Une statue représentant un homme recroquevillé dans la pénombre d'un parc - Photo de K. Mitch Hodge sur https://unsplash.com/fr/photos/homme-etreignant-sa-statue-de-genou-IqSaG9zv2e0
Ethique

Faudrait-il se sentir coupable de ne pas assez témoigner de sa foi ?

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Ce texte aborde la question de la culpabilité que l’on peut ressentir face à l’idée d’évangéliser. Il apporte un éclairage apaisant sur la bienveillance divine, rappelant que l’annonce de ses convictions doit rester un acte de liberté, respectueux de l’autre et profondément ancré dans la sensibilité personnelle de chacun.


Question d’un internaute : la culpabilité de ne pas assez évangéliser

Péché : oui, j’ai péché par omission, je ne prêche pas la bonne nouvelle, je ne montre pas assez ma foi, parce qu’elle est faible, par paresse, je n’agis pas dans ma paroisse. Je vais à la messe et je prie plusieurs fois par jour, mais il y a un plafond. D’un autre côté, je ne veux brusquer personne, peut-être l’exemple ? Désolé de vous importuner. Merci.

Réponse du pasteur : Témoigner de sa foi avec liberté et bienveillance

Bravo pour cet élan de sincérité, bravo de chercher ainsi à progresser dans la prière. Bravo de vouloir rendre service en annonçant l’Évangile dans le monde.

Tout cela est excellent et remplit Dieu de joie.

La bienveillance envers soi-même, première étape

Mais attention : D’abord : le Christ nous appelle à la bienveillance. Cela vaut aussi vis-à-vis de vous-mêmes, cela commence par la bienveillance vis-à-vis de soi-même. C’est bien d’être lucide, mais il ne faut pas être trop sévère. Dieu ne désire certainement pas nous culpabiliser mais nous faire sentir qu’avec lui, nous pouvons être nous-mêmes, et avancer à notre rythme avec son aide, vous pouvez en être absolument assuré, et faire ainsi confiance dans l’amour de Dieu pour nous, c’est ce que nous a manifesté le Christ.

Remplacer la culpabilité par la louange

Donc, plutôt que de culpabiliser devant Dieu, vous pouvez chercher à le remercier. Plutôt que de vous désoler de n’avoir encore qu’un petit peu la foi, vous pouvez remercier Dieu quand vous avez pu faire du bien, aussi peu que ce soit, le remercier quand une personne vous a fait du bien. C’est l’essentiel : la louange. Il faut 99 louanges à Dieu pour la bonne personne que vous êtes… avant de vous faire un reproche. De même vis-à-vis des personnes que l’on aime. C’est cette proportion de 1 % que nous trouvons dans la parabole de la brebis perdue de Luc 15. C’est comme cela que Dieu est avec nous. Et encore, il ne voit pas le défaut de la brebis perdue pour la condamner mais pour l’aider et pour prendre soin d’elle.

Une question de vocation personnelle et de charisme

Il est bon de dire : j’aimerais être capable d’un petit peu plus témoigner de ma foi. C’est une bonne idée. Vous pouvez présenter cette espérance à Dieu dans la prière, puisque vous êtes sensible à cela. Mais chaque personne a aujourd’hui ses qualités, sa sensibilité, son charisme, sa vocation. Il ne faut pas faire une généralité : certains sont à l’aise pour parler de Dieu avec simplicité, sans que cela choque personne. D’autres tentent de le faire et cela énerve les gens et fait finalement plus de mal que de bien.

Cela risque d’être le cas si c’était le sentiment du devoir qui nous poussait, encore pire si nous nous sentons obligés de témoigner de notre foi poussés par la culpabilité. Ce ne sont pas de bons ressorts pour faire sentir à qui que ce soit l’amour de Dieu, la liberté et la joie que nous donne la foi ! Le seul témoignage qui vaille vient de l’amour que nous avons pour l’autre, notre désir de lui offrir cela comme on partagerait un délicieux gâteau. C’est pourquoi, en ce domaine, il n’est pas bon de se forcer, je pense.

Il me semble important de penser en termes de vocation personnelle. C’est à discerner dans la prière et cela peut jaillir aussi de notre cœur en un instant. Si vous ne « le sentez pas » de témoigner aujourd’hui, malgré votre foi ardente, c’est que cela n’est pas votre vocation aujourd’hui. C’est tout. Dieu fait du sur mesure avec nous.

Le respect absolu de l’autre dans le témoignage

Votre respect pour l’autre est une excellente chose, c’est même la base indispensable à tout service. Ne brisez surtout pas cela. Témoigner de la foi ne doit de toute façon pas être une leçon que l’on donne, cela peut être simplement raconter ce que l’on a fait de son week-end et dire que cela nous a réjouis d’aller à l’église le dimanche matin : le dire comme on dirait qu’on est allé à la pêche à la carpe : cela n’oblige l’autre en rien d’avoir envie de faire de même, mais qui sait : peut-être que cela lui parlera, peut-être qu’il vous posera des questions… en tout cas cela lui appartient.

Surtout ne pas penser et encore moins dire à la personne qui n’a pas la foi qu’elle « devrait » l’avoir. C’est porter un jugement (ce qui ne nous appartient pas).

Il est bon de prier, vraiment. Donc bravo. Que ce soit une prière joyeuse, en confiance avec ce Dieu qui vous aime. Pas d’angoisse devant lui comme s’il était un Dieu terrible.

Il vous bénit et vous accompagne avec tendresse.

pasteur Marc Pernot

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