jeune femme marche dans une ancienne usine, contrejour - Photo de Alex Ronsdorf sur https://unsplash.com/fr/photos/Dg-T1LF-CwE
Question

Athée d’origine musulmane à 20 ans, je recherche Dieu : dix questions à un pasteur

1x
100%

Une jeune femme de tradition musulmane, en recherche de Dieu, interroge un pasteur sur la lecture de la Bible, la Trinité, la place de l’Ancien Testament, l’évolution et la manière de vivre sa foi naissante face à une famille qui pourrait mal l’accepter. Une réponse qui invite à la confiance, à la liberté intérieure et à la prudence.


Question posée :

Bonjour, j’ai 20 ans et je m’intéresse au christianisme car je recherche Dieu. Tout d’abord, je viens d’une famille musulmane et j’ai pratiqué l’islam, j’ai lu le Coran, les Hadith (paroles, actes, gestes attribués à Mohammed), mais je ne ressentais pas de connexion avec Dieu, mais plutôt des tas de règles à respecter, et si nous ne respections pas toutes les règles, nous n’étions plus musulmans aux yeux des autres croyants. Il n’est pas non plus bien vu de se poser trop de questions. Évidemment, je ne vous demande pas de juger l’islam, c’est simplement pour faire une introduction sur mon ressenti.

J’essaie de lire la Bible, mais je me demande comment faire, car en islam nous lisons le Coran littéralement, et je suppose que vous êtes au courant que nous considérons le Coran comme le message direct de Dieu, que c’est la vérité, que c’est la meilleure religion et que le Coran est parfait dans sa forme comme dans son sens.
Je me demande comment je devrais lire la Bible ? Est-ce que je dois la lire littéralement ?

Mon autre question porte sur la falsification de l’Ancien et du Nouveau Testament. Je ne pense pas que cela soit complètement vrai, mais vous comprenez bien que c’est un argument que tout le monde avance, que ce soient les croyants ou les imams. Donc quel est le point de vue chrétien sur la question ? Et aussi sur le fait que cela ne viendrait pas de Dieu car ce sont des humains qui l’ont écrit. Donc quel est le point de vue chrétien sur ces questions ?

Il y a aussi un autre argument qui dit que la Trinité, c’est comme du polythéisme. Personnellement, je ne pense pas que cela soit du polythéisme, mais par exemple on me donne l’argument selon lequel les chrétiens prient les saints, prient Marie et prient Jésus, mais pas Dieu. Pouvez-vous m’expliquer la Trinité ? Et puis, je suis allée sur différents sites chrétiens et je ne comprends pas trop. Certains disent que Jésus est le Fils de Dieu, d’autres qu’il est Dieu. Donc je suis un peu embrouillée.

Et un autre argument récurrent qui est avancé, c’est que les chrétiens ne suivent pas les lois de Dieu dans la Bible et qu’ils s’octroient des libertés alors que dans leur livre il y a des règles qui leur interdisent des choses, comme le porc, l’idolâtrie, la représentation avec des statues, l’alcool, qu’il y a des lois contre l’adultère et plein d’autres, mais qu’ils ne les mettent pas en pratique car ils se sont laissé berner par la modernité. Et que par exemple, accepter de faire des mariages de même sexe dans les églises serait la preuve que le christianisme est tombé dans une décadence. (Je précise que je soutiens totalement les personnes homosexuelles et transsexuelles.)

Ensuite, je me demande quelle est la relation des chrétiens avec l’Ancien Testament. Est-ce qu’il y en a un plus important que l’autre ? Est-ce qu’il y a des lois de l’Ancien Testament qui sont abrogées parce que le Nouveau Testament abroge certaines lois de l’Ancien ?

Et concernant la Genèse, comment la voyez-vous à la lueur de la théorie de l’évolution ?

