10 septembre 2026
Le « Notre Père » médité par le merveilleux François d’Assise
La prière du Notre Père n’est pas seulement un texte à réciter, mais une invitation à l’appropriation personnelle. La méditation qu’en fait François d’Assise illustre une spiritualité simple et incarnée. Ce texte montre comment s’approprier ces paroles pour enrichir son dialogue intérieur et sa propre réflexion.
Le Notre Père : un point de repère pour la foi
La prière dite du « Notre Père » est sans doute un des textes les plus connus de la Bible. Il s’agit du seul exemple de prière que Jésus a donné à ses disciples (Matthieu 6:9-13). Cette prière est très vite devenue un point de repère important pour les premiers chrétiens, un catéchisme de base, un élément essentiel des célébrations des premiers chrétiens, et aussi une inspiration pour la prière de chacun.
Afin que ce ne soit pas « une vaine redite » (Matthieu 6:7), mais plutôt une source effective d’inspiration pour notre propre prière, il était fréquent pour bien des personnes dans leur pratique personnelle, intime, de leur prière de méditer ce « Notre Père » phrase après phrase, selon l’inspiration du moment, de façon tout à fait libre et créative, personnelle.
C’est ce que l’on appelle une paraphrase du Notre Père ou une « exposition du Notre Père ».
La spiritualité incarnée de François d’Assise
Voici une méditation du Notre Père composée par l’excellent François d’Assise (saint François 1182-1226).
Avant de plonger dans les mots de cette méditation, il est essentiel de se souvenir de l’homme derrière sa prière. Loin de l’icône parfois artificielle forgée par la tradition, François d’Assise fut avant tout un chrétien laïc profondément libre et engagé. N’étant pas prêtre, il a choisi de vivre l’Évangile à la lettre, sans filtre et au grand jour, au milieu du monde plutôt que reclus dans un cloître.
Surnommé le Poverello (le « petit pauvre »), il incarnait une simplicité radicale et désarmante, joyeuse, se dépouillant de toute richesse pour se faire l’égal des plus marginaux et le frère de la Création tout entière.
Sa spiritualité ne s’embarrassait pas de grands systèmes liés à la théologie abstraite ; elle était celle d’un mystique incandescent, pour qui chaque rencontre et chaque élément de la nature devenaient le lieu d’une communion avec Dieu. C’est précisément cet élan intérieur plein d’amour qui fait que sa personne et sa prière est pour bien de nous, très inspirante.
Un cœur à cœur tendre et respectueux avec Dieu
Ce qu’on remarque aussitôt, c’est qu’il a ajouté « très saint » dans son invocation : « Notre Père très saint », c’est un ajout que François d’Assise aimait beaucoup, on le retrouve dans plusieurs de ses textes. C’est à la fois un respect et une tendresse particulière dans la bouche de saint François, c’est même à cause de ce cœur à cœur avec Dieu que vit François qu’il lui importe d’emblée de manifester que cette tendresse ne lui fait pas oublier que Dieu est Dieu, d’une toute autre dimension que nous. C’est aussi une humilité vis-à-vis des autres humains : c’est parce que nous avons tous le même Père en Dieu que nous sommes frères et sœurs.
Une théologie ancrée dans son époque
Le texte est ensuite bien dans le style de François, même si ce n’est peut-être pas exactement de sa main mais mis par écrit de mémoire à la première génération de franciscains. Sa théologie reflète celle du haut Moyen Âge, bien sûr, plongeant ses racines dans celle d’Augustin.
La paraphrase du Notre Père par François d’Assise
Notre Père très saint, notre Créateur, notre Rédempteur, notre Sauveur et notre Consolateur.
Qui es aux cieux, dans les anges et dans les saints, les illuminant pour qu’ils te connaissent, car tu es, Seigneur, la lumière ; les enflammant pour qu’ils t’aiment, car tu es, Seigneur, l’amour ; habitant en eux et les emplissant de ta divinité, pour qu’ils aient le bonheur, car tu es, Seigneur, le bien souverain, le bien éternel, de qui vient tout bien, sans qui n’est aucun bien.
Que ton nom soit sanctifié, que devienne toujours plus lumineuse en nous la connaissance que nous avons de toi, afin que nous puissions mesurer la largeur de tes bienfaits, la longueur de tes promesses, la hauteur de ta majesté, la profondeur de tes jugements.
Que ton règne vienne : dès maintenant règne en nous par la grâce, et plus tard introduis-nous dans ton royaume où sans ombre enfin nous te verrons, où deviendra parfait notre amour pour toi bienheureuse notre union avec toi, éternelle notre jouissance de toi.
