Le Christ est à la fois « monté au ciel » et « avec nous » (Ascension)

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pasteur Marc Pernot

 

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prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève, le jour de l’Ascension 2023,
par : pasteur Marc Pernot

extrait d'un tableau de Hans von Kulmbac, 1513, Metropolitan Museum of Art
En ce qui concerne l’ascension du Christ, le récit le plus connu est celui que Luc donne dans son évangile et qu’il reprend ensuite dans le livre des Actes : Jésus est « enlevé au ciel ». Le récit de Matthieu dit l’inverse : Christ ne nous est pas « enlevé », bien au contraire, il est « avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Le récit de Marc, lui, est œcuménique, il additionne les deux tranquillement : Christ « fut enlevé au ciel et il s’assit à la droite de Dieu », mais en même temps, « Christ travaille avec » ses disciples, confirmant la Parole par des signes en ce monde.

Cela montre que l’on ne peut pas faire une lecture matérialiste de ces récits, seule une lecture théologique et spirituelle peut réconcilier à la fois le « Christ est monté au ciel » et « Christ est avec nous tous les jours ».

Je ne sais pas laquelle des deux affirmations est la plus surréaliste : « Christ est monté au ciel » ? Bien sûr que l’homme Jésus n’est pas parti en fusée quelque part là haut. Quand Youri Gagarine, le premier homme ayant voyagé dans l’espace, est revenu en se moquant des croyants disant qu’il n’avait pas vu Dieu (ni Jésus) dans le ciel, ce n’est évidemment pas la question. La 2nde affirmation « Christ est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde » est embarrassante aussi. Au sens littéral, cela pourrait faire penser à de l’animisme, avec l’âme de Jésus qui continuerait à flotter d’une certaine façon autour de nous, parlant et agissant sur le cours des événements ? Or, je ne pense pas que les évangiles soient animistes ni qu’ils encouragent au spiritisme pour faire parler Jésus.

Quand l’Évangile selon Marc additionne les deux affirmations, il devient fort clair que ce dont on parle alors est bien une question de théologie, une réalité à vivre spirituellement par la foi. Le texte de Marc prend parti pour la lecture spirituelle proposée par Matthieu, tout en intégrant la façon imagée qu’a Luc de présenter l’Ascension de Jésus. C’est intéressant comme méthode : quand il y a une difficulté de vraisemblance ou de cohérence dans le texte biblique cela appelle souvent à faire une lecture de ces textes au sens spirituel. Il serait dommage de simplement éliminer sans se poser de question les textes qui nous dérangent comme le fait Gagarine. Ce serait plus dommage encore de confondre foi et crédulité en des histoires abracadabrantes ou contradictoires de Jésus monté au ciel comme en fusée ou hantant nos existences. Mieux vaut chercher une lecture qui permette de bénéficier de l’extraordinaire force de ces textes pour nous faire avancer.

Ce n’est pas Jésus, le charpentier de Nazareth qui est emporté avec son corps au ciel ni qui continue à nous accompagner. C’est Jésus, Yeho-Shouah, יְהוֹשֻׁעַ en hébreu « le salut de Yeho », « le salut de l’Éternel » qui « est au ciel » et en même temps « est avec (nous) tous les jours jusqu’à la fin de monde ». Nous avons là une tension qui permet de dire l’action de Dieu pour nous de façon très pertinente et subtile.

C’est d’abord la promesse qu’en Christ Dieu viens à notre aide tous les jours jusqu’à la fin de monde. C’est affirmé sans la moindre petite note en bas de page comme dans les contrats d’assurance. Il n’est pas dit que nous serons soutenus par Dieu à condition d’être bien sage, bien croyant ou bien religieux. Non : c’est l’assurance que Dieu est là et sera toujours là à nos côtés pour nous aider. Et cela « jusqu’à l’aboutissement des temps », ce qui signifie dans le langage biblique « pour l’éternité ». C’est une belle promesse pour notre cheminement de chaque jour, c’est aussi une promesse que nous serons encore là personnellement au bout de l’éternité, avec notre Dieu toujours avec nous. Cette promesse annule tout chantage à la vie éternelle, toute peur que nous pourrions avoir de ce côté là : Dieu ne nous laissera certainement jamais tomber, qui que nous soyons.