Je précise que j’ai quitté l’islam car je ne croyais plus, pour diverses raisons, et je m’intéresse au christianisme, en particulier le christianisme protestant et protestant évangélique, mais j’ai vu plein de reportages sur des pasteurs qui arnaquent des croyants, du coup j’ai un peu peur. Je prie déjà le Seigneur, et bien que je ne comprenne pas des points de base du christianisme, je ne peux pas m’empêcher de prier en son nom (surprenant, je suppose). Et ma première rencontre, c’était pendant une sortie scolaire à l’école, dans une église, et il y avait une statue du Christ crucifié, et j’ai fondu en larmes parce qu’il souffrait et que je voulais le détacher, et j’ai senti son amour.

Et dernière question (je suis désolée, c’est très long). Si ma foi augmente, comment je fais ? J’ai déjà entendu ma mère dire que si un de ses enfants se convertissait au christianisme, il serait renié par la famille. Pourtant, ma mère n’est pas une mauvaise personne, elle m’a soutenue un bon nombre de fois et elle m’a bien élevée. Mais ils préfèrent que je reste athée (car avant je ne croyais pas en Dieu et je le leur ai fait comprendre, et un membre de ma famille a essayé de me frapper, mais un autre membre de ma famille l’a éloigné de moi), ou que j’aille dans le bouddhisme (parce que j’avais dit que c’était une bonne philosophie de vie et que je l’avais un peu expérimenté), plutôt que juive, chrétienne ou polythéiste par exemple, ce qui serait insupportable à leurs yeux.

Donc si ma foi augmente, je me demande s’il n’est pas préférable d’habiter dans mon propre appartement et d’avoir ma propre situation financière pour ne pas me mettre en danger.
J’aimerais bien aller dans une église protestante où les gens se retrouvent, mais vous comprenez bien que ce n’est pas possible. Il y aurait peut-être des gens qui me reconnaîtraient et qui le diraient à un membre de ma famille. Donc c’est trop dangereux. Donc comment puis-je rencontrer d’autres chrétiens ?

Merci pour les futures réponses, et prenez soin de vous et des gens que vous aimez.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir,

Bravo pour votre message, très touchant, sincère, réfléchi, et manifestant une réelle recherche de Dieu. Je suis persuadé que cela vous apportera énormément, à vous et à ceux qui sont autour de vous. Le chercher, et continuer à le chercher, est excellent, car cela veut dire qu’on n’a pas enfermé Dieu dans une petite idée étroite, figée, morte, dans une religion et dans des rites. Se poser des questions est donc excellent.

Effectivement, Jésus propose une connexion avec Dieu : une relation à Dieu basée sur la confiance en Dieu, puisque Dieu aime chaque personne, même, nous dit Jésus, si cette personne était son ennemie, car alors Dieu espère la soigner afin que cette personne soit plus en forme. Cela fait que la question n’est alors pas de gagner des points auprès de Dieu, mais de nous ouvrir à ses bons soins. Rien à craindre de lui. C’est pourquoi il est excellent de se poser des questions sur Dieu : c’est s’intéresser à lui, c’est chercher à avancer avec sincérité et confiance en lui. C’est tout à fait ce que propose Jésus, je pense, car il nous invite à nous tourner vers lui avec confiance.

Lire la Bible : pas facile ?

C’est vrai que ce n’est pas si facile de lire la Bible. C’est un texte écrit il y a 2000 ans (pour les textes les plus récents) jusqu’à 3000 ans pour les textes les plus anciens, dans une culture qui n’est pas la nôtre. Cela demande de s’y habituer un petit peu. J’ai mis quelques conseils sur le site, en particulier de commencer par les évangiles, car l’Ancien Testament est plus difficile. Vous pouvez peut-être voir les « simples versets médités » que je mets régulièrement, cela donne des exemples, ou des « prédications » (plus complexes). Puisque vous posez cette très bonne question : « Comment devrais-je lire la Bible ? Est-ce que je dois la lire littéralement ? », j’ai mis ici un article pour proposer une méthode. Ce n’est qu’une proposition, elle montre en tout cas qu’il n’est pas question de prendre la Bible à la lettre. Ce n’est pas un code de lois, c’est un livre fait pour qu’on se pose des questions, soi-même, et pour que l’on cherche au fond de soi-même, de sa conscience, ce que cela nous inspire. On peut le faire, car nous sommes dans la confiance en Dieu.

Plusieurs religions ?

Oui, des musulmans pensent que l’islam est la seule vraie religion. Des chrétiens pensent que le christianisme est la seule vraie religion. Des bouddhistes, que le bouddhisme est le meilleur chemin… On a le droit de penser cela pour soi-même, mais c’est un problème quand on décide que cela devrait être la même chose pour tous les humains de la planète. C’est un problème parce que c’est un manque de respect pour les autres, c’est un problème parce que cette personne prétend (et pire encore, pense parfois) détenir elle-même la seule et unique vérité, c’est-à-dire que cette personne se prend pour Dieu à la place de Dieu, et même au-dessus de Dieu puisqu’elle prétend connaître Dieu de façon absolue : elle se place au-dessus de lui.

Il y a bien des chemins pour aller à Dieu, comme pour monter au sommet d’une montagne. L’essentiel est de monter sur un chemin qui nous élève, qui nous rende meilleurs, dans une meilleure relation à Dieu, aux autres et à nous-mêmes, à notre monde et à notre vie. Si c’est le cas, c’est que cette religion est la bonne religion pour nous. Si une autre personne a un chemin qui lui correspond mieux à elle, tant mieux pour elle, et donc tant mieux pour Dieu et pour tout le monde.

La Bible ?

Il y a des chrétiens « fondamentalistes » qui considèrent la Bible à peu près comme des musulmans « fondamentalistes » considèrent le Coran, c’est-à-dire que le texte serait directement la Parole de Dieu. Cette façon de considérer la Bible se retrouve en particulier dans des églises qui se présentent comme « évangéliques ». Dans les paroisses catholiques et protestantes, nous pensons que la Bible est un recueil de témoignages de personnes remarquables sur leur foi et sur leur vie. Ces témoignages offrent une belle diversité, et cette diversité est une richesse, car elle nous ouvre une liberté d’avoir notre propre opinion et notre propre foi. Par exemple, sur Jésus, il est clairement dit qu’il y a quatre témoignages : l’Évangile de Jésus-Christ selon Matthieu, selon Marc, selon Luc et selon Jean. Il est bien marqué dans le titre de chacun « selon telle personne ». Il n’est pas marqué : dicté par Dieu à telle personne. C’est donc fait pour que nous ayons notre propre regard sur le Christ. C’est fait pour cela. Dans notre lecture, sincère et confiante en Dieu, nous espérons que c’est Dieu directement qui nous inspirera ce qu’il désire nous dire, à nous, personnellement, individuellement. Car c’est cela, la définition du Christ : il fait que toute personne est appelée à être elle-même prophète ou prophétesse en ligne directe avec Dieu. La lecture et l’interprétation de la Bible, et la prière, sont donc des occasions d’écouter la Parole de Dieu, et cette parole vient de Dieu ; elle n’était pas dans les lettres imprimées sur le papier. La preuve, c’est qu’avec ce qui est écrit dans la Bible, hélas, des hommes se sont sentis autorisés à faire des horreurs. Cela ne venait pas de la Parole de Dieu, mais de la folie humaine. Quand la Bible est lue par l’Esprit de Dieu, elle nous fait entendre Dieu nous envoyer aimer notre prochain. C’est donc la lecture des textes qui peut falsifier la Parole de Dieu. Les textes eux-mêmes sont ce qu’ils sont ; les hommes et les femmes qui les ont écrits étaient sincères dans leur foi et dans leur volonté de témoigner de Dieu, dans les circonstances et dans la culture de leur époque.

La Trinité ?

La Trinité est une doctrine qui a été développée entre le IIe et le Ve siècle après Jésus-Christ et qui ne faisait pas l’unanimité. Ce n’est pas obligatoire de confesser sa foi de cette façon, mais beaucoup de chrétiens y sont attachés. Ce n’est pas non plus obligatoire de considérer que le Christ serait Dieu. Un chrétien est par définition une personne qui s’intéresse à Jésus-Christ et aux évangiles de façon déterminante pour sa façon de vivre et d’espérer. Tout le reste est facultatif, secondaire par rapport à cela. Bien sûr, il y a des chrétiens qui aimeraient que tous les autres pensent comme eux, aient le même rite, la même théologie, la même morale. Jésus n’était pas du tout comme ça.

Mais la Trinité n’est pas du polythéisme. Le mot même comprend la notion d’unité de Dieu. Les juifs appellent Dieu sous deux noms différents, soit Yahweh, soit Elohim ; leur confession de foi dit que c’est un seul Dieu. On ne va pas les accuser d’avoir deux dieux. L’islam donne à Dieu 99 noms différents dans le Coran, paraît-il, et pourtant l’islam professe un Dieu unique, et on n’oserait pas l’accuser de polythéisme. Donc ce n’est tout simplement pas sympa de dire que ceux qui confessent leur foi sous forme de Trinité seraient polythéistes. C’est faux, et c’est haineux.

Prier les saints ?

Les protestants ne prient pas les saints, mais certains catholiques le font. Ils ne confondent cependant pas la prière à Marie, par exemple, avec la prière à Dieu. Même quand ils s’adressent à Marie, leur prière est tournée vers Dieu, et c’est par respect pour Dieu qu’ils s’adressent à sa servante, comme on irait voir un grand roi en demandant d’abord à son secrétaire de quoi on voudrait lui parler. C’est donc injuste de traiter les catholiques d’idolâtres à cause de cette pratique. Dieu ne s’attache pas à ces détails : de la prière est de la prière. Cela dit, je ne prie que Dieu, bien sûr, car même s’il est infiniment au-dessus de nous, il est un Dieu proche, nous a appris le Christ. Nous pouvons nous adresser à lui sans aucune crainte, dans la confiance, directement. Il ne nous veut que du bien, il ne nous fera que du bien. Dès lors, c’est à lui que nous pouvons nous adresser directement. C’est ce que font la plupart des chrétiens, je pense.

Fils de Dieu ?

Jésus lui-même se présente plutôt comme « Fils de l’homme », c’est-à-dire un humain comme nous, même si sa vocation est particulière. Parfois, plus rarement, l’Évangile l’appelle « Fils de Dieu ». Et l’Évangile nous dit que nous aussi, nous sommes fils et filles de Dieu. Cela ne confond pas Dieu et les humains. Cela veut dire que Dieu est à l’origine de notre être et de notre vie. Cela veut dire aussi que nous avons quelques qualités qui sont divines : comme d’aimer, de discuter, et d’avoir une certaine liberté de créer. Le Christ nous donne une idée de l’humain accompli, aimant Dieu et aimant son prochain comme lui-même. C’est à cause de cela que l’on dit que Jésus est LE Fils de Dieu, alors que nous sommes un fils ou une fille de Dieu, adoptés par Dieu (par amour), et appelés à progresser dans la ressemblance à Dieu par certaines qualités.

Ne pas suivre les règles ?

En Christ, nous ne sommes effectivement plus soumis aux règles religieuses de l’Ancien Testament, c’est devenu facultatif, selon la conscience de chaque croyant. En effet, en Christ, toute personne est prophète ou prophétesse par l’Esprit, déterminant directement auprès de Dieu ce qu’elle pense devoir faire, sans pour autant l’imposer aux autres.

