j’ai compris que Jésus avait été exécuté car il « dérangeait », j’ai ensuite lu cela comme une métaphore, mais…

Par : pasteur Marc Pernot

croix dans la montagne avec le lever du soleil - Photo by Yannick Pulver on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Je vous remercie infiniment pour vos réponses que j’ai lues, relues, re relues et que je relirai certainement. Tant de réflexions et de pistes que je prends plaisir à découvrir et qui m’amène aujourd’hui, à quelques jours de Pâques, à un autre questionnement.

En lisant l’évangile, j’ai compris que Jésus avait été jugé et exécuté car il « dérangeait » les pharisiens, et puis, il y a eu sa résurrection.

J’ai d’abord abordé ce texte comme une métaphore. J’ai pensé qu’on devait en quelque sorte mourir, tirer un trait sur nous et notre égo pour pouvoir renaître et devenir une meilleure personne.

Avec le temps, je me suis mise à croire à ce miracle et aujourd’hui je pense que peu importe la réalité exact de l’histoire car le message, lui, est la vérité.

Cependant, j’ai lu, vu et écouté beaucoup de personne parler de la mort de Jésus comme étant l’acte qui avait lavé nos pêché, que nous devions l’accepter comme sauveur, qu’il avait payé pour nous etc…

Je vous avoue que je ne me sens pas vraiment à l’aise avec ces paroles car elles laissent penser que Dieu serait autre chose qu’amour et perfection. Pourquoi Dieu aurait-il eu besoin du sang de son fils pour nous pardonner? Est-ce que Dieu était différent dans l’ancien et le nouveau testament? Quel est le lien entre la mort de Jésus et nos pêchés? Doit-on vraiment passer par le salut de Jésus pou pouvoir rejoindre le ciel?

Jésus a été tué par l’homme, pas par Dieu et Dieu l’a ressuscité alors je vois là un message d’amour et d’espoir.

Bien à vous,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Bravo d’avoir lu les évangiles, ou commencé à les lire.
Je pense que votre compréhension de l’exécution de Jésus est tout à fait pertinente, c’est exactement ce que l’Evangile dit dans la parabole des vignerons :

  • Marc 2:6-7 « Le maître a envoyé en dernier son fils vers eux en disant : Ils respecteront mon fils. Mais ces vignerons se sont dit entre eux : C’est l’héritier. Venez ! Tuons-le, et nous aurons l’héritage. »

C’est vrai aussi que c’est réiniterprété par Paul de deux façons :

  1. Comme montrant l’amour du Christ pour l’humanité, il remarque que déjà ce n’est pas drôle de donner sa vie pour des justes, mais que, lui, a donné sa vie pour des pécheurs et que c’est une sacrée preuve d’amour. Effectivement, et cela manifeste l’amour et le pardon de Dieu. (Romains 5:6-8).
  2. Paul réinterprète aussi la mort du Christ comme vous le suggérez très finement, comme une métaphore de notre bon cheminement, mourant à la personne que nous étions hier afin de naître à un meilleur nous-même.

Effectivement, l’exécution de Jésus comme agitateur politique a été un choc, une immense déception pour beaucoup de disciples, avant qu’ils ne retrouvent, ou plutôt qu’ils trouvent un enthousiasme formidable dans ce que le Christ leur inspirait. Seulement il a bien fallu alors faire quelque chose de cet événement surprenant du Messie crucifié.

Cette histoire de Christ lavant nos péchés par son sang payant une rançon est une horreur à tout point de vue, à la fois spirituellement (qui peut avoir envie de se tourner vers un Dieu pareil ?), mais aussi moralement (qui peut trouver la mort d’un innocent comme satisfaisante en quoi que ce soit ? Qui peut penser que quelqu’un doive souffrir avant que l’on puisse pardonner ?). Cette théorie est épouvantable, elle a été promue par Anselme de Cantorbéry sur la base du droit féodal, qui effectivement n’était pas toujours d’une grande tendresse. Voir dans mes petits « mots qui piquent » les entrées « Satisfaction vicaire » ou « économie du salut« , propitiation, rédemption… et cette question « Jésus est mort sur la croix pour racheter nos péchés ?« )

La question est aussi dans le fait de dire que la question du salut serait une question d’amnistie (ou non) de nos fautes.

  • C’est un point important de se savoir pardonné par Dieu, accepté tel que nous sommes sans condition. Car cela dit d’abord la dignité radicale de tout être, indépendamment de ses performances, y compris dans le domaine de la foi, bien sûr. Cela est important spirituellement, car nous pouvons alors nous tourner vers Dieu sans crainte même quand nous sommes au plus bas, moment où nous avons justement bien besoin de l’aide de Dieu. C’est important aussi du point de vue moral, dans la société mais aussi dans le couple ou avec un ami, ou avec son enfant : c’est quand l’autre n’est pas en forme que l’attention, les soins et l’amour sont particulièrement précieux.
  • Seulement cette question n’en est pas une puisque Dieu aime sans condition et tout naturellement, c’est dans sa nature, si je puis dire. La question est une question de devenir meilleur. La faute est un symptôme, et révèle que nous avons soit une faiblesse, ou un problème, ou un manque d’évolution. En tout cas nous avons besoin d’être soigné et créé. C’est là le point principal, je pense du salut en Christ : de nous permettre d’aller mieux avec l’aide de Dieu, et ensuite de rayonner de plus belle façon.

C’est ce que manifeste le Christ. Cette dignité radicale de chaque personne, le soin du pécheur, la réconciliation avec Dieu, le fait de faire corps en humanité par l’Esprit et par la compassion, le soin mutuel…
Comme dit Jean dans sa magnifique première lettre, « quiconque aime est né de dieu et connaît Dieu, car Dieu est amour ». Dans ce sens on peut comprendre que c’est en vivant ce que le Christ a incarné que nous sommes vraiment vivant. Et il y a manifestement quelque chose de cet ordre dans bien des personnes qui ne sont pas chrétiennes (du point de vue des institutions).

La question du salut pour après la mort n’est pas inintéressante, seulement, la question principale reste celle de la vie avant la mort, car elle est de pleine actualité pour nous aujourd’hui et l’Evangile (et la Bible Hébraïque encore plus) se concentre sur cette vie présente où nous sommes à la fois de ce monde et en Dieu, dans cette magnifique tension féconde entre ces deux pôles. Pour la suite, nous pouvons faire confiance en Dieu.

Donc bravo et mille fois d’accord avec votre conclusion sur le message d’amour et d’espérance.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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