C’est sympa comme promesse, seulement bien des personnes s’avouent parfois déçues en pratique. « Christ avec moi tous les jours » ? Pourtant je prie ardemment, j’appelle, je pose une question… et pas de réponse. C’est là que d’ajouter que « Christ est au ciel » est important comme complément à cette merveilleuse promesse que Christ est avec nous tous les jours. Cela nous dit la façon dont nous vient cette aide, ce secours : nous prions (et même si nous ne prions pas, d’ailleurs), Dieu répond puisqu’il est avec nous, qu’il n’est jamais lointain ni indifférent : seulement sa réponse est de l’ordre « du ciel ». Dieu agit pour nous autrement que le ferait un ami humain. Dieu est réellement un ami prévenant, seulement il est un ami « au ciel ». Cela demande de s’ajuster à Dieu afin de saisir ses bons soins et ses dons pour nous.

D’ailleurs le récit de Matthieu est introduit par cette mention que les disciples « eurent des doutes » de la présence du Christ ressuscité auprès d’eux. Nos traductions disent souvent pudiquement que « certains des disciples eurent des doutes » mais il est bien écrit qu’« ils doutèrent », c’est à dire qu’ils doutèrent tous et toutes. Nous avons bien le droit d’oser dire que nous avons parfois un peu de mal à saisir ce qui nous vient de Dieu. Souvent nous sentons seulement qu’il nous arrive quelque chose de bon qui dépasse tout ce qui était à notre portée, et que nous ne savons pas comment cela est venu. C’est comme tombé du ciel. Précisément.

Le Christ, le salut quotidien que Dieu nous apporte sur le chemin de notre vie, est à la fois au ciel et avec nous, pour nous.

« Christ est avec nous » c’est une promesse, et c’est aussi un appel. Cela nous invite aussi à marcher personnellement avec le Christ. C’est une promesse sans condition, mais on a le droit de participer, de faciliter et de choisir délibérément d’accueillir ce salut.

C’est un léger et agréable travail quotidien.

Le texte de Matthieu nous y aide avec cette indication : le rendez-vous est donné avec le Christ « sur la montagne que Jésus avait désignée » (Matthieu 28:16). Avant même le récit de l’Ascension, malgré leurs doutes, les disciples vont sur cette montagne et par ce fait, vivent déjà une ascension, avant même la rencontre. Une ascension en montagne, nous savons que cela représente un effort, et que c’est un effort beau et agréable, c’est le cas aussi pour ce qu’évoque la montagne dans la Bible : la recherche d’élévation spirituelle, que ce soit par le culte, la prière, l’étude, la louange et l’espérance.

Déjà, cela nous « ascensionne » sensiblement.

Partir en excursion dans ces montagnes n’est pas se croire au ciel, mais c’est choisir de s’approcher de Dieu, de Dieu qui est proche de nous. Nous avons rendez-vous, nous dit Matthieu littéralement « dans la montagne où Jésus les avait placés » : expression un peu étrange qui ne désigne pas un lieu géographique mais une façon d’être où Jésus nous place. « La montagne où Jésus les avait placés » : pour savoir ce que c’est il faudrait relire les évangiles pour saisir où Jésus place l’humain. Cette lecture est une ascension par des sommets, nous ouvrant à des points de vue dégagés et à un air plus pur. Nous y trouverons par exemple cette parole où Jésus nous appelle personnellement « lumière du monde », comme une lampe que Jésus place en hauteur sur « LE chandelier », celui de Dieu qui nous élève, de sorte que notre lumière brille sur nos proches (Matthieu 5:15).

L’ascension et la présence du Christ est un thème théologique et spirituel majeur que Paul médite dans ce passage de la lettre aux Éphésiens que nous avons entendu. Et lui aussi n’hésite pas à parler de Dieu comme à la fois « au dessus de tous, parmi tous, et en tous ». Formule très intéressante qui rejoint celle de l’Évangile selon Marc avec le Salut de l’Éternel à la fois au ciel et avec nous ici bas. Paul va même plus loin avec cette triple formule magnifique :

Dieu « au dessus de tous » rejoint l’idée de Dieu au ciel, au dessus de nos catégories et de nos opinions différentes sur lui. Seulement la préposition grecque ἐπὶ (épi) veut dire à la fois « au-dessus » et « en direction de » : Dieu est d’une toute autre dimension et en même temps, en Christ, Dieu est en mouvement vers nous, encore et toujours, un mouvement par lequel il nous rejoint là où nous en sommes et c’est là qu’il nous crée.

