Jésus propose un idéal poussé à l’extrême et la miséricorde infinie de Dieu, comment concilier les deux ?

David de Michel-Ange avec un pigeon sur la tête - Image par Francisco Martinez Clavel de Pixabay

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Marc

Voici une question qui me taraude depuis quelques temps :

Que Jésus soit dur avec toutes ses exigences et parfois ses menaces, je le constate. En cela, il n’est pas un sage qui prêche la modération et l’indulgence devant la faiblesse humaine. Il met la barre éthique très haute, bien trop haute ? Et en même temps, il prêche la miséricorde infinie de Dieu.

J’ai du mal à concilier ces deux aspects de sa prédication. L’idéal est exacerbé, poussé à un paroxysme inaccessible comme pour nous abattre et nous désespérer et puis, ensuite, il nous pardonne de ne pas être capable de correspondre à cet idéal ! Au risque de blasphémer, je trouve cela assez pervers… Pardonnez-moi si je vous choque, mais ce qu’il en reste, c’est une bien mauvaise image de nous-mêmes : un pécheur pardonné certes, mais d’abord un pécheur : une très mauvaise image de l’être humain. Comment comprendre autrement ?

Merci pour ta réponse.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Cette pédagogie du Christ me semble au contraire tout à fait excellent, et même que c’est la seule qui vaille.

  • S’il n’y avait que des commandements faisables : nous serions dans la performance (ou dans la culpabilité quand on n’y arrive pas).
  • S’il n’y avait pas de commandement et seulement l’amour, ce serait infantilisant, comme si nous restions un bébé toute notre vie.
  • Les commandements infinis donne un idéal infini, l’amour de Dieu nous dit que nous pouvons faire ce que nous pouvons.

En effet, ses commandements impossibles ne peuvent en aucun cas être culpabilisants, puisqu’ils sont manifestement totalement irréalistes. C’est comme si on nous disait de sauter à pieds joints jusqu’à la lune, personne ne peut nous en vouloir de ne pas arriver à le faire. Et nous ne pouvons donc culpabiliser de ne pas arriver à le faire. Mais à moins de supposer hâtivement que Jésus est un idiot ou un fou, le fait qu’il donne ces commandements impossibles ne peut manquer de nous faire nous poser des questions. Premier et excellent bénéfice. Cela ouvre à une éthique du questionnement, une éthique du « faire au mieux », une éthique du « et moi, quelle est la petite part que je peux faire ? » et donc une éthique tout à fait libérante, stimulante, sans culpabiliser pour autant. La promesse que Dieu nous regarde avec bienveillance rend possible cette liberté, la rend vivable et joyeuse.

Par exemple quand Jésus dit « Amen amen, je vous le dis, ne résistez pas au méchant » C’est est bien entendu impossible à prendre comme un modèle de société, car comment laisser les pédophiles continuer à violer des enfants, comment laisser des gangsters agresser des banques et des grands-mères, comment laisser des terroristes et des tyrans tuer des innocents sous leurs balles, leurs couteaux et leurs bombes, comment laisser faire l’injustice sans dire un mot ??? Evidemment non. Et d’ailleurs, quand Jésus est frappé il ne laisse pas cette injustice sans réagir, il répond à son bourreau en lui posant des questions. Cela montre qu’il ne devrait pas être possible de lire la Bible au pied de la lettre sans se poser des questions. En réalité, ce passage n’est absurde que quand on le lit comme une réponse, comme un commandement moral. Ce passage est par contre absolument passionnant quand on le prend comme une question que l’on peut se poser soi-même quand on est agressé. C’est vrai qu’il existe des moments où la meilleure réponse est de ne pas répondre à l’offense (par exemple si un ami nous injurie d’un coup, on peut comprendre que sa méchanceté du moment est plus un symptôme de sa souffrance et qu’il faut l’aider plutôt que de riposter ? Mais si c’est un violeur qui cherche à agresser notre famille, bien entendu qu’il faudra résister). La Bible en général, et tout particulièrement les paroles de Jésus sont à prendre ainsi comme un trésor de questions à se poser, non comme un code de lois auxquelles Dieu nous demanderait de nous soumettre. Le sens « littéral » de ce passage est donc une invitation que nous donne Jésus de nous poser des questions, devant Dieu. Et alors, nous pouvons recevoir une Parole de Dieu pour nous. Directement dans le cœur, dans la tête. Une parole vivante.

Alors qu’une bonne petite morale bien claire et pragmatique sur le comportement à adopter en cas d’agression est inévitablement moralisatrice, doit se subdiviser en une casuistique extrêmement détaillée, et qui sera toujours bancale dans les cas particuliers, précisément ceux où la décision est difficile à prendre.

Autre exemple, Jésus nous dit « d’être parfait comme notre père qui est dans les cieux est parfait », rien de moins ! Cela n’a évidemment aucun sens en tant que commandement à accomplir, mais nous invite simplement à nous laisser enfanter, nourrir, éduquer par le Père, par Dieu, et devenir un tout petit peu meilleur peut-être dès aujourd’hui ?

Autre exemple : le commandement de Jésus tout simple : d’aimer Dieu à 100%, d’aimer notre prochain à 100% (et nous avons plus de 6 ou 7 milliards de prochains, sans compter ceux qui appartiennent aux générations futures, auxquels nous devons aussi penser), et qu’enfin nous devons ne pas oublier de nous aimer nous-mêmes à 100%. Même si certains actes additionnent des pourcents dans plusieurs de ces axes, cela fait quand même un peu trop de pourcents pour tenir dans les 60% de temps éveillé que nous avons. C’est pourquoi, à mon avis, Jésus ajoute qu’il faut aimer « avec intelligence », avec sa réflexion personnelle. Et que Dieu est le premier à nous aimer.

Dernier exemple : Christ nous dit de prier sans nous dire combien de fois ni combien de temps (Paul ajoute même de prier sans cesse), ils ne nous imposent pas de faire tel exercice religieux… c’est à chacun de voir, selon le moment de sa vie, ce qui sera juste. Et l’on voit Jésus prendre une nuit entière en prière, et une autre fois se laisser déranger dans sa solitude avec Dieu par la foule. C’est à chacun de voir.

Bref, l’évangile nous propose un idéal infini, inatteignable, et c’est génial. C’est à la fois une orientation et cela ne peut pas être culpabilisant le moins du monde. Cela invite à faire ce que l’on peut, au mieux, comme nous le sentons. C’est la fin du service minimum, de la barre qu’il faut passer. Avec l’aide de Dieu, et sous la grâce de Dieu, son pardon gratuit, sa bienveillance radicale. Tout nous est déjà donné, et si nous faisons un pas, un geste, une pensée… ce sera volontairement, librement, joyeusement, pour le plaisir mais sans y être obligé le moins du monde par une dette que nous devrions à Dieu ou à la vie. Juste par grâce.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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