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel : Que nous t’aimions de tout notre cœur en pensant toujours à toi ; de toute notre âme en te désirant toujours ; de tout notre esprit en dirigeant vers toi tous nos élans et ne poursuivant toujours que ta seule gloire ; de toutes nos forces en dépensant toutes nos énergies et tous les sens de notre âme et de notre corps au service de ton amour et de rien d’autre. Que nous aimions nos proches comme nous-mêmes : en les attirant tous à ton amour selon notre pouvoir, en partageant leur bonheur comme s’il était le nôtre, en les aidant à supporter leurs malheurs, en ne leur faisant nulle offense.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour : ton Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, pour que nous puissions nous rappeler, mieux comprendre et vénérer l’amour qu’il a eu pour nous et tout ce que pour nous il a dit, fait et souffert.
Pardonne-nous nos offenses par ta miséricorde ineffable, par la vertu de la Passion de ton Fils bien-aimé, par les mérites et par l’intercession de la Vierge Marie et de tous les élus.
Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés, et ce que nous ne pardonnons pas pleinement, toi, Seigneur, fais que nous le pardonnions pleinement : que nous aimions vraiment nos ennemis à cause de toi, que nous arrivions à te prier sincèrement pour eux ; qu’à personne nous ne rendions le mal pour le mal mais que nous tâchions de faire du bien à tous, en toi !
Et ne nous soumets pas à la tentation, qu’elle soit manifeste ou sournoise, soudaine, ou lancinante et prolongée.
Mais délivre-nous du mal passé, présent et futur.
Amen.
Voir aussi :
- Que la force brûlante et douce de ton amour donne vie à mon âme (François d’Assise)
- Cantique des créatures (François d’Assise)
- À cause de toi-même, donne-nous d’agir selon ta volonté (François d’Assise)
- Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix (François d’Assise)
En écho à ce texte :
-
Cantique des créatures (François d’Assise)
-
À cause de toi-même, donne-nous d’agir selon ta volonté (François d’Assise)
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Jésus dit : « Voici donc comment vous devez prier : Notre Père… » (Matthieu 6:9)

Un de mes fils, 33 ans, très riche, narcissique et très intelligent (?) ne travaille pas et gère sa fortune… Il n’est pas croyant, ne crois en rien d’autre que le capitalisme. Certes un croyant qui gère un patrimoine n’est pas appelé à devenir franciscain — mais il peut vivre un esprit de pauvreté : choisir une certaine simplicité de vie, cultiver le détachement intérieur, et pratiquer une générosité réelle. Mais que faire avec mon fils? Il est loin d’hériter quelque chose de saint François.
Votre préoccupation concernant votre fils est compréhensible.
La pauvreté n’est pas un modèle de société : quand saint François mendie son pain, il y a bien eu un agriculteur, un meunier, un boulanger, un bûcheron qui est allé chercher le bois : tous avaient besoin d’outils, de capital pour fonctionner, de tailleurs pour s’habiller. François le sait bien, c’est pourquoi je dirais que l’idéal franciscain est un témoignage permettant de remettre les choses en perspective, disant que le spirituel est essentiel pour l’humain.
On a le droit d’être riche, et le seul argent que l’on doit est l’argent que l’on aurait volé à d’autres, comme on le voit avec Zachée que Jésus rencontre. Et si donner des sous était fait pour répondre à une obligation, cela ne serait plus vraiment un don mais un impôt. Ce que Jésus conseille, c’est d’aimer. Qu’il y a une joie profonde, aboutie, dans le fait de se laisser inspirer par l’amour dans la vie. Et je pense que c’est profondément vrai.
Donc en ce qui concerne votre fils, je ne le jugerai pas, ceux qui sont jaloux de lui se font du mal à eux-mêmes, ceux qui le jugent se font du mal à eux-mêmes. Mais c’est à lui de voir ce qu’il veut faire de sa propre vie : s’il vit sans amour, sans générosité, il se prive de la plus grande des joies et il se punit lui-même. C’est tout.
Je pense que pour faire avancer la situation, le mieux est d’aimer votre fils avec cœur, bienveillance, encourageant le moindre geste de bonté, sans jugement, sans pensée négative à son égard. C’est ce qui a le plus de chances d’ensemencer son cœur d’amour. Ce n’est pas non plus efficace à 100 %, car existe la liberté de chacun, fort heureusement. Mais quand même l’amour et la prière ont une véritable puissance.