Dieu est « parmi tous » : il est présent dans les liens qui nous unissent. C’est vrai. On peut aussi comprendre cette expression « διὰ πάντων» que Dieu est père « par le moyen de tous », au sens où une personne n’est père ou mère que si elle a un enfant. En reconnaissant Dieu comme notre Père, en étant engendré par lui : c’est alors que Dieu est plus encore notre père que par son seul amour. Il est question ici qu’il soit père « par le moyen de tous » c’est un appel à ce qu’il ne manque pas une seule personne dans ce rapport avec lui de fils ou fille de Dieu. D’où l’importance cruciale d’annoncer l’Évangile de Dieu « Père de tous » et que cette annonce, cet Évangile, s’incarne dans des gestes concrets de proximité comme ces récits de l’Ascension nous y appellent unanimement.

Dieu est enfin le « Père en tous ». Cette proclamation est particulièrement forte. Même dans celui que je mépriserais volontiers, Dieu est présent par son souffle, et je risquais de passer à côté de Dieu en méprisant cette personne ? Et puis, Dieu est présent en moi et je suis donc appelé à exprimer cette incroyable qualité divine à ma façon. Selon mon propre charisme.

Afin qu’ensemble tous, par l’Esprit, nous soyons le corps du Christ sur terre, réalisant son salut et sa paix, une paix qui ne peut venir que du ciel.

pasteur Marc Pernot

Textes de la Bible

Derniers mots de l’Évangile selon Luc 24:50-53

Jésus les emmena jusque vers Béthanie, puis il leva les mains et les bénit. 51Pendant qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et fut enlevé au ciel. 52Pour eux, après l’avoir adoré, ils retournèrent à Jérusalem avec une grande joie ; 53et ils étaient continuellement dans le temple et bénissaient Dieu.

Derniers mots de l’Évangile selon Matthieu 28:16-20

Les onze disciples allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus avait désignée. 17Quand ils le virent, ils l’adorèrent. Mais quelques-uns eurent des doutes ; 18Jésus s’approcha et leur parla ainsi : Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. 19Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, 20et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.

Derniers mots de l’Évangile selon Marc 16:19-20

Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et il s’assit à la droite de Dieu. 20Et ils s’en allèrent prêcher partout. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la parole par les signes qui l’accompagnaient.

Lettre de Paul aux Éphésiens 4:5-10

Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, 6un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, parmi tous et en tous. 7Mais à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ. 8C’est pourquoi il est dit : Il est monté dans les hauteurs, Il a emmené des captifs, Et il a fait des dons aux hommes.

9Or, que signifie : il est monté, sinon qu’il est aussi descendu dans les régions inférieures de la terre ? 10Celui qui est descendu, c’est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin de remplir toutes choses. 11C’est lui qui a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, 12pour le perfectionnement des saints. Cela en vue de l’œuvre du service et de l’édification du corps du Christ, 13jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ. 14Ainsi nous ne serons plus des enfants, flottants et entraînés à tout vent de doctrine, joués par les hommes avec leur fourberie et leurs manœuvres séductrices, 15mais en disant la vérité avec amour, nous grandirons à tous égards en celui qui est le chef, Christ. 16De lui, le corps tout entier bien ordonné et cohérent, grâce à toutes les jointures qui le soutiennent fortement, tire sa croissance dans la mesure qui convient à chaque partie, et s’édifie lui-même dans l’amour.

Marc Pernot

bio de Marc Pernot

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6 réponses

  1. Pour un pont théologie-science ? dit :

    Cf aussi Actes 1:6-11 pour un autre récit de l’Ascension.

    Matthieu 28:16-20, Marc 16:19-20, Luc 24:50-53, Actes 1:6-11 : ce sont ces récits de miracles physiques, puisque (en excluant par principe les versions où Jésus humain ne serait pas mort sur la Croix), Jésus s’est relevé dans sa vie future (miracle métaphysique, mais pas forcément un miracle physique) mais continue d’interagir avec les apôtres physiquement dans le monde physique (miracle physique).

