01 août 2023

extrait de Jan Brueghel et Pierre Paul Rubens. La chute de l’homme (v. 1615) - Cabinet Royal de Peintures Mauritshuis, La Haye
Bible

J’ai des questions sur le Jardin d’Éden, et l’histoire racontée dans la Genèse. Dieu, qui est omniscient, sait-il ce qu’il va se passer ?

1x
100%
Jan Brueghel et Pierre Paul Rubens. La chute de l’homme (v. 1615) - Cabinet Royal de Peintures Mauritshuis, La Haye

Jan Brueghel et Pierre Paul Rubens. La chute de l’homme (v. 1615)

Question posée :

Bonjour Marc,

J’ai des questions sur le Jardin d’Éden, et l’histoire racontée dans la Genèse :

  • Dieu, qui est omniscient, sait-il ce qu’il va se passer ?
  • Qui a mis le serpent dans le jardin ? Pourquoi lui a-t-il donné la parole ?
  • Pourquoi avoir planté l’arbre de la connaissance dans le jardin ?
  • Avant d’avoir mangé le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, comment Adam et Ève pouvaient-ils savoir que désobéir à un ordre, c’est mal ?
  • Pourquoi Dieu est-il si rancunier ? Adam et Ève font une faute, et c’est toute l’humanité qui est condamnée à souffrir pour l’éternité.

Merci pour votre éclairage.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir,

Bravo pour votre recherche de sens en lisant la Bible !

De quoi parle la Genèse, avec Adam et Ève en Éden ?

Cet épisode du jardin d’Éden ne parle pas d’un récit historique mettant en scène monsieur Adam, madame Ève, le serpent qui parle et Dieu qui fait sa petite promenade du soir. Ce récit n’est donc pas situé dans un passé lointain : il est de tous les présents humains de toute génération. Cela ne parle pas d’un hypothétique péché originel (qui est une invention de Saint Augustin au IVe siècle), mais plutôt du péché fondamental, c’est-à-dire le péché ordinaire et quotidien de vouloir n’en faire qu’à notre tête, menés par le bout du nez par notre désir de l’instant.

En effet, « Adam » passe ici pour un nom propre, mais ce mot est un nom commun signifiant simplement « un humain ». C’est ainsi qu’il est traduit dans la Bible, par exemple en Genèse 5 : « Voici le livre de la généalogie d’Adam. Le jour où Dieu créa les humains, il les fit à la ressemblance de Dieu. Homme et femme il les créa, il les bénit et les appela du nom d’« humains » — Adam — le jour où ils furent créés. » C’est un peu trompeur comme traduction, puisque le même mot « adam » en hébreu (humain) est rendu de différentes façons dans la même phrase ! La première fois, le mot « adam » est conservé comme s’il s’agissait d’un nom propre, et ensuite, la traduction est bien obligée de le traduire par « humain », puisque la femme comme l’homme reçoit le nom d’« adam » (humain). De même en Genèse 1,27 : « Dieu créa l’humain (adam) à son image, il le créa à l’image de Dieu, mâle et femelle il les créa. » Ici encore, « adam » en hébreu désigne tout homme et toute femme, tout être humain.

Dans le récit de Genèse 3 qui se déroule dans le jardin d’Éden, cet Adam représente donc chacun de nous : la personne humaine en général, vous et moi. Le nom « Ève » signifie « la vie » en hébreu, ce qui nous anime ; des théologiens des premiers siècles y voyaient la partie sensible de l’humain. Quant au serpent, il figure notre tentation et notre orgueil.

Dieu, qui est omniscient, sait-il ce qu’il va se passer ?

La Bible ne présente pas Dieu comme connaissant tout ce qui va se passer à l’avance. Ce récit montre précisément Dieu venant voir comment la situation évolue, puis devant réagir par la suite. Les épisodes suivants montrent un Dieu bien déçu, en particulier en Genèse 6 : « L’Éternel vit que la méchanceté des humains (adam) était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal. L’Éternel se repentit d’avoir fait l’humain (adam) sur la terre, et il fut affligé en son cœur. » (Genèse 6:5-6).

C’est tout à fait compréhensible : lorsqu’on élève un enfant sans l’enchaîner, il lui arrive de faire des bêtises. La faute décrite n’est pas surprenante, elle est de l’ordre du comportement de bien des jeunes en crise d’adolescence. Dieu ne savait donc pas exactement ce qui allait se passer en créant une créature dotée d’un grand degré de liberté, mais il devait certainement s’y préparer.

Qui a mis le serpent dans le jardin ? Pourquoi lui a-t-il donné la parole ?

Le don fait à l’humain de la créativité et de la liberté, la bénédiction de Dieu et sa vocation à agir d’une belle façon dans le monde… tout cela est magnifique, mais cela laisse place à la tentation humaine de faire n’importe quoi, juste pour voir ou pour en profiter. C’est cette voix de la tentation en nous qui est au ras des pâquerettes (comme le serpent) et se montre très convaincante dans notre conscience.

Pourquoi avoir planté l’arbre de la connaissance dans le jardin ?

Dans ce récit de la Genèse, on peut se demander s’il y a un seul ou deux arbres au centre du jardin. La situation n’est pas explicite : l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance sont tous deux placés au centre. Cela pose la question de savoir ce que nous mettons au centre de notre existence : Dieu, l’amour, le bien et la justice ? Ou bien le désir de tout ramener à soi-même et de faire ce qui nous passe par la tête à l’instant présent sans prendre de recul ? Le centre même de notre existence peut être occupé par l’arbre de vie ou par un arbre source de peines selon le choix que nous faisons.

Avant d’avoir mangé le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, comment Adam et Ève pouvaient-ils savoir que désobéir à un ordre, c’est mal ?

Parce que Dieu leur avait dit que c’était interdit ! Découvrir que tout n’est pas également bon et apprendre à se poser des limites appartient à l’apprentissage et à une bonne éducation de soi-même, auxquels contribuent les parents et l’école.

Pourquoi Dieu est-il si rancunier ? Adam et Ève font une faute, et c’est toute l’humanité qui est condamnée à souffrir.

Dieu n’est pas rancunier. Seulement, quand Dieu nous conseille, c’est parce que faire le bien est source de bien, tandis que faire le mal génère de la souffrance, de la dégradation, des divisions et du chaos. Il ne s’agit pas d’une punition divine, mais d’une conséquence directe de nos actes.

Ce n’est pas l’humanité qui est condamnée pour l’éternité. S’il s’agissait de monsieur Adam et madame Ève, nos lointains aïeux qui auraient gâché le sort de l’humanité sans que Dieu n’y fasse rien, ce serait en effet choquant. Mais ici, il s’agit de nous-mêmes (Adam + Ève + le serpent) qui choisissons de nous prendre pour Dieu. Cette folie est source de souffrance pour nous, pour le monde qui nous entoure et pour nos enfants. Cependant, Dieu y travaille par son pardon et par ses soins pour nous permettre de nous relever et pour que les victimes soient soignées.

Bonne lecture de la Bible !

Si vous n’avez pas encore lu les Évangiles, je vous conseille de lire au moins deux d’entre eux, par exemple Matthieu et Jean. C’est à partir de ce que le Christ nous montre de Dieu et de l’humain que l’on peut ensuite mieux interpréter l’Ancien Testament.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Sur ce sujet : Découvrez la définition et les enjeux autour de la question de éden – paradis – royaume de dieu dans le Petit Dictionnaire de Théologie. Retrouvez également l’article sur la notion de dieu – élohim.

Partagez cet article sur :
  • Icone de facebook
  • Icone de twitter
  • Icone d'email

En écho à ce texte :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *