Vidéo :
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(Voir le texte biblique ci-dessous)
prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève le dimanche 25 octobre 2026,
par : Marc Pernot, pasteur à Genève
Transcription de la Vidéo :
L’injure sur les réseaux sociaux
L’ambiance sur les réseaux sociaux est carrément sans filtre. Il fut un temps où l’on envoyait des soupes à la tête de ses ennemis ou des tomates aux prédicateurs de rue. C’était gourmand. Aujourd’hui, c’est l’invective, l’injure, l’annonce de peines éternelles, voire les menaces physiques. C’est particulièrement le cas de certains commentaires reçus suite aux courtes vidéos grand public que nous publions sur les comptes de notre église.
Cela fait penser à cette parole de Jésus dans le « Sermon sur la montagne » où il parle de l’injure, la comparant à un meurtre. Il n’a pas tort : particulièrement parmi les jeunes, il y a des injures qui tuent. Jésus est décidément notre frère très contemporain.
Comment lire ces paroles de Jésus ?
Jésus nous dit qu’il n’est pas venu pour abolir la Loi, que « pas un seul iota ou un seul trait de lettre de la Loi ne passera ». Seulement, nous voyons Jésus souvent transgresser la Loi de Moïse. Alors ? Faites ce que je dis, pas ce que je fais ? Impossible, ce n’est vraiment pas le style de Jésus.
Cela révèle un point essentiel pour saisir les textes des évangiles. Ils offrent des paroles de Jésus, comme ce passage que nous étudions aujourd’hui. Ils offrent par ailleurs des récits d’actes de Jésus. Notre formation fait que nous avons tendance à privilégier les enseignements et à en faire des absolus, relativisant les faits et gestes de Jésus comme des anecdotes. Or les évangiles insistent énormément sur la valeur de ses actes. Le Christ est « la Parole de Dieu faite chair » (Jean 1:14) : la Parole de Dieu ne s’est pas faite livre, ni enseignement, ni dogmes, ni casuistique, ni consigne de votation : la Parole s’est faite chair vivante, elle s’est faite une personne en Christ. De sorte que l’Évangile est en réalité sa personne même. Les actes de Jésus sont « des signes » qui nous permettent de connaître Dieu. « La vérité », ce ne sont pas tant les mots prononcés par Jésus, mais c’est sa personne vivante (Jean 14:6-9).
Par conséquent, ce sont les faits et gestes de Jésus qui éclairent avant tout ses paroles pour nous. Cela permet le premier mouvement, celui de l’interprétation ; vient ensuite le second mouvement, celui de l’appropriation : que les actes et paroles du Christ nourrissent notre conception de Dieu, notre prière et notre façon d’être concrète en ce monde.
Les actes de Jésus nous donnent la clé d’interprétation de la Bible et de notre monde. Rien que dans ce passage que nous étudions, ce principe nous est utile au moins trois fois pour saisir ce que dit Jésus.
Primo, en ce qui concerne la Loi religieuse
Cet enseignement de Jésus laisse penser en première lecture qu’il sacraliserait le moindre bout de lettre et de verset de la Bible pour l’éternité. Les actes de Jésus montrent que non. Cela conduit à rechercher ce que Jésus entend conserver pour l’éternité dans les iotas et les traits de lettre de la Loi. Ce qu’il entend par « la Loi et les Prophètes », et comment les « accomplir ».
Examinons les actes de Jésus : sa liberté d’adaptation quand il se laisse guider par la compassion plutôt que par la lecture littérale du commandement sur le shabbat dans le Décalogue ; la liberté que Jésus laisse aussi à ses disciples de grignoter des épis de blé encore un jour de shabbat sans aucune raison supérieure apparente ; la liberté qu’il leur laisse de ne pas faire les ablutions rituelles. En quoi est-ce « accomplir la Loi et les prophètes » ? C’est l’accomplissement de la Loi annoncé par Jérémie 31:33. Dans l’Alliance Nouvelle, la Loi n’est plus écrite sur des tables de pierre comme le Décalogue, mais directement dans le cœur de la personne individuelle, de la plus petite à la plus grande, de sorte qu’elle n’a plus besoin d’être guidée par qui que ce soit d’autre que Dieu, par son propre cœur, sa conscience éclairée.
C’est pourquoi Jésus laisse la liberté à chacun. Car alors, « la Loi et les prophètes » ne désigne plus la Bible, mais bien la Loi que Dieu révèle à chacun par l’Esprit, faisant de cette personne un prophète ou une prophétesse. C’est cette parole-là, celle de la conscience inviolable de la personne, qui doit être respectée. D’où la liberté de Jésus, mais aussi la liberté qu’il nous accorde. Une liberté qui est aussi la responsabilité d’écouter Dieu et de l’aimer, comme Jésus le dit dans cet enseignement célèbre où il ose augmenter le « Écoute Israël » de Moïse en soulignant que c’est avec intelligence que nous devons écouter Dieu (Marc 12:30). L’écouter par l’Esprit, l’aimer avec intelligence, l’aimer ensuite en actes dans notre vie, en aimant à l’image de ce Dieu qui nous aime. De cela dépend toute la Loi.
Cette liberté de Jésus se manifeste ici dans ce travail d’interprétation maintes fois répété par Jésus : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens… mais moi je vous dis… » (Mt. 5:22,28,32,34,39,44). C’est typiquement l’alliance nouvelle annoncée par Jérémie. Cela nous appelle, chacune et chacun, du plus petit au plus grand, à devenir interprètes de la Bible, et interprètes de notre temps. Prophètes. Nous y sommes plus qu’autorisés, nous y sommes appelés. C’est le rôle de l’Église de faire que chacun se sente appelé à le faire, qu’il puisse le faire en confiance, devant Dieu qui nous aime, et dans cette Église où l’injure n’a pas sa place.
C’est ainsi que les actes de Jésus nous permettent de saisir ses paroles.
Secundo, en ce qui concerne l’injure et le meurtre
Ce principe d’interprétation nous permet de comprendre ce que Jésus dit sur l’injure quand il la compare au « Tu ne tueras pas » de la Loi de Moïse (Exode 20:13). Car dans les évangiles, il n’est pas rare que Jésus utilise des injures dignes du capitaine Haddock, traitant les pharisiens de « tombeaux d’occasion », ce qui est le summum de l’impureté dans la Loi juive. Jésus traite aussi l’apôtre Pierre de « Satan », ce qui est fort bien placé sur l’échelle des injures sympathiques.
Alors ? Ce n’est donc pas le fait de parler durement qui pose problème en lui-même. D’ailleurs, le sujet de Jésus ici n’est pas le pauvre injurié qui a besoin d’être consolé (bien sûr), mais ce qui préoccupe Jésus ici, c’est le cœur même de celui qui injurie. Pourquoi ? Parce que c’est la racine du meurtre et de tout geste qui blesse. Qu’est-ce qui se passe dans la tête et dans le cœur de celui qui agresse son frère ? Il ne le considère plus comme humain, mais comme n’étant rien, comme vide, « raca ». C’est la racine du problème. C’est à ce niveau-là de justice que Jésus travaille. C’est ce qui nous permettra aussi d’aider la victime, autant que faire se peut.
Or, quand Jésus traite Pierre de « Satan », il le reprend sur un acte mais il continue à l’aimer ; c’est même pour cela que Jésus prend la peine de le reprendre, car il pense que Pierre en vaut la peine et qu’il peut encore s’ouvrir au meilleur, à l’Esprit. De même, quand Jésus injurie les pharisiens, cela ne l’empêche pas, au contraire, de les rencontrer, de manger avec eux et de discuter (Jean 3, Luc 7). La « justice qui surpasse celle des pharisiens » c’est la purification de notre cœur et de notre regard sur l’autre. Nous aurons alors un peu moins envie de tuer notre prochain, un peu moins envie de le mépriser ; nous verrons aussi, au-delà des actes méchants de l’autre, peut-être la personne qui se bat dans sa vie, la personne parfois souffrante, à bout de souffle. C’est l’impression que j’ai en recevant les insultes de chrétiens, de musulmans ou d’athées intégristes en bas de mon travail. Qu’est-ce qui ne va pas dans leur cœur ?
Il y a encore un point essentiel des paroles de Jésus qui est éclairé par ses actes :
Tertio, en ce qui concerne la réaction de Dieu
Jésus dit que « celui qui traite son frère de fou sera passible de la géhenne de feu ». Ça peut faire peur. Sauf que nous n’avons jamais vu Jésus foudroyer quelqu’un ; il est même scandalisé par cette idée chez ses disciples (Luc 9:54-56). On n’a jamais vu Jésus frapper ou exclure, maudire, abandonner, mépriser, ni tenter qui que ce soit et encore moins tuer. Il est donc impossible d’interpréter quelque parole de Jésus que ce soit comme une menace. Ni même aucune parole de la Bible. Jésus n’a pas agi comme cela, donc Dieu n’agit jamais comme ça. Au contraire, Jésus, et donc Dieu, accueille, prend soin de chacun et l’aide à avancer. Telle est « la justice qui surpasse », telle est « la Loi accomplie » par l’amour, bien entendu.
Et ce feu de la Géhenne, alors ? C’est l’action de purifier, comme du minerai passé au creuset pour recueillir l’or et éliminer ce qui l’emprisonnait.
Tel est l’amour de Dieu manifesté en Christ.
C’est ce que confirment les paroles de Jésus ici : même le pire des hommes sera appelé « le plus petit dans le royaume des cieux » mais il y sera quand même. Seule sa méchanceté sera restée dehors, par la grâce de Dieu.
Amen.
Textes de la Bible
Évangile selon Matthieu 5:17-22
Jésus : Ne pensez pas que je sois venu pour détruire la Loi ou les Prophètes. Je ne suis pas venu pour détruire, mais pour accomplir. 18Amen, je vous le dis, en effet, jusqu’à ce que passent le ciel et la terre, pas un seul iota ou un seul trait de lettre de la Loi ne passera, jusqu’à ce que tout soit arrivé. 19Celui donc qui viole l’un de ces plus petits commandements et qui enseigne ainsi les humains sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux, mais celui qui les pratique et les enseigne, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. 20Je vous dis en effet que si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. 21Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras pas et celui qui tue sera passible du jugement. 22 Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère sera passible du jugement. Celui qui dit à son frère « raca » sera passible du sanhédrin.
Livre du prophète Jérémie 31:31-36
Voici, les jours viennent, dit l’Éternel, Où je ferai avec la maison d’Israël et la maison de Juda Une alliance nouvelle, 32Non comme l’alliance que je traitai avec leurs pères… : Je mettrai ma Loi au dedans d’eux, Je l’écrirai dans leur cœur ; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple. 34Celui-ci n’enseignera plus son prochain, Ni celui-là son frère, en disant : Connaissez l’Éternel ! Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu’au plus grand, dit l’Éternel ; Car je pardonnerai leur iniquité, Et je ne me souviendrai plus de leur péché. 35 Ainsi parle l’Éternel, qui a fait le soleil pour éclairer le jour, Qui a destiné la lune et les étoiles à éclairer la nuit, Qui soulève la mer et fait mugir ses flots, Lui dont le nom est l’Éternel des puissances : 36 Que ces Lois ne viennent à cesser devant moi, dit l’Éternel.