    Comme avec chaque récit de miracle, au moins trois grandes familles d’attitudes sont possibles :
    – soit y croire au sens premier, simple, littéral, ce qui d’un point de vue argumentatif est autoréférentiel avec le fait de croire en un Dieu capable de miracles physiques à travers Jésus, ou en Jésus directement capable de tels miracles physiques
    – soit laisser l’interprétation ouverte (cf par exemple le théorème du libre arbitre, free-will theorem)
    – soit enfin partir du principe que les miracles physiques sont physiquement impossibles par définition, et donc qu’il s’agit juste d’une amplification littéraire mythique du récit, ce qui est une hypothèse assez raisonnable, même si peut-être un peu décevante.

    Néanmoins, il me semble que la partie « métaphysique » (au sens ici d’au-delà de l’Univers physique) de toute théologie chrétienne peut être conservée même en classant les récits de miracles physique dans une catégorie à part.

    Ainsi, il est possible de conserver la croyance en la possibilité mystique d’un Jésus Christ s’offrant comme seul un être divin (selon la conclusion de 1-Jean par exemple, ou le témoignage de Thomas en Jean 21, mais qui a lieu lors d’un miracle physique…) peut le faire à une interaction à l’intérieur de soi, comme à quelqu’un de double nature humaine et divine à qui l’on peut confier des fardeaux conscients et inconscients, tout en maintenant le principe d’absence de possibilité de miracle physique, ou bien encore une interprétation plus ouverte et agnostique en la matière avec le « free-will théorem ». Sinon, en mettant de côté la théologie disons « johannique » de l’évangile de Jean et de 1-Jean, Dieu non trinitaire peut exercer également cet interface mystique. Mais le rôle de Jésus Christ n’est alors plus le même, Christ étant une fonction.

    Dans tous les cas, science et théologie seraient ainsi maintenus compatibles.

    • Marc Pernot dit :

      Je ne suis pas certain du tout que Matthieu 28:16-20, Marc 16:19-20, Luc 24:50-53 (et son amplification en Actes 1:6-11) parlent d’un miracle physique de l’Ascension, comme si le corps de Jésus montait comme en fusée.
      Il s’agit à mon avis d’un miracle métaphysique, comme vous le dites, et c’est pour nous extrêmement plus intéressant, profitable, salutaire que de tromper la pesanteur des corps par quelque prodige physique.

      De même pour l’apparition du ressuscité à Thomas (Jean 20), le fait que le texte parle de mettre son doigt dans la plaie qui se situe dans les mains de Jésus est un indice que cela est symbolique, à l’époque tout le monde savait que l’on ne crucifiait pas les gens dans les mains mais dans l’avant bras, au dessus du poignet. Pour un lecteur des premiers siècles, cette idée de mettre sa main dans la main blessée du Christ est un appel à vivre main dans la main avec le crucifié, au sens premier, littéral (ce qui ne veut pas dire nécessairement au sens matériel), c’est bien de métaphysique et pas de physique dont il est question dans ce genre de récit.

      • Pour un pont théologie-science ? dit :

        Merci, oui.

        L’interprétation des passages relève de l’abduction (voir les catégories de Peirce : déduction, indicution, abduction), et l’abduction n’est pas simple, même pour interpréter correctement des événements de la vie quotidienne d’aujourd’hui.

        L’ascension à proprement parler pourrait correspondre à une disparition de l’Univers physique pour aller au Ciel entendu comme « espace métaphysique ». Une interprétation courant me semble être que cette ascension pourrait être symbolique au sens que Jésus ressuscité ne va pas vers le ciel physique, c’est à dire vers l’espace autour de la terre comme le ferait une fusée, mais vers le Ciel métaphysique, tout en conservant la base de croyance que Jésus a été physiquement ressuscité et a interagi physiquement avec les proches et disciples.

        Cela me paraît être une belle interprétation. J’aurais tendance cependant à ne pas la préférer car elle ne me paraît pas compatible avec la physique contemporaine, sauf à supposer une certaine indétermination au niveau quantique par exemple, qui aurait de plus été contrôlable par Jésus Christ-divin et humain ou par l’action de Dieu…

        Il existe à ce sujet de la comptabilité des miracles avec la physique des ressources chez des auteurs comme John Polkinghorne, physicien, prêtre anglican, et théologien, ou encore chez Alan Padgett…

        Il me paraît cependant plus simple de penser que le récit des évangiles a été « amplifié » par des éléments fantastiques car la majorité du public de l’époque et de la région était réceptif aux miracles, interprétés comme signes de l’action de Dieu. Il en serait alors déduit qu’il s’agit indirectement d’un témoignage ou d’un éclairage sur le contexte social et intellectuel du milieu de propagation de la nouvelle Église.

        Selon moi la bascule dans le récit fantastique a eu lieu avant : dès que Jésus ressuscité « interagit physiquement » avec des proches ou des disciples (à partir du moment où l’on exclut le cas où il ne serait pas mort sur la croix, ou que ce n’est pas lui qui aurait été crucifié), il s’agit d’un miracle physique.

        Le récit de l’apparition du ressuscité à Thomas en Jean 20 (et pas 21 effectivement) contient aussi la mention du côté de Jésus, avec un trou créé par la lance d’un soldat. Il est tout à fait possible que les Romains utilisaient plusieurs méthodes de crucifixion, et devant le très faible nombre d’artefacts de crucifixion historiques et archéologiques de la Rome antique qui nous sont parvenus (seulement 2 à ma connaissance, le bois des croix se dégradant rapidement, et les clous ayant apparemment souvent été récupérés comme portes-bonheur (!), dont un talon crucifié de Jérusalem datant du premier siècle), ou de textes écrits expliquant la méthode de crucifixion de Romains (il en existe au moins un en Italie) qui étaient honteuses et donc plus ou moins secrètes, je ne pense pas que l’on puisse reconstituer la pensée des lecteurs de l’époque en affirmant qu’ils avaient une connaissance comme quoi la crucifixion avait lieu de telle ou telle manière. La réalité historique me paraît plus ouverte.

        Il existe encore d’autres points de vue : pour ma part j’aurais tendance à n’admettre de préférence aucun miracle physique, sauf éventuellement les miracles bibliques, en premier lieu ceux des seuls Évangiles, mais d’autres personnes peuvent n’admettre que ceux de la Bible hébraïque, ou ceux de d’autres traditions religieuses, ou encore des interactions de type spiritisme…, tout en acceptant ou non les miracles du Nouveau Testament, ou au moins ceux des évangiles (et pas ceux relatés dans les Actes par exemple).

        Concernant « Il s’agit à mon avis d’un miracle métaphysique, comme vous le dites, et c’est pour nous extrêmement plus intéressant, profitable, salutaire que de tromper la pesanteur des corps par quelque prodige physique.  » : l’interprétation classique me paraît être qu’il y a les deux : miracles physiques, témoignant de l’action de Dieu dans le monde lors de l’incarnation de Jésus Christ, et espérance de miracles métaphysiques pour l’éternité.

  2. Michel dit :

    une belle méditation qui subvertit l opposition trinitaire (haut, bas, fragile) des cartons de déménagement. Ça déménage avec Marc Pernot

  3. Jean-Marie dit :

     » Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,… »
    Faire connaître  » Dieu  » à tous, être témoin de son amour pour nous et vouloir le communiquer… Ok !
    Mais  » baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit  » : est-ce si important ? Cela n’aurait-il pas un côté pouvant être oppressant : voir le colonialisme (le sabre et le goupillon) ? L’Esprit n’interviendrait-il que si nous sommes baptisés,  » nos papiers  » en règle !
    Là, j’ai du mal à comprendre ???

    • Marc Pernot dit :

      Que l’ascension nous envoie en mission, afin de continuer l’œuvre de salut du monde initiée par le Christ, cela me semble essentiel.

      En ce qui concerne ce « baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » c’est très probablement un ajout plus tardif : Jésus n’a jamais baptisé personne (Jean 4), et au cours du premier siècle il arrivait manifestement de baptiser au nom d’une de deux ou de trois personnes. Si Jésus avait dit solennellement cette formule avec 3 personnes, il serait quand même bien curieux que l’on voit les apôtres et diacres baptiser des personnes au nom de Jésus seulement (voir le livre des Actes des apôtres).

      Notre compréhension du baptême est plutôt d’être le signe d’une réalité déjà présente : celle de la grâce de Dieu qui a toujours aimé la personne. Dieu n’attend certes pas un geste humain, un rite, pour aimer et bénir. Et si ce rite n’a pas eu lieu Dieu se sent totalement libre d’aimer, bien heureusement, ce qu’il ne manque pas de faire. Parce qu’il est comme cela.

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