31 août 2026

Péché originel
Cette réflexion explore l’origine de l’expression « péché originel » formulée par Augustin d’Hippone et son évolution au fil des siècles. L’article met en lumière les différentes manières dont cette notion a façonné la compréhension de la nature humaine, la liberté et la relation à Dieu, tout en proposant des pistes pour s’en affranchir et repenser notre cheminement spirituel.
D’où vient la notion de péché originel ?
Cette expression de « péché originel » a été inventée par Augustin d’Hippone (saint Augustin) à la fin du IVᵉ siècle, et cette théorie a eu une immense influence dans l’histoire de la théologie chrétienne. À quelle question répond cette idée ?
- Nous sommes bien obligés de constater que nous sommes imparfaits, on pourrait dire en termes théologiques que nous sommes « pécheurs« , c’est ce que remarque l’apôtre Paul avec douleur : « Il n’y a pas de juste, pas même un seul ! » (Romains 3:10). L’humanité est, elle aussi, imparfaite, loin du projet de Dieu d’une humanité harmonieuse où chaque membre se soucierait des autres (et de la création).
- Tous les chrétiens sont d’avis que le Christ a quelque chose à voir avec le salut de l’humanité et donc avec leur salut, celui de leur personne et de leur vie. Cela se déduit du terme lui-même de Christ. Mais les avis divergent pour comprendre de quoi le Christ nous sauve et comment.
L’interprétation fondatrice de saint Augustin
Augustin se base sur un verset de la lettre de l’apôtre Paul aux Romains pour forger la notion de péché originel : « Par un seul homme (Adam) le péché est entré dans le monde » (Romains 5:12), et nous sommes sauvés par le geste d’un seul : le Christ. Le « péché originel » serait « ce qui est entré dans le monde » par la faute d’Adam, et dont toute personne serait affectée par la suite, pour sa condamnation par Dieu et sa mort. Le Christ nous sauverait, d’une certaine façon, de la faute d’Adam et de ses conséquences jusqu’à nous.
La « faute d’Adam » est racontée dans un des textes les plus connus de la Bible (voir cette page avec une courte vidéo) : Adam et Ève sont au paradis et ils mangent le fruit défendu par Dieu, parce qu’il leur semble délicieux et que, comme cela, ils pensent devenir comme des dieux (Genèse 3). Comment cela pourrait-il nous affecter ? Augustin explique que par la faute d’Adam, le premier humain ayant existé, la nature même de l’humain a été abîmée et que cela a affecté non seulement Adam mais aussi toute sa descendance jusqu’à nous, comme une maladie congénitale. Avant « la chute », l’humain avait la capacité de ne pas pécher, mais après : l’humain n’aurait plus la liberté de ne pas pécher. La faute d’Adam aurait placé l’humain sous l’influence du diable au lieu d’être, comme à l’origine, dans le royaume de Dieu.
Comment le Christ nous sauve-t-il selon Augustin ?
Selon Augustin, l’œuvre du Christ consiste à restaurer l’humain originel, à le sauver, donc, du « péché originel ». Cette œuvre comprendrait deux volets :
- Jésus est innocent et est condamné à mort et exécuté, c’est une parfaite injustice, et selon Augustin cela disqualifie complètement « le diable » de s’emparer des âmes : notre prison est en quelque sorte ouverte, notre guérison peut alors commencer. Nous aurions alors retrouvé la liberté de faire le bien et pas seulement le mal.
- Le Christ nous inspire par sa bonté, par son humilité et son esprit de service, par son témoignage sur l’amour et le pardon de Dieu. L’Esprit Saint nous est donné et guérit notre capacité à aimer et notre volonté de faire le bien.
Le regard des premiers théologiens avant Augustin
Avant Augustin, les théologiens n’avaient jamais dit que la faute d’Adam pourrait avoir de telles conséquences. Pour les exégètes de la Bible des quatre premiers siècles, soit ce récit était purement métaphorique (nous offrant un miroir de notre propre mentalité), soit il était historique mais avait des conséquences nocives sur la vie d’Adam et Ève, c’est tout. Ces théologiens des premiers siècles constatent évidemment notre tendance à l’égoïsme et à la désobéissance, notre faiblesse et notre ignorance, mais ne voient pas là une conséquence d’un événement ancien. Pour eux, Adam était comme un enfant désobéissant, et nous sommes restés à l’état d’enfance, comme lui. Le Christ vient et permet à Dieu de poursuivre la création de l’humain vers une humanité plus adulte. Et le Christ nous permet d’entrer dans la vie éternelle, perdue par Adam.
