06 octobre 2025

couple enlacé sur un fond de ciel - Photo de Priscilla Du Preez 🇨🇦 sur https://unsplash.com/fr/photos/homme-et-femme-setreignant-lun-lautre-photographie-9vHPCKymSh0
Ethique

Désir d’enfant non partagé : la foi face au dilemme du couple spirituel

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Un couple divisé par un désir d’enfant non partagé : le pasteur Marc Pernot revient sur le sens du verset Genèse 1:28, la vraie nature de la fécondité chrétienne, et propose des repères pour discerner un désir profond loin des pressions extérieures et éviter des regrets durables.


Question de Martine :

Dilemme spirituel et pressions sociales

Cher Pasteur, je vous remercie chaleureusement pour votre site et la richesse de vos réponses. Je vous écris aujourd’hui car je traverse une période de questionnement importante concernant mon couple. Mon ami et moi sommes ensemble depuis un an et demi, et malgré son engagement sincère et ses profondes qualités humaines, nous divergeons sur un point crucial : j’ai un fort désir d’enfant, qu’il ne partage pas actuellement.

J’ai lu avec grand intérêt vos éclairages, notamment sur le respect du désir du conjoint et l’importance fondamentale de ne pas « instrumentaliser » l’enfant. Ces réflexions sont d’autant plus précieuses que je reçois des pressions culturelles et religieuses fortes, certains allant même jusqu’à m’inciter à la rupture.

Malgré cette incertitude et la culpabilité qu’il ressent, je ressens de la paix dans la prière à l’idée de construire ma vie avec lui. Je suis convaincue que ce chemin de questionnement est fécond et qu’il existe une voie pour nous. Mon désir est de faire confiance à Dieu pour faire quelque chose de beau et de créatif de cet espace de « manque » potentiel, en m’appuyant sur ses qualités morales, son désir de justice et son amour sincère. Les projets de vie alternatifs ne manquent pas. Merci pour vos encouragements. J’espère que nous saurons reconnaître le chemin de vie juste pour nous.

Bien à vous,


Réponse du Pasteur : Théologie et la Vocation à la Fécondité

Chère Martine, merci pour les encouragements, c’est vraiment sympa. Merci pour votre confiance. En même temps, je suis loin : même si j’ai vu des centaines de couples, chacun est évidemment différent et chaque personne au sein du couple l’est encore plus. Il faut donc accorder une confiance relative à ce que je raconte. Cependant, vous posez parfaitement bien la difficulté.

Genèse 1:28 : l’interprétation théologique de la fécondité

Votre vocation à avoir un enfant est tout à fait juste et légitime. Évidemment, pas à cause du verset Genèse 1:28. Faire dire à ce verset un prétendu devoir absolu d’avoir des enfants n’est pas juste. Par exemple, Jésus n’a pas eu d’enfants, ou en tout cas n’a pas eu d’enfant vivant pour lui succéder. On ne peut absolument pas dire que la vie de Jésus n’a pas été féconde, mais sa fécondité est d’un tout autre ordre.

La biologie n’est pas le tout de l’humain, bien sûr, et notre mission d’être féconds, de multiplier et de remplir la terre ne consiste pas à faire en sorte que la terre grouille d’êtres humains jusqu’à en couvrir toute la surface. Jésus, par l’Évangile qu’il a annoncé et qu’il a vécu, a déployé une immense fécondité : son message remplit la terre et multiplie la foi, l’amour et l’espérance.

Discerner son désir profond et éviter le regret

C’est évidemment — et vous le savez très bien — à vous de peser à quel point votre espérance d’avoir des enfants est importante sur une échelle de 1 à 10. Il vous appartient de discerner si vous pouvez évoluer sur cette question en développant justement d’autres types de fécondité de votre existence. S’agit-il d’un souhait viscéralement personnel ou est-il teinté par la pression familiale et sociale ? Cette seconde option est beaucoup moins intéressante : que ces personnes s’occupent de leur propre vocation et évitent de piétiner avec leurs grosses chaussures la personnalité et la vocation des autres ! C’est le minimum de respect que l’on peut attendre de quelqu’un qui a un peu de cœur ou un peu d’éducation. C’est donc à vous de mesurer à quel point vous aimez cet homme et à quel point il vous aime.

Le poids asymétrique du dilemme du couple

C’est tout de même une grosse difficulté dans votre couple que de vous voir achopper sur cette question. Car votre vocation à faire un enfant est, nous le savons tous, quelque chose de très profond, et ne pas y répondre est sans doute blessant. Cela peut conduire à des regrets immenses pour le reste de la vie, avec parfois une rancune non maîtrisable contre le conjoint qui vous en a empêchée.

J’ai l’impression que la situation n’est pas symétrique : ne pas répondre à un profond désir d’enfant est lourd, très lourd à gérer. Se charger d’un enfant alors que l’on n’en avait a priori pas très envie est dur aussi, mais moins profondément destructeur. C’est un peu galère au début mais, à moins d’avoir un cœur de pierre, une fois que l’enfant est là, qu’il grandit, qu’il parle, discute et compte sur vous, on s’attache et on ne peut faire autrement que d’être émerveillé. À mon avis.

Bonne route à vous et bon discernement.

pasteur Marc Pernot

Pour approfondir : Retrouvez l’éclairage théologique sur ce que signifie vocation au sein du Petit Dictionnaire de Théologie.

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