contraire, la parabole de la brebis perdue que raconte Jésus montre bien que Dieu ne cesse d’aimer et de rechercher même la plus perdue des brebis perdues pour l’aider, soigner ses blessures, la porter s’il le faut.

Mais après ce point essentiel et qui suffirait à vous répondre, je peux vous dire pourquoi je ne suis pas du tout horrifié par votre parcours.

  1. parce que quand vous avez couché avec ce garçon, ce n’était pas juste une aventure d’un soir mais dans une vraie relation, dans la recherche de construire quelque chose. C’est cela qui compte.
  2. ensuite, quand vous avez constaté que vous n’étiez pas faits l’un pour l’autre, vous l’avez senti, analysé, vous avez pris une décision ce qui est toujours courageux. Surtout qu’il y a une certaine pression sociale pour être en couple (ce qui fait beaucoup de malheur, car il vaut mieux être célibataire que d’être en couple simplement pour être en couple).
  3. c’est un principe assez discutable de dire que la virginité de la femme serait un trésor inestimable et que si elle ne l’est plus c’est terrible, comme si le monde avait basculé, qu’avant elle était pure, etc… c’est exagéré. Dieu, d’abord, regarde le cœur, pas simplement un petit bout de peau déchiré ou non…
  4. quand vous aurez trouvé la personne de votre vie, vous lui direz que vous aviez déjà eu un petit ami et que vous avez couché avec lui. S’il ne peut pas comprendre et pardonner cela, c’est non seulement qu’il ne vous aime pas, mais qu’il n’est pas fait pour vivre avec les autres. Ce n’est pas comme si vous l’aviez trompé en couchant avec un autre, mais simplement que vous avez eu une vie avant.
  5. il existe effectivement des églises très très moralistes, et tout particulièrement en ce qui concerne le sexe. Cela me semble très curieux. D’abord parce que cela me semble contraire avec la compassion de Dieu pour chacun de ses enfants. Mais cela me semble curieux aussi que ces chrétiens soient tellement concentrés sur cette question du sexe. Certains chrétiens en sont tellement obsédé que je me demande si ce n’est pas eux qui ont un problème de ce côté là…. C’est vrai que coucher n’importe comment en dehors de tout projet de couple stable n’est pas bon car cela ne va pas dans le sens d’une bonne construction de sa personne, de sa vie, de la qualité de nos relations, et de notre prochain. Mais ce n’est ni la seule chose qui soit pas géniale, et ce n’est pas la pire. Le fait de trahir une personne qui vous fait confiance me semble tout aussi, voir parfois plus mauvais, par exemple en disant du mal d’un ami, ou en faisant un coup en douce, ou en cherchant à comploter pour avoir du pouvoir… Mais le pire me semble peut-être de vivre sans aucune recherche de transcendance ni de recherche de Dieu, vivre même sans aucun idéal, aucune réflexion, vivre sans se poser aucune question… c’est bien bien pire que d’avoir eu des relations sexuelles avec son petit ami !

Or, vous : vous cherchez Dieu, vous vous posez des questions, et vous cherchez ce qui est bien, vous essayez d’agir en conséquence, vous demandez pardon pour vos erreurs. Mais c’est génial. Parce que c’est vivre comme ça qui permet d’avancer. Le moteur est excellent, et ça avancera donc. C’est là l’essentiel, pour le reste, oui vous ferez encore des erreurs, comme tout le monde. Dieu comprend. C'(est vrai que ce n’est pas toujours facile, mais c’est bon d’arriver, avec l’aide de Dieu, à gérer même ses appétits sexuels, à gérer la pression de l’autre et des autres qui nous poussent parfois à faire des choses que nous n’aurions pas choisies sans cette pression.

Donc, prenez une grande respiration, soufflez, tout va bien. Il n’y a rien de très grave dans ce que vous m’avez dit, rien que Dieu ne puisse pardonner et guérir dans votre cœur. Et Dieu vous bénit.

Car si notre coeur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur.
(1 Jean 3:20)

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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73 réponses

  1. Olivier dit :

    Cher Gradi,
    Ce n’est pas le diable qui te tente mais des et tes pulsions qui sont naturelles.
    Quand à la soit disante puissance de la prière je n’y crois pas.
    La prière que l’on peut appeler puissante que mettons nous derrière !?
    Et lire la bible certe est nécessaire mais n’est pas une fin en soit.
    Assumer sa condition de pêcheur oui mais de pêcheur pardonne de manière inconditionnelle.
    C’est mon humble avis mais peut-être que je me trompe. En effet il n’y a pas de recettes a tous nos états d’âme et peu être heureusement.
    Bien à vous

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