Une jolie fleur jaune ayant poussé dans une fente d'un sol desséché - Image par klimkin de Pixabay
Dico de mots qui piquent

Théologie – Ordo Amoris (l’amour ordonné)

 

Par : pasteur Marc Pernot

Ordo Amoris

Toute personne doit être aimée, ensuite l’ordre de l’amour définit quelles personnes aider en priorité.

Saint Augustin a développé cette notion d’Ordo Amoris (d’ordre dans l’amour, ou de priorités dans l’amour) dans deux de ses livres : La Cité de Dieu 15:22 et De la doctrine chrétienne 1:28-29. C’est pour répondre à une question qui est effectivement essentielle, une question très pratique : Dieu nous appelle à aimer notre prochain, ce qui est excellent. Seulement, constate Augustin, il nous est impossible concrètement de faire du bien à tous les humains, car nous ne sommes pas Dieu, alors comment faire ? Il répond à cette question en disant qu’il faut discerner un ordre dans l’amour et aider en priorité certaines personnes :  » il faut consacrer de préférence nos services à ceux qu’en raison, des temps, des lieux, ou de toute autre circonstance, le sort nous a en quelque sorte plus étroitement unis. » (De doct. christ., 1:29)

C’est dû à la façon dont Jésus-Christ s’exprime. Il n’est plus dans une logique des commandements prêts à suivre, et s’imposant à nous par l’obéissance. Il propose plus un idéal infini, impossible à pratiquer, mais qui nous donne à la fois une visée, tout en ne nous culpabilisant pas de ne pas y arriver, nous appelant à faire ce que nous pourrons. C’est très inspirant et très libérant.

Il est donc tout à fait légitime et concrètement nécessaire d’avoir un ordo amoris, un ordre de priorité dans nos actions de service.

La question est la façon dont nous établirons cet ordre de l’amour, cet ordre de priorité dans notre recherche d’aider les autres. C’est là que les choses se compliquent. Il est naturel de penser servir en priorité ceux de notre sang, puis ceux de notre voisinage… par cercles concentriques. Si Jésus avait cet Ordo Amoris il serait lui-même resté bien tranquillement à raboter des planches et des madriers dans son atelier à Nazareth sans aller faire cet étrange métier de Christ. Le secret de l’Ordo Amoris, c’est la vocation personnelle. Tout est donc une question de discernement personnel : par l’observation, par la réflexion et le cœur, par la prière, par des choix qui sont effectivement parfois difficiles, voire crucifiants, car nous ne pouvons être partout et nos ressources ne sont pas infinies, qu’il faut aussi ne pas nous oublier nous-mêmes au risque de nous épuiser et de nous aigrir.

Mais, disent certains, Jésus nous a dit d’aimer et d’écouter Dieu de tout notre être, et d’aimer notre prochain comme nous-même. (Marc 12:30-31). Il a donc dit d’aimer « notre prochain », notre « prochain » d’abord ? Seulement, Jésus s’exprimait en araméen et sans doute en hébreu pour cette citation tirée directement de la Bible hébraïque (Lévitique 19:18) : et ce qui est traduit ici par notre « prochain » ne suppose pas une proximité de ce monde, car c’est le mot hébreu réa. Ce mot est de la même racine que le mot berger (roè), et donc mon prochain est par définition ici une personne qui a le même berger que moi. La question n’est pas une question de proximité avec moi-même, mais c’est le fait que Dieu est attaché à chacune et chacun par l’amour, qu’il prend soin de nous.

C’est pour cela que notre « ordo amoris », notre ordre de priorité dans le service, est une question de vocation personnelle, ce n’est pas d’abord une question de proximité matérielle. Bien entendu, dans ce discernement de notre vocation, il y a nos propres tripes, l’amour que nous avons pour nos proches en ce monde. Mais si nous nous contentions de ce penchant naturel, l’humanité serait vite morcelée en petites tribus fermées sur elles-mêmes. C’est pourquoi Dieu lance des appels à la vocation : « Qui enverrai-je ? », « Qui criera pour moi ? ». Ce n’est pas nécessairement un appel à tout quitter comme Abraham qui sort de son pays, de la maison de son père. En général, c’est une composante de notre vocation, avec une part pour s’occuper de ses proches, et une part de vocation plus prophétique, surprenante. La question de notre ordo amoris est ainsi dynamique, et demande à nous préparer à des vocations qui nous viennent par surprise, parce que Dieu a besoin d’une personne pour entourer son enfant blessé, parce que cela aérera notre cœur et notre vie, qu’être prophète et prophétesse, c’est savoir saisir le souffle de l’Esprit au passage.

Suite :
Liste des 'mots qui piquent' en théologie et sciences bibliques

 

Participez au débat (dans le respect, bien entendu) :

Partagez cet article sur :
  • Icone de facebook
  • Icone de twitter
  • Icone d'email

Articles récents de la même catégorie

Articles récents avec des étiquettes similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *