Je suis un peu gêné par l’énorme présence de Paul dans le Nouveau Testament. Qu’aurait été la Réforme sans lui ?

Par : pasteur Marc Pernot

Une bible ouverte sur une une carte des voyages de Paul - Photo by Tim Wildsmith on https://unsplash.com/photos/8cAc0QjcZfk

Une bible ouverte sur une une carte des voyages de Paul

Question d’un visiteur :

Bonjour Marc, veuillez bien m’excuser de faire de nouveau appel à vous.

Je suis un peu gêné par l’énorme présence de Paul dans le Nouveau Testament. Cependant, les Actes des Apôtres demeurent un très beau livre et la présence forte de Paul est ici moins gênante dans la mesure où celui-ci est représentatif d’un prédicateur très différent de l’homme écrivant diverses aux Eglises de l’époque. Paul des Actes prêche le Messie Jésus, mais n’insiste pas sur l’étude et la description de la nature de ce Christ, image de Dieu. De plus il est difficile de voir si l’on a le « droit moral » de se sentir en décalage avec cette tentative de dogmatisation.

Sans l’apôtre Paul, qu’aurait éventuellement été le Christianisme des siècles postérieurs? Les Judéo-Chrétiens exigeant la circoncision des païens auraient dominé le monde Chrétiens? Peut-être diverses factions auraient trouvé leur place, comme par exemple diverses formes d’arianisme? Sans Paul, la Réforme n’aurait pas eu de raison d’être étant donné que Luther et Calvin insistaient sur la théologie paulinienne? Y eu t-il des Réformateurs non-pauliniens au 16ème siècle?

Ma tendance personnelle serait de reconnaître du Nouveau Testament presque exclusivement les 4 évangil es synoptiques, les Actes des Apôtres, les trois petites lettres de Jean et la lettre de Jacques que je trouve superbe et inspirante pour moi du moins. Quand à Pierre, il semble bien proche de Paul dans ces deux lettres.Cependant, je reconnais qu’il y a en Paul des passages magnifiques, par les conseils divers sur la vie chrétienne, la sanctification…..

Marc, je vous prie d’excuser ce long mail et je vous remercie encore une fois de votre aide.
Que le Seigneur vous bénisse.

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

Il est tut à fait juste et bon d’avoir ses auteurs préférés dans la Bible, et même d’avoir ses ou son texte préféré. De le prendre comme axe de sa propre interprétation de la Bible, et de sa propre pensée, de sa propre vie. La Bible, contrairement au singulier que suggère ce mot, est en réalité des livres bien différents par leurs approches, leurs sensibilités théologiques et spirituelles. Il est donc juste de choisir quel pourrait être pour soi-même le cœur du cœur du message (du « kérygme », comme on dit). Pour un chrétien c’est vrai qu’il serait assez naturel de le prendre dans un des quatre évangiles. Mais chacun sa propre approche. Pour telle autre personne ce pourrait être un verset ou un passage des lettres de l’apôtre Paul. Comme vous le dites il y a vraiment des passages extraordinaires dans ce qu’a écrit cet homme. Il y a aussi des phrases dangereuses, c’est vrai. Mais c’est comme bien souvent, la vie n’est possible qu’en faisant preuve d’un peu de bienveillance, gardant le meilleur, et passant sur ce qui est moins bon.

Il est norrmal qu’un livre comme la lettre de Paul aux Romains ait eu une grande influence sur les théologiens de toutes les époques, Saint Augustin, les Réformateurs, les théologiens contemporains. Car c’est un monument de théologie et de philosophie, mais aussi parce qu’il a suscité deux mille ans de débats théologiques, ce qui est une richesse supplémentaire. Cependant, un homme comme Calvin a été un grand lecteur et interprète des évangiles et des psaumes, ses commentaires sont une mine. Mais peu importe, nous sommes avant tout chrétiens, ni pauliniens et encore moins calviniens. Nous sommes libres de nourrir notre réflexion et notre foi avec ce qui nous fera le mieux avancer (ce qui n’est pas nécessairement ce qui nous fait le plus plaisir).

Je ne vois donc que du bon dans votre approche, du très bon même puisque cela montre une véritable recherche, et une implication personnelle dans cette lecture, cela vous permet de vous laisser rejoindre et toucher sans être arrêté par des textes qui vous auraient pu vous écarter de la foi si vous les sacralisiez.

Difficile de refaire l’histoire et de dire ce qu’aurait été le christianisme sans l’apôtre Paul.
Mais je ne pense pas qu’il ait lutté contre les judéo-chrétiens, Paul s’occupait d’autres populations, païennes, et il respectait Jacques le frère de Jésus, chef de l’église de Jérusalem et figure emblématique de ce courant chrétien dans le sein du judaïsme. Ce n’est pas Paul qui a torpillé ce courant. Et l’ouverture aux païens était une part de toute façon incontournable, avec ou sans Paul, car cela fait partie du programme messianique de réaliser la promesse faite à Abraham que toues les nations soient bénies (Genèse 12), que chaque personne individuelle soit en ligne directe avec Dieu (Ezéchiel 31:31)

Pour ce qui est de la Réforme protestante, elle aurait eu lieu autrement ou se serait exprimée autrement. De toute façon l’époque de la Renaissance était un fruit mur, avec ou sans Luther et Calvin. Toute institution, il me semble, a tendance à ce calcifier, un peu comme les tuyaux dans la maison et nos artères, l’institution secrétant des chefs, des règlements, de l’autorité, des raideurs, des dérives. Il y a donc toujours besoin de réformes pour dégraisser le mammouth et revenir à l’essentiel, au cœur du cœur, au « kérygme », à le reformuler, le requestionner. Sans Paul, il y aurait eu des réformes aussi. Dieu continue à faire souffler son Esprit, des hommes et des femmes continuent à se lever dans le monde pour proclamer Jésus Christ.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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