04 avril 2024

Début de l
Bible

Les écrits de Saint Jean sont ils gnostiques, un peu, beaucoup, pas du tout ?

Question posée :

Bonjour

je fais appel à vous pour trois points:

1) Chrétiens à approche théologique gnostique.

-le petit livre de François VOUGA  » Le Christianisme à l’école de la diversité » (éditions du Moulin) aborde la question de certains chrétiens appartenant à la mouvance Johannique et influencés par une théologie de type gnostique. Monsieur VOUGA esquisse une brève explication des deux visions de Jésus (point identique et différences entre les deux notions) Apparemment l’Egypte aurait connu une forme de Christianisme à variante théologique gnostique. L’Evangile selon Thomas découvert en Egypte serait influencé par cette optique du Christianisme et du Christ évidemment.

Que pensez-vous de cette interprétation théologique? Est-elle légitime? Pourquoi certains auteurs du Nouveau Testament semblent fortement rejeter cette théologie? Cette théologie existe t-elle de nos dans certaines dénominations du Christianisme?

2) Apôtre Paul

-Monsieur VOUGA m’a surpris dans ce petit ouvrage par sa position relative au livre des « Actes des Apôtres ». Une possible remise en cause de certains points de la vie personnelle de Paul: (citoyen romain, élève de Gamaliel, langue hébraïque…) Selon Mr VOUGA, Luc aurait fait appel à certains traits relatifs à Paul en vue de mettre en valeur le ministère de l’apôtre. J’espère ne pas avoir trop déformé la pensée de Monsieur VOUGA.

S’il vous plait, que pensez-vous de cette position relative à Luc et Paul? Quels points de vue sur la vie de l’apôtre peut-on avoir comme traits sûrs?

3) Corpus Christi anglican

-ma troisième question concerne les processions Anglicanes du « Saint-Sacrement » appelées « Corpus Christi » en milieu anglophone. Ayant été catholique dans ma jeunesse, je reste impressionné par ces processions identiques en tout point pratiquement à celles organisées par l’Eglise Catholique. La différence entre les processions du « Saint-Sacrement » réside surtout dans le fait que l’une était conduite par la prêtre(sse) d’une paroisse anglaise, une autre par une évêque(sse) Anglicane et la troisième par un prêtre Anglican. Les trois processions semblaient être nettement High Church car le rituel liturgique et les tenues vestimentaires sont 100% de type romain! Le côté le plus frappant était l’ostensoir contenant l’hostie consacrée que l’officiant tient entre ses mains non directement car un grand rectangle de tissu est là pour éviter que le ministre ne tienne l’ostensoir à mains nues!

Pourriez-vous m’aider à voir pourquoi je reste impressionné par ces cérémonies ecclésiastiques? Simples réminiscences du bon vieux temps

Marc, veuillez bien excuser ce très long texte. Si vous le souhaitez vous pouvez m’aider à comprendre ces trois points en plusieurs fois si le temps vous manque pour accomplir d’autres tâches. Veuillez encore m’excuser. Que le Seigneur vous bénisse.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Merci pour ce témoignage de recherche et de questionnement, de lecture et d’observation. Bravo pour vos lectures, bien choisies.

François Vouga est un exégète très réputé. Avec Marguerat, Roemer, Dettwiller, Cuvillier et quelques autres, c’est toujours solide, honnête et argumenté. Vouga est donc a priori digne de confiance. Bien sûr, ses hypothèses ne sont que des hypothèses, je suppose qu’il ne les présente pas autrement : c’est loin, très très loin du statut de fait historique. Et les hypothèses des exégètes durent ce que durent les roses : cueillies le matin, bientôt fanées.

Jean et le courant gnostique

L’étude de François Vouga est certainement intéressante car la question du rapport entre le courant johannique et gnostique existe. Je n’ai pas lu ce qu’a dit François Vouga, je ne peux donc pas en parler, mais je peux vous répondre en vous donnant mon point de vue, à vous ensuite de voir si cela nuance ou complète d’autres points de vue. En tout cas bravo.

Le gnosticisme était un courant spirituel assez important en Egypte à l’époque, et bien connu par une littérature retrouvée (voir un important volume dans La Pléiade), et dont un certain nombre de personnes a accueilli l’Évangile du Christ rapidement.

Je ne pense sincèrement pas que le courant johannique soit gnostique. Pour deux raisons :

D’abord parce que Jésus selon Jean aime ce monde : la Parole s’incarne dans le monde, et c’est une bénédiction, pas une chute. Jésus y explique « Dieu a tellement aimé le monde, qu’il a donné son fils… » (Jean 3:16) : Dieu aime vraiment ce monde-ci. Ce type de pensée ne me semble pas trop gnostique, cette incarnation de la Parole en Christ (et en toute personne) mêle les choses, le spirituel et le mondain, l’Esprit et la chair et c’est une grâce : nous sommes ainsi dans ce monde même si notre source d’inspiration supérieure n’est pas ce monde mais Dieu.