En ce qui concerne le porc et autres règles alimentaires, ces règles sont abrogées dans plusieurs passages du Nouveau Testament, laissant chacun libre, avec cette parole : ce que Dieu a créé est pur, ne le considère pas comme impur. On comprend l’intérêt de ces commandements anciens comme une pédagogie invitant le fidèle à penser à Dieu dans sa vie quotidienne, en faisant attention à ce qui nourrit notre conscience et notre foi. Par exemple :

  • L’interdit de manger du porc était une pédagogie utile, nous aidant à ne pas nourrir notre être de n’importe quoi comme le fait un porc, à ne pas nous traîner dans la boue. C’est un message à prendre au sens spirituel. On peut travailler là-dessus autrement qu’en ne mangeant pas de porc, on peut aussi y penser avec sa tête, demander à Dieu de l’aide dans la prière. Le porc n’est pas une viande mauvaise pour la santé, il suffirait de donner la consigne de bien la cuire, c’est tout. L’interdire, c’est au contraire mettre en danger la santé des pauvres gens, car le porc est une viande abordable, facile à obtenir, saine.
  • Il y avait aussi des commandements dans l’Ancien Testament de ne pas porter de vêtement en fibres mélangées : c’est une pédagogie invitant à ne pas tout mélanger dans sa vie, avec des compromis spirituels, moraux. On peut travailler là-dessus autrement qu’en faisant du tri dans ses chaussettes, on peut aussi y penser avec sa tête, demander à Dieu de l’aide dans la prière.
  • Il y avait l’obligation d’adorer Dieu précisément le samedi, et de ne rien produire ce jour-là. C’est une bonne idée de garder du temps pour nourrir son être intérieur et ses relations. Mais si on pense à Dieu le mardi, le jeudi ou le samedi, c’est bien pareil. Et à un moment de sa vie on aura besoin de garder plus de temps pour Dieu, et à d’autres moments un peu moins. Nous sommes donc dans la liberté, et l’important est de le faire sincèrement, de décider en conscience ce que l’on pense être bien comme exercice spirituel et à quel rythme, en fonction de son propre cheminement et de ses possibilités.

Dieu ne veut pas nous empêcher de vivre, il ne nous sanctionne pas à cause de notre menu, de nos vêtements, de notre façon de prier, des jours et des saisons. Il nous encourage à entretenir la santé de notre corps, de notre esprit et de notre foi, à rechercher la justice en aimant notre prochain. Il est un Dieu qui nous aime, et cela nous permet de l’aimer, car nous pouvons avoir confiance en lui pour ne recevoir que du bien, jamais de mal.

Donc oui, Dieu fait de nous des personnes libres. Libres et responsables. C’est plus exigeant que de suivre des règles toutes faites, car il nous faut alors déterminer d’abord avec notre tête et dans la prière, face à Dieu, ce que nous pensons être juste, et ensuite trouver la force, avec l’aide de Dieu, de le faire. C’est plus exigeant, mais cela valorise la sincérité, l’authenticité. Ce qui rend possible cette liberté, c’est que nous pouvons avoir confiance en Dieu : il nous comprend et il nous aime, il vit nos difficultés et ne nous en veut pas, il nous accompagne.

La modernité, et l’évolution du statut des femmes et de l’homosexualité

C’est vrai qu’il ne serait pas bon de se laisser enfumer l’esprit par la modernité. C’est à cela que la réflexion et la prière aident. En même temps, l’humanité est en chemin, génération après génération. S’il n’y avait pas eu d’évolution, nous serions encore des poussières dans l’univers sans vie. Avec un peu d’évolution, nous serions restés une sorte de singe. Le langage est une évolution, l’écriture est une modernité formidable, tout comme la roue, le feu pour cuire et se réchauffer, les outils. Et maintenant Internet, qui nous permet de communiquer. Nous avançons en relisant ce que les générations nous ont apporté, en faisant le tri, en gardant le meilleur, en essayant d’améliorer et d’apporter notre propre innovation. C’est ainsi que l’humanité progresse, sur le plan théologique, moral et spirituel aussi. Dans les temps anciens, l’homme mâle opprimait la femme et la considérait comme sa possession. Il pouvait faire cela à cause de sa force physique un peu plus grande. C’était injuste et mauvais pour tout le monde. Le Christ a pris des femmes comme disciples, il a même chargé Marie-Madeleine d’enseigner à ses principaux disciples. C’est une libération. Certains ont trouvé que c’était un modernisme scandaleux parce que cela allait contre leur machisme. Mais heureusement que l’on peut progresser. C’est précisément le rôle de ce que l’on appelle « l’Esprit saint » de nous aider à évoluer, à inventer du neuf, et à ce que ce soit bon. En ce qui concerne l’homosexualité, il y a longtemps eu une discrimination. C’était injuste et cruel. L’humanité est riche de sa diversité ; par la foi et par la science, nous savons que l’homosexualité n’est ni un choix, ni une maladie, ni un péché. C’est normal et très minoritaire. Cela fait partie de la richesse de l’humanité, ne mettant en aucune façon en danger la survie de l’espèce, évidemment. La théologie et la pratique de bien des Églises protestantes ont évolué au cours des dernières générations et ont cessé toute discrimination vis-à-vis de l’homosexualité. Cela me semble juste et bon aussi. Il reste des chrétiens qui ont du mal avec cela, c’est compréhensible, sauf quand ils font du mal à une personne en l’injuriant dans son être, car cette attitude est source de souffrances, de divisions dans l’humanité, et est source de mort. Hélas.

L’Ancien Testament

Oui, effectivement, nous lisons l’Ancien Testament avec, comme clé de lecture, ce qu’a apporté Jésus comme foi. Cela veut dire d’abord que l’interprétation de tout texte de l’Ancien Testament est faite de sorte qu’elle soit compatible avec l’amour radical de Dieu pour chaque personne humaine, même pécheresse et infidèle. Cela veut dire que nous ne sommes plus dans la soumission à une loi et à des commandements, mais dans une relation confiante à Dieu, chacune et chacun. Ce n’est pas tant tel commandement de la Loi de Moïse qui serait abrogé par un autre commandement du Nouveau Testament : ce qui est abandonné, c’est le principe même d’une Loi qui devrait s’appliquer à tous et en tout temps ; ce qui est abandonné, c’est le principe même que Dieu compterait les bons et les mauvais points des humains ; ce qui est abandonné, c’est le principe même d’un Dieu qui sélectionnerait les meilleurs éléments et abandonnerait à la mort les moins bons, ou ceux qu’il n’aurait pas choisis. Tout cela disparaît dans la confiance en un Dieu qui nous aime plus que tout et sans condition, un Dieu qui est proche de chaque personne et l’éclaire au fond de sa conscience sur ce qu’il serait bon, pour elle en particulier, de faire et d’espérer. Chacune et chacun est appelé à se découvrir prophète ou prophétesse.

L’Ancien Testament est alors lu au sens spirituel. Quand Dieu est dit massacrer le méchant, on le lit comme cherchant à nous soigner de notre méchanceté, afin de nous aider à l’éliminer. Par exemple.
Pour ce qui est de l’histoire de l’évolution de l’univers, c’est la science qui est compétente. Ce n’est pas le sujet des récits de la création dans la Bible : ils parlent du sens de la création, ce sont des prédications qui nous invitent à évoluer dans notre foi et notre conscience, qui nous aident à nous sentir responsables de notre monde.

Choisir un chemin dans le christianisme ?