L’alternative d’Anselme : une dette envers la justice de Dieu
À cette théorie d’Augustin, discutée et affinée pendant des siècles, le théologien Anselme de Cantorbéry (1033-1109) va opposer une théorie du « péché originel » alternative qui va avoir un immense succès, plus grand encore que celui d’Augustin. Pour Anselme, la faute d’Adam n’a pas infecté l’humanité d’une maladie. Pour Anselme, la théorie d’Augustin supposant que la faute d’Adam aurait donné un pouvoir au Diable n’a pas de sens : Dieu est et reste souverain, tout l’univers lui doit donc allégeance, comme les sujets et les vassaux devaient à l’époque d’Anselme obéir au roi. Le problème, selon lui, est un problème juridique selon le droit féodal de son époque : la faute d’Adam est un vol de l’honneur dû à Dieu, le roi des rois.
Comme Dieu est infini, l’offense faite à son honneur est d’une gravité infinie. Afin de respecter le droit féodal, Dieu ne peut pas simplement pardonner par amour, cela introduirait de l’injustice dans l’ordre de sa propre création. Selon Anselme, pour restaurer l’ordre brisé, il faut soit une punition (la mort de l’humanité), soit une satisfaction, une réparation (l’humanité doit payer le prix à la hauteur de l’offense faite). Mais comme nous sommes limités et pécheurs, nous ne sommes pas en mesure de payer la note… L’idée d’Anselme est que le Christ est à la fois pleinement homme (apte donc à payer la dette de l’humanité) et pleinement Dieu (infini et innocent) : sa souffrance et sa mort injuste payent un prix infini et donc suffisant.
Je comprends tout à fait que Anselm puisse penser cela, dans le contexte de son époque et de l’idée de justice dans laquelle il est immergé, la justice féodale. A mon avis, il aurait mieux fait de s’immerger dans la notion de justice dont Jésus-Christ témoigne et qui rompt avec la justice de son époque et est aux antipodes de la justice féodale. Là où Anselme pense que la faute appelle une compensation, le Christ annonce que Dieu aime même son ennemi et lui fait du bien (Matthieu 5:44), le Christ annonce que la raison du pardon gratuite de Dieu est précisément pour ceux qui ne peuvent pas payer (Matthieu 18:27), le Christ fait plus que pardonner aux soldats romains qui le crucidient alors qu’ils n’ont même pas un début de repentance.
Quel impact sur notre foi aujourd’hui ?
Nous avons donc trois idées proposées pour comprendre en quoi nous serions concernés par l’histoire d’Adam et Ève au paradis et sur ce que le Christ nous apporte pour nous aider. Cela est loin d’être abstrait car cela a façonné notre théologie (l’idée que nous nous faisons de Dieu), notre cheminement spirituel (notre prière), notre éthique (notre conception de ce qui est juste, sur le fait que nous soyons libres ou non). Les conséquences ont été et restent immenses sur nous.
Qu’en penser ? Chacun est libre, et heureusement, de penser ce qu’il veut de ces conceptions, mais voici ce que je vous propose :
- La théorie sur le diable me semble être un héritage des théologies dualistes babyloniennes (plusieurs millénaires avant la Bible, avec un dieu bon et un dieu méchant), voir l’article sur le diable. D’accord avec Anselme, cette théorie ne fait pas trop sens, et elle relativise l’importance de Dieu.
- L’idée que le péché d’Adam et Ève aurait pourri la nature humaine et se transmettrait comme une maladie sexuelle, ne semble pas non plus avoir trop de sens. D’abord parce que l’hypothèse qu’il y aurait eu historiquement un premier homme dont descendraient tous les humains n’a pas de réalité : l’espèce « homo » est apparue progressivement en plusieurs endroits de notre planète sur des centaines de milliers d’années et la conscience de la dimension spirituelle est apparue au moins avec l’Homo sapiens et l’Homo neanderthal, en parallèle. Ensuite, sur l’idée que la faute d’une personne infesterait les générations suivantes, nous savons qu’une situation de maltraitance a effectivement des répercussions sur les enfants et sur leurs petits-enfants, mais il ne faut pas non plus exagérer, cela ne se propage pas sur plus de 3 ou 4 générations et ce n’est pas non plus une fatalité : il est possible de travailler sur ces plaies et de faire que la victime soit libérée de cette fatalité. Dieu a une puissance de guérison aussi, comme le manifeste le Christ, et cette puissance est d’un grand secours dans ces chemins de cicatrisation.
- L’idée d’Anselme tirée de la justice féodale de son époque est sans doute la pire. L’idée d’une culpabilité héréditaire est épouvantable et contraire à toute idée de justice (nul n’est coupable de la faute d’un autre), contraire à la notion même d’amour de Dieu, de grâce et de pardon. L’idée que la souffrance d’un innocent puisse avoir quoi que ce soit de juste, et puisse « satisfaire » Dieu est épouvantable. Voir la notion de « satisfaction vicaire » et de « victime expiatoire« . C’est nocif à la fois du point de vue éthique : quelle mère aimante punirait (à mort, en plus) un de ses enfants pour « satisfaire » son idée de la justice après la faute d’un autre de ses enfants ? C’est vraiment l’idée que l’on veut donner de la justice et de Dieu ? L’idée que Dieu serait à apaiser, à satisfaire pour qu’il puisse nous aimer et nous donner la vie est une projection de tyrans humains, pas de ce qu’incarne Jésus-Christ. Cette théorie d’Anselme est ainsi nocive du point de vue spirituel (comment prier un Dieu qui serait comme ça ?).
Impact sur la psychologie humaine
Comme effet du concept de péché originel, nous pouvons relever deux choses importantes :
- Cela pourrait avoir participé au discrédit jeté sur la sexualité, puisqu’elle devient dans cette théorie le vecteur de la transmission du péché. Cela salit une bénédiction de Dieu (la sexualité en est une) et cela détourne l’attention de ce qui est vraiment problématique dans notre façon d’être, en particulier sur le plan de la sexualité quand il n’y a ni amour ni même du respect du désir de l’autre.
- Selon cette théorie, les descendants d’Adam et Ève, avant qu’ils n’aient rien fait ni même pensé, seraient marqués comme coupables. Coupables par le seul fait d’être. Ce genre d’idée est contagieux et peut être source de bien des maux : par exemple, selon certains, on pourrait être coupable d’être une femme (et donc devoir être voilée afin de ne pas être source de maux), coupable de sa peau ou de ses origines, coupable d’être né de telle famille, coupable d’être un mâle blanc, coupable d’être attiré par les personnes de même sexe, peut-être…
À minima, un péché doit concerner ce que je fais ou ne fais pas, et non pas ce que je suis.
Ce que nous pourrions retenir pour notre cheminement spirituel
Ces théories ont engendré une culpabilisation immense dans les consciences des fidèles. Elles ont souillé en particulier l’idée que Dieu a toujours été et sera amour inconditionnel (1 Jean 4:16). Mais tout est-il pour autant à rejeter dans ces théories sur le « péché originel » d’Augustin et d’Anselme ? On peut rejeter avec indignation et oublier bien des choses dans ces théories, mais à mon avis il y a plusieurs choses de bon à garder quand même.
- Avec le premier point d’Augustin, cela n’a rien à voir avec son hypothèse d’un pouvoir diabolique, mais il n’en demeure pas moins que nous ne naissons pas libres : le nouveau-né ne pense qu’à son biberon, à son confort et à avoir sa maman pour lui. Nul ne peut lui en vouloir, il va grandir et devenir progressivement un sujet plus libre de faire ses choix et de les tenir. Et nous, sommes-nous libres ? Oui, un petit peu, mais nous subissons aussi bien des influences internes et externes. D’accord avec Augustin, le Christ participe à notre émancipation : il nous apprend que nous sommes enfants de Dieu, non pas faits pour être esclaves mais héritiers de Dieu, faits pour avoir notre propre point de vue, nos projets, notre créativité, notre pouvoir de faire du bien par amour, par choix.
- Avec le second point d’Augustin : d’accord avec le fait que le Christ nous aide à devenir meilleurs : il est un médecin de notre âme et de nos vies. Même si la maladie n’est pas la conséquence d’une imaginaire existence d’un premier humain ayant commis un péché d’orgueil et de gourmandise, il n’en demeure pas moins vrai que nous avons besoin de soins pour nous aider à mieux nous porter. Le Christ n’est pas seulement un médecin, il est plutôt pour nous une source de naissance. Quand nous naissons, nous ne sommes pas achevés, nous avons à poursuivre notre évolution toute notre vie, et l’Esprit Saint est le nom de l’action de Dieu en nous pour nous aider à évoluer.
- Cette projection du droit féodal de l’an mil que fait Anselme sur la façon dont Dieu nous regarderait est nocive. Le jugement de Dieu est l’amour pour chacun de ses enfants. Mais il est vrai que nous avons tous plus ou moins le sentiment d’être coupables et insuffisants. Le Christ, en montrant son amour même pour les personnes de peu de foi et de mauvaise vie, le Christ nous aide à sortir de la logique de la dette pour rentrer dans la valeur immense du don gratuit ! Voir sa prière du « Notre Père » avec pardonne-nous… qui signifie : « libère-nous de la logique de la dette » pour entrer dans celle de la grâce, qui ets la logique même de Dieu.
- D’accord avec Augustin et Anselme pour constater dans notre vie le pouvoir dévastateur de l’égoïsme, du rejet de Dieu et du fait de nous laisser gouverner par la seule recherche du plaisir immédiat. La faute d’Adam et Ève n’est pas un péché « originant », source historique du péché dans l’humanité, mais cette histoire nous parle de ce qui est à l’origine du péché en nous, à l’origine de bien des souffrances pour nous et autour de nous. C’est en ce sens que ce péché est « originel » : la tendance à tout ramener à soi.
- Le Christ nous aide à vaincre cela, par l’exemple de sa vie et par ses paroles. Mais c’est un cheminement qui n’est pas facile : pour accepter de ne pas se prendre soi-même comme la seule chose qui compte, nous devons faire place à l’amour, penser aussi à d’autres que soi et à Dieu, leur faire place dans ce qui compte pour nous. C’est un sacrifice, dans un certain sens, c’est un travail sur soi-même, et nous n’avons pas seulement un exemple en Jésus-Christ, nous avons le secours de Dieu en nous (le Saint-Esprit), pour nous aider en cela.
Le salut : une grâce acquise et un chemin en devenir
Le salut, notre salut est ainsi deux choses : il a pour cause le fait que Dieu nous aime, qu’il nous garde et nous gardera toujours (ce point est acquis), notre salut est ensuite un processus en cours, un cheminement, comme le dit Jésus (Jean 15:6).
Dieu nous bénit et nous accompagne avec tendresse.
Cet article est extrait de notre Petit Dictionnaire de Théologie (niveau 2), voir aussi les Définitions de base (niveau 1), les Mots qui piquent (niveau 3), et les Notions (niveau 4).
Pour aller plus loin sur ce thème
Études
Vos questions concrètes
- Pourquoi la mort existe-t-elle si Dieu ne l’a pas voulue au départ ?
- L’homme naît-il pécheur, ou le devient-il ?
- Le Péché Originel, était-il un péché de Concupiscence ?
- Je ne comprends pas comment on peut concilier science et foi quand on parle du péché originel et de la Genèse
- Peur du péché contre l’Esprit et du péché originel ? On se calme, dans la confiance en Dieu
- La vie sur terre serait une sorte de punition après le péché originel, ou une préparation ?
- Adam et Ève, enfer, prédestination : neuf questions difficiles sur Dieu
- Il est écrit qu’Adam et Eve ont péché en mangeant du fruit, quel rapport avec l’éveil de notre conscience ?
- Le moine Pélage, du Ve siècle m’intéresse car il valorise notre liberté.
- J’ai des questions sur le Jardin d’Éden, et l’histoire racontée dans la Genèse. Dieu, qui est omniscient, sait-il ce qu’il va se passer ?
- Jésus est mort sur la croix pour racheter nos péchés ?
- Une question sur laquelle je bute souvent : « l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » ?
En écho à ce texte :
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L’homme naît-il pécheur, ou le devient-il ?
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Pourquoi la mort existe-t-elle si Dieu ne l’a pas voulue au départ ?
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Je ne comprends pas comment on peut concilier science et foi quand on parle du péché originel et de la Genèse

Merci pour vaste ce panorama à propos du péché originel et les propositions que vous faites. Encore aujourd’hui on peut constater combien il est difficile d’admettre la gratuité totale, que Dieu nous garde de toute façon, quoiqu’on ait pu faire. Il faut toujours qu’il y ait une petite astérisque quelque part qui renvoie à une exception.
Comme effet nocif du concept d’Augustin, j’ajouterais qu’il pourrait aussi être à l’origine du discrédit jeté sur la sexualité, puisqu’elle devient alors le vecteur de la transmission du péché. D’autre part, même si aucun homme n’échappe au péché, je me refuse à appeler péché le seul fait d’appartenir au genre humain. Ce n’est pas une question de responsabilité, car comme vous le dites, nous subissons tous diverses influences qui font qu’il n’est pas toujours facile de distinguer ce qui relève réellement de notre responsabilité. Mais, a minima, un péché doit concerner ce que je fais ou ne fais pas, et non pas ce que je suis.
Par ailleurs, cette notion de péché originel m’interroge aussi sur le statut de Jésus par rapport au péché. Certains voient dans une conception miraculeuse une façon de l’exempter du péché, ce à quoi je ne peux pas adhérer. Mais sii on ne considère pas Jésus comme une monnaie d’échange dont l’innocence est indispensable, je me demande alors s’il est nécessaire de penser qu’il était sans péché. Son extraordinaire intimité avec Dieu, celle qui lui a permis de témoigner de Dieu avec une telle autorité, ne s’est certainement pas faite en un jour.
Merci beaucoup, chère Pascale, pour ces très riches et précieuses remarques.
Comme cela me semble effectivement important, je vais de ce pas ajouter une mention dans l’article. Grand merci !
Quand au « Jésus sans péché », c’est assez délicat. L’homme Jésus était un homme, comme vous le dites, et s’il est noté qu’il grandit « en sagesse, en stature, et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. » (Luc 2:52) c’est bien qu’au début, il était petit en sagesse, comme il était petit de taille.
Mais ce n’était pas seulement cela. On en peut vivre en se monde dans la perfection car il existe mille situations où aucun des termes de l’alternative serait parfaitement juste. Par exemple quand Jésus guérit quelqu’un le jour du shabbat, je pense qu’il a raison de faire ce choix-là car c’est le choix de la compassion, le choix du service de l’autre, mais néanmoins la solution qu’il choisit comporte le fait de ne pas honorer le jour du repos, ordonné par Dieu dans les tables de la loi. Cela pose quand même problème dans le contexte, et cela peut faire penser à certaines personnes voyant cela qu’il méprise Dieu et sa volonté. Donc là Jésus choisit bien, mais ce qu’il choisit n’est pas sans être marqué d’une certaine façon par un péché. La vie est ainsi.
C’est plus le Christ qui est sans péché : cette figure théologique qu’incarne Jésus et en partie construite à partir de sa sa personne historique.
Je suis bien d’accord pour éradiquer l’idée d’une chaîne du péché qui se transmettrait car cela n’aboutit à rien de cohérent. Quand vous dites : « C’est en ce sens que ce péché est « originel » : la tendance à tout ramener à soi. », je trouve le terme de « tendance » vraiment bien choisi pour dire cette insistance à « l’erreur » originaire dans la nature humaine en même temps que la possibilité de l’entraver car une tendance peut être combattue, au moins jusqu’à un certain point.
Et puis, ce n’est pas du tout libérateur de penser que le Christ se serait sacrifié pour restaurer une nature humaine mal partie. Pour ma part, c’est tout bête mais je ne demanderais jamais à qui que ce soit de subir une telle horreur pour me sauver. Donc merci, pas la peine. Et comme le post précédent de Eve, j’ai toujours trouvé l’idée repoussante, même enfant.
Par contre que le Christ l’ait fait pour manifester un dieu Vivant, un dieu aimant absolument, cela fait sens au moins un minimum car on peut mourir ou consumer sa vie pour augmenter la vie. C’est ce que fait un médecin, un pompier, un policier, un parent avec son enfant, toute personne prêtant assistance – dix secondes, dix minutes ou des années entières – à la vie fragile qui parfois défaille.
Comme vous disiez dans votre billet de vendredi, c’est quand même pas mal que quelqu’un nous dise : « tiens bon »
Grand merci pour cet écho vraiment enrichissant.
Bonsoir,
née d’une famille catholique et entrée à l’école en 1960, on m’a enseigné le petit cathéchisme avec ses 300 questions.
La petite fille que j’étais est restée choquée par le péché originel, cette tache horrible et innée même si on m’a dit que le baptême l’avait effacée. Une incohérence quelque part que ma petite tête d’enfant ne pouvait pas encore analyser.
L’adolescente ensuite se demandait comment Dieu avait bien pu faire ça, comme ça? Comment pouvoir croire en lui comme d’un père aimant? Souffrant et tellement incompréhensible. Puis avec certains textes de Paul, Jésus avait été envoyé ici comme sacrifice sanglant pour apaiser la colère de son Père. Quelle horreur!
Ouf! Bien plus tard, après avoir passé un long bout de temps sans parler ou penser à ce père, j’y suis revenue. Mais pour penser à un amour originel, pas de péché originel. Ça au moins peur faire grandir ses enfants.
Merci beaucoup de tous ces commentaires et analyses, j’en ai appris beaucoup avec l’historique de ce péché originel.
Merci aussi pour les intégrations et toutes ces possibilités de lire les textes. Toujours bien intéressant de lire plusieurs commentaires. Puis je suis bien d’accord avec vous que les textes sont souvent non pour donner des réponses mais nous aider à les trouver.
Et je me demande souvent comment vous arrivez à trouver le temps pour vous reposer avec tout ce que vous faites.
Merci!
Eve