Ensuite, c’est vrai que l’on voit dans les écrits appartenant au courant spirituel de Jean qu’il y a parfois une forme de discours présentant deux types, du genre lumière/ténèbres, juste/pécheur. Cela pourrait s’apparenter à une façon de parler gnostique, façon de parler que l’on retrouve dans bien des sectes de toute époque, avec un langage présentant deux camps séparés nettement entre les justes (qui font partie du club), et les horribles pécheurs (qui sont tous les autres). Seulement, même si le discours de Jean apparaît parfois tranché, cela ne me semble pas avoir pour but de distinguer deux catégories de personnes, mais c’est tout le contraire : c’est pour parler de deux composantes qui existent en chaque personne. Par exemple dans le prologue :

« Cette lumière (Parole de Dieu) était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. (Note : il n’y a donc pas de sélection, toute personne est au bénéfice) Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a pas connue. (Note : le monde a quand même un peu connu la lumière puisque ce monde trouve son origine dans la Parole/lumière, et en même temps il ne l’a pas connue : c’est les deux à la fois, dans une certaine proportion, déjà un peu et pas encore assez). Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçue. (Note : le tout homme au bénéfice de la lumière est l’humanité entière, donc, que la lumière/Parole a déjà « faits », d’une certaine façon, et même s’ils n’ont pas reçue plus la parole, ils sont quand même appelés « les siens », et donc intérieurs à la famille, non rejetés). Mais à tous ceux qui l’ont reçue… ( Note ; les siens ne l’ont pas reçue mais l’ont donc en partie reçue). (Jean 1:9-12).

Je sais qu’on peut lire ces lignes autrement : avec une opposition les juifs qui n’ont pas cru en Jésus / les juifs qui ont cru en Jésus, mais cela me semble être une lecture seulement conjoncturelle, alors que ce texte a une tout autre portée, à hauteur d’aigle, pas au ras des pâquerettes.

Oui, l’Évangile selon Thomas, très intéressant par ailleurs, a bien une teinture nettement gnostique, lui.

Le gnosticisme me semble effectivement assez étranger à la foi et aux idées de Jésus : aimant le monde, et universaliste, nuancé, cherchant à enseigner et former aux plus hautes pensées et spiritualité toute personne de la population. Cela fait partie du programme du Messie selon les grands prophètes : de faire que toute personne, même les moins cultivées deviennent prophète ou prophétesse.

L’apôtre Paul, vraiment romain et talmudiste ?

Personnellement, je ne vois pas pourquoi il faudrait douter du fait que Paul soit citoyen romain et érudit hébraïsant, cela ne me semble pas du tout improbable. Mais je n’ai pas lu le livre de François Vouga, et s’il en parle c’est que cela doit avoir un intérêt de remettre en cause ce qui est dit dans les textes. Mais bon, ces écrits de Paul ou concernant Paul sont très anciens, les personnes qui les ont reçus en premier auraient vraiment pu avoir connu Paul, ou une personne ayant connu Paul… Mais bon, si François Vouga avance ces hypothèses cela mérite de se pencher dessus, et de voir ce que cela apporterait à notre foi et à la compréhension de nos textes.

Des processions Anglicanes High Church ?

Comme protestants réformés, nous sommes complètement en communion « de chaire et d’autel » avec les anglicans et les luthériens : c’est à dire que nous pouvons comme pasteur et comme fidèle être reconnu et participer pleinement à tout dans une autre église.

Nous sommes donc profondément en communion sur le fond, sur la foi. Il est vrai que la forme des anglicans high church est très proche d’une forme catholique et même d’une forme catholique traditionnelle. Mais derrière les dentelles, processions et fumées, ou derrière l’austère robe noire et les psaumes réformés, le fond est en profonde communion. C’est une simple question de pédagogie au service du même évangile. Chacun son style.

Et bonnes recherches à vous.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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3 Commentaires

  1. Elio dit :

    Petite réflexion sur le gnosticisme : aujourd’hui il me semble qu’il y a de plus en plus de réserves sur l’utilisation de cette catégorie pour désigner un courant concret. Le « gnosticisme » est surtout une construction théorique pour rassembler sous un même chapeau des textes et courants plutôt divers – et que l’on ne connait globalement que par le prismes de leurs détracteurs.
    En gros : ça marche comme un épouvantail, mais ça ne permet pas de rendre compte de manière adéquate des courants eux-mêmes. Mais Philippe Therrien sera plus précis que moi !

    1. Marc Pernot dit :

      Merci, oui. Il n’y avait pas de pape ni de structure du gnosticisme. C’est une sensibilité, comme aujourd’hui l' »évangélisme », ou le « protestantisme ». Il y a de multiples groupuscules indépendants, mais on voit quand même un peu ce que cela signifie.

  2. andiran nathan dit :

    François Vouga est effectivement un exégète sérieux, spécialiste de la pensée paulinienne . Mais il n’est pas infaillible et ne le pense pas lui-même.
    La gnose est délicate à définir et de ce fait délicate à attribuer . Elle est de plus différente en fonction des époques ! La gnose de René Guénon est une gnose qui a peu à voir avec celle des communautés du second siècle . Gnose, gnostique doivent s’appréhender avec beaucoup de souplesse.

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