une personne accroupie face à un mur gris est levée par un rai de lumière - Photo de Yk Ksur https://unsplash.com/fr/photos/une-personne-agenouillee-dans-un-tunnel-sombre-JhNVif4yJpw
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La notion de vocation dépasse la simple recherche d’une mission personnelle pour toucher au sens même de l’existence humaine. Cet article explore la manière dont un appel spirituel se dessine, à l’intersection entre un idéal divin et notre réalité humaine. Il met en lumière la liberté, la souplesse et l’accompagnement qui caractérisent ce cheminement intérieur, offrant des clés de réflexion pour comprendre comment chacun peut, à son rythme, trouver sa place et son utilité dans le monde.


Un idéal spirituel infini confronté à notre réalité humaine

En Christ, nous avons un idéal infini : rien de moins que Dieu lui-même avec ses qualités de clairvoyance, de bonté, de patience, de créativité. C’est ainsi que Jésus nous conseille : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » (Matthieu 5:48). Comme il le précise : Dieu est au ciel (c’est-à-dire dans une tout autre dimension que nous), et nous sommes sur terre avec nos limites personnelles et avec des ressources limitées. Cet appel du Christ n’est ainsi pas culpabilisant : personne ne peut nous en vouloir de ne pas être parfait, bien sûr, et nous ne devons pas non plus nous en vouloir de ne pas l’être. Un idéal n’est pas fait pour être atteint, mais c’est une visée, une orientation, une inspiration. Ensuite, quand Jésus présente ici Dieu comme père (et comme mère nous engendrant) : c’est une piste pour devenir un petit peu plus image de Dieu, pas à pas.

Cette nuance, entre l’idéal (transcendant) et notre réalité (contingente), est essentielle pour nous comprendre, et c’est à mon avis une base importante dans la question de notre vocation. Nous ne sommes pas Dieu, nous ne sommes même pas du niveau de Jésus (ce qui serait a priori possible), nous sommes quand même une merveille, nous avons un sens, notre existence a un sens et un avenir.

Une mission collective qui se décline en appels personnels

Le Christ nous appelle à aimer notre prochain (Marc 12:31), à servir (Jean 13:17). Jésus explique : « Il faut que nous accomplissions les œuvres de celui qui m’a envoyé » (Jean 9:4). Nous avons donc, collectivement, une mission, elle aussi est infinie, à la hauteur de notre idéal. Jésus se reconnaît lui-même « envoyé » personnellement pour un service, un « ministère ». Cela fait partie de sa « vocation » de Christ. Sa vocation est unique, mais il nous dit que, comme il a été envoyé, nous sommes envoyés, nous sommes donc, nous aussi, invités à avoir une vocation. Il le répétera ensuite : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » (Jean 20:21).

« Il faut que nous accomplissions les œuvres de Dieu« , ce nous est collectif : c’est l’humanité entière comme un corps qui a cette vocation collective de l’humanité d’accomplir l’œuvre de salut que le Christ a initiée. Cette vocation collective se décline en vocations particulières, pour chacune et chacun de nous, membres de l’humanité. C’est là que la fonction accomplie par le Christ est un élément clé : en lui, ce sont tous les peuples de toutes les nations qui sont bénis et donc appelés et envoyés (c’est la promesse faite à Abraham). Et en Christ, l’Esprit est donné à la personne la plus savante comme à la moins instruite, homme comme femme (bien sûr), de tout âge et de toute capacité (c’est la promesse faite aux prophètes, rappelée en Actes 2:17).

Les caractéristiques et étapes d’une vocation

La vocation, typiquement :

  1. commence par un appel, parfois c’est un appel à la cantonade, très souple : « Qui enverrai-je ? Qui ira pour nous ? » (Ésaïe 6:8) laissant la personne très très libre. Parfois l’appel est plus pressant, la personne est alors appelée par son nom, parfois par son nom redoublé comme « Abraham, Abraham » (Genèse 22:11), « Marthe, Marthe » (Luc 10:41), c’est comme une prière que Dieu nous fait, à nous.
  2. L’appel fait de la personne, par définition, un saint ou une sainte : elle est considérée comme une personne qui compte personnellement et sur qui Dieu compte. C’est exactement la définition de « saint ». Selon la Bible, c’est l’appel qui fait le saint, pas sa hauteur morale et spirituelle, pas ce qu’il a accompli. C’est le fait que nous soyons appelés personnellement par Dieu.
  3. À cet appel, Ésaïe, Abraham et bien d’autres dans la Bible répondent « Me voici« , en hébreu « hinéni« . C’est une formule permettant de repérer une vocation dans la Bible, mais pour nous ce ne sont pas nécessairement des mots précis à répéter, c’est plutôt une attitude. Déjà l’appel a accompli ceci : d’éveiller la personne, de faire qu’elle se sente concernée par le boulot à faire pour que le monde avance. Cette personne est ainsi éveillée, elle est un sujet personnel. Même si cette personne se sent très souvent incompétente comme Moïse se sent incapable de parler et peu crédible, Jérémie se sent trop jeune, Esaïe se sent fautif, Amos se sent trop amateur pour la tâche…
  4. Mais Dieu ne nous laisse pas tomber, avec l’appel vient l’Esprit qui est donné, donnant les compétences et la force nécessaires, et Dieu promet d’accompagner la personne pour la suite quoi qu’elle choisisse, quel que soit le chemin qu’elle emprunte pour répondre à cette vocation (ou non).
  5. Vient alors la mission proprement dite, la responsabilité qui nous est confiée. Elle est négociable. Dieu est persuasif mais pas tyrannique, il tient compte des objections et des idées, des sensibilités, du rythme de chacun. Une vocation est une discussion, elle est un cheminement. Souvent, cette vocation commence dans la Bible par un « Va !« , c’est d’ailleurs ce que signifie littéralement le nom d' »apôtre » (en grec « envoyé« ). Cette vocation tient compte de la force de chacun, de ses talents, de sa disponibilité. « Va avec cette force que tu as« , comme le dit Dieu à Gédéon (Juges 6:14), en confiance.

Souplesse et humilité dans le service

Il n’y a pas de petit ou de grand service (on dit en grec un « ministère« ), puisque c’est l’ensemble des ministères qui est celui de l’humanité entière, du corps du Christ que Jésus appelle « nous » en Jean 9:4 (ci-dessus). Bien entendu, nous tâtonnons tous dans la poursuite de notre ministère, laissant des manques que Dieu doit alors chercher à combler en cherchant qui pourrait compléter ce que nous n’avons pas fait. C’est normal, c’est comme cela dans un corps, par exemple pour la circulation ou pour les réseaux de neurones. Dieu comprend, Dieu pardonne, il appelle et accompagne, il cherche à mobiliser, il envoie…

Notre vocation est très souple, en fonction de là où nous en sommes et des circonstances présentes de notre vie. Il peut arriver des temps où nous avons l’impression de ne pas avoir de mission particulière. Notre mission est alors d’être et de nous tenir prêts, à l’affût de ce qui pourrait survenir comme occasion. C’est ce qui arrive dans une parabole que Jésus raconte : un blessé est là, sur le bord du chemin, un prêtre a déjà pour vocation d’aller faire une célébration et n’est pas disponible, Jésus comprend : nous ne sommes pas Dieu pour tout faire en même temps. Passe alors un bon Samaritain qui se sent concerné par le blessé sur le bord de la route et va le sauver. Pendant une longue période jusqu’à cet instant, cet homme avait peut-être l’impression de ne servir à rien ? Ne nous sous-estimons pas.

Par définition, le rôle de l’Église est de dire à toute personne que Dieu l’appelle, que Dieu compte sur elle pour servir à sa façon (le mot « église » signifie « appelé hors de » notre situation pour être envoyé).

Le discernement spirituel au quotidien

Il y a une vocation personnelle de chaque personne, il y a une vocation d’un couple, une vocation de telle association ou de tel groupe, de telle église, de telle religion. C’est comme un moteur dont les pièces s’assemblent pour faire avancer l’ensemble. Comme un corps dont les membres se complètent ou se doublent pour faire vivre l’ensemble.

Nous n’avons pas à juger de la « vocation » d’une autre personne, c’est à chacun d’en discuter avec Dieu, dans la lucidité sur soi-même et sur la situation, dans la réflexion et dans la prière. Mais bien entendu, quand on est aussi dans un groupe, cela ne peut pas non plus se faire complètement indépendamment des autres autour de nous. Par exemple, si une personne pense avoir la vocation d’entrer dans telle institution, cela regarde aussi l’institution elle-même de décider si cette personne peut entrer dans tel poste. Par exemple, la vocation que peut recevoir telle personne de proclamer l’Évangile dans le monde peut se faire de bien des façons différentes, c’est à la personne de tâtonner ensuite pour travailler sa vocation, évoluer, se former, voir où et comment elle pourra s’exercer.

Dieu bénit et accompagne, il appelle et envoie. Il comprend et patiente, il a des projets et tient compte de notre façon de voir…

Ce qui est certain, c’est que quand nous nous trouvons à accomplir en quelque sorte notre vocation, non seulement cela fait du bien autour de nous, mais cela nous donne aussi une joie profonde (Jean 15:11).

pasteur Marc Pernot

Cet article est extrait de notre Petit Dictionnaire de Théologie (niveau 2), voir aussi les Définitions de base (niveau 1), les Mots qui piquent (niveau 3), et les Notions (niveau 4).

Pour aller plus loin sur ce thème

Des pistes de réflexion (Prédications & Méditations)

Études

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2 Commentaires

  1. Olivier dit :

    Merci pour cette présentation de la vocation, qui m’a permis de découvrir un aspect très direct et décomplexant de la sainteté. Finalement, à bien y réfléchir, nous serions tous des saints et des oints de Dieu. Laissons à Dieu et au Christ les MAJUSCULES. Quant à nous, les minuscules sont une invitation à jouer collectif ( tous à la même enseigne !) et à devenir ou rester humble. Merci à vous !

    1. Marc Pernot dit :

      Merci pour cette magnifique conclusion.
      Effectivement, l’apôtre Paul salut ses correspondants en les appelants « saints » alors que nous voyons bien dans ses lettres que ces personnes sont des personnes comme nous…

      « Paul et Timothée, esclaves de Jésus-Christ, à tous ceux qui, à Philippes, sont saints en Jésus-Christ, aux épiscopes et aux ministres :‭ ‭Grâce et paix à vous de la part de Dieu, notre Père, et du Seigneur Jésus-Christ !‭ » (Philippiens 1:1-2)

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