Effectivement, dans le domaine de la religion, on trouve à la fois le meilleur et le pire de l’humain. C’est comme avec tout outil puissant, comme un couteau par exemple : il sert à sauver des vies en opérant un enfant, et il sert à tuer son prochain pour lui prendre sa place, sa fortune, son pays et sa vie. Donc vous avez raison de vous méfier des églises et des religieux en particulier. Il me semble qu’il faut voir si l’église aide la personne à se rapprocher personnellement de Dieu, ou si l’église prend la place de Dieu en imposant la soumission à ce que l’église dit de penser (doctrine), de pratiquer (rites et réunions), de faire (morale), de donner (de l’argent et du temps pour l’église). L’église devrait aider le fidèle en lui donnant des outils pour penser par lui-même, doit lui offrir des possibilités de nourrir sa foi et sa réflexion sans imposer, l’église doit se reconnaître comme un simple moyen, moins important que la prière personnelle du fidèle dans son intimité (comme le dit Jésus, Matthieu 6.6), la communauté des fidèles la préparant et l’appelant à aller vers son prochain dans la vie quotidienne : ses voisins, ses collègues, les personnes ayant besoin d’aide.

Donc oui, vous avez raison, l’essentiel est de chercher Dieu, d’avancer dans la confiance en lui, de prier Dieu en pensant à Jésus-Christ (prier en son nom).

Si votre foi augmente : vivre sa foi en famille et rencontrer d’autres chrétiens

Si votre foi augmente : réjouissez-vous. Cela montrerait que vous êtes en forme spirituellement et que Dieu peut vous donner de grandir dans la foi. Cela ne vous imposerait pas de faire quoi que ce soit comme pratique religieuse. C’est vrai que cela peut vous donner envie de rejoindre de temps en temps d’autres chrétiennes et chrétiens, c’est compréhensible. Mais ce n’est pas obligatoire, en particulier si c’est difficile compte tenu de votre entourage. La foi est une question intime, intérieure. Ce que remarqueront sans doute vos proches, c’est que vous êtes plus en forme, plus sereine, équilibrée, aimante, bienveillante. Vous n’êtes pas obligée de dire pourquoi. C’est à vous de discerner ce qui est bon ou non. Dans une circonstance complexe, il est bon d’avoir une réflexion tenant compte de tous les facteurs, pour un choix personnel. Comme le dit l’apôtre Paul : « Tout m’est permis, mais tout n’est pas utile ; tout est permis, mais tout ne construit pas. » Qu’est-ce qui construit ? Si vous savez que votre mère serait bouleversée par votre foi chrétienne, c’est évidemment une mauvaise chose qui lui a été enseignée, bien sûr, car cela met la haine et la division en famille, cela accapare Dieu pour sa propre religion, cela met de la contrainte et des menaces dans la religion, où ne devrait régner que la sincérité et le bon cœur, à ma compréhension… mais ce n’est pas votre faute, et pas tellement celle de votre mère non plus. Il est bon d’en tenir compte. Telle mère, en fonction de son évolution spirituelle, pourrait comprendre et admirer la foi de sa fille passant de l’athéisme à une foi chrétienne ouverte et respectueuse de l’islam. Heureuse la fille d’une telle famille. Tel autre père ou mère, ayant une foi plus étroite et rigoriste, serait profondément troublé, choqué, inquiet de la foi chrétienne de sa fille, ce qui provoquerait peut-être même qu’ils la chassent (parfois pour des années, avant de finir par accepter, ou non). Ce n’est pas la faute de la fille, et tout le monde comprendra, Dieu en premier, que la fille garde sa foi chrétienne intime, dans le secret de son cœur, de sa pensée, de sa prière. Mais ne vous mettez surtout pas en danger. L’essentiel est ce qui se passe dans le cœur.

Un jour, oui, vous aurez sans doute votre propre appartement, d’une façon indépendante, et ce sera plus facile de vivre votre foi comme vous l’entendez. C’est à vous de voir ce qui est possible, favorable, raisonnable, juste et bon. Dieu vous donne son Esprit et son intelligence pour que vous discerniez par vous-même. C’est pas à pas que l’on avance. Et quand il y a des plaques de glace, on avance en faisant attention où et comment on met les pieds.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Partagez cet article sur :
  • Icone de facebook
  • Icone de twitter
  • Icone d'email

En écho à ce texte :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *