Ne vous sentez pas contraint de pardonner, cela vient comme une bénédiction (Matthieu 18:21-35 ; Exode 34:5-7)

Enregistrement audio de la prédication / Enregistrement audio du culte

(Voir le texte biblique ci-dessous)

prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève le dimanche 13 septembre 2020,
par : pasteur Marc Pernot

Le serviteur impitoyable. Ectrait du tableau de Domenico Fetti (1620) Semper Gallery, Dresden (Wikicommons)

Le serviteur impitoyable. Extrait du tableau de Domenico Fetti (1620)

« Son maître, en colère, le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il ait rendu tout ce qu’il devait. C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera si vous ne pardonnez pas de tout votre cœur. »

Hélas, des personnes en ont conclu que nous devions pardonner, et que si notre pardon n’était pas à total, Dieu serait tellement en colère qu’il nous torturerait jusqu’à la fin des temps.

Une interprétation « à la lettre » absurde

Cette lecture pourrait effectivement correspondre à une lecture « à la lettre » de la conclusion que Jésus donne à sa parabole. Cette lecture est pourtant impossible puisqu’en introduction de cette parabole, Jésus dit que le véritable pardon consiste à pardonner septante-fois sept fois. Dieu étant le juste par excellence, c’est ce qu’il fait certainement. Bien sûr. Comment penser que Dieu serait comme ce maître dont la bonté pour son serviteur serait épuisée dès la 2ème faute ? Et nous, pauvres humains, recevrions l’ordre de pardonner septante fois sept fois ? Sinon que nous arriverait-il selon les bons apôtres de ce moralisme ? Dieu aurait des bourreaux qui s’acharneraient sur nous jusqu’à ce que nous ayons tout pardonné du fond du cœur à 100% ? Cela ne correspond en rien à l’attitude de Jésus, ni a sa théologie.

Heureusement que cette lecture à la lettre n’est pas cohérente avec le texte pris dans son ensemble. Comme souvent, la conclusion d’une parabole de Jésus est étrange, c’est afin de nous faire réfléchir et de nous élever au dessus de la simple logique de ce monde quant au sujet posé. Ici la question, introduite par Pierre, est celle de notre difficulté à pardonner quand nous sommes victime.

Un moralisme extrêmement nocif pour la victime

La leçon disant que le pardon est un devoir pour le chrétien fait d’immenses dégâts, elle fait même de vrais morts, portés dans la tombe avec une famille qui pleure autour.

Je vais vous donner juste deux exemples, pas du tout théoriques, venant de vraies personnes, rencontrées au cours de mon ministère.

Une femme dans la cinquantaine me dit qu’elle n’ose même plus prier ni communier car elle a honte de ne pas arriver à pardonner à sa mère qui l’a laissée être violée devant ses yeux pendant des années par son nouveau mari. Un plus de ce terrible traumatisme, la morale « un chrétien pardonne » a profondément aggravé cette peine, lui faisant ressentir qu’elle serait une mauvaise personne, sinon elle aurait pardonné après tout ce temps. Le prédicateur du pardon obligatoire s’est mis, de fait, du côté de l’agresseur se débrouillant souvent à culpabiliser la victime. Comme en plus, l’ordre de pardonner était donné au nom de Dieu, elle a pris peur de lui et cela a coupé cette femme de Dieu, ce Dieu dont elle avait précisément un immense besoin à ce moment là, car il est effectivement source de résurrection et de vie, on dirait aujourd’hui de résilience.

C’est au moins 20 fois dans mon ministère, que j’ai été témoin d’effets aussi terribles de cette morale du devoir pardonner. Oui, j’ai honte et je veux m’excuser auprès des victimes de ce moralisme. Rassurez-vous, les amis, jamais Dieu ne vous en voudra, et certainement pas parce que vous auriez du mal à pardonner. Au contraire, il vole à votre secours. Bien sûr. C’est pour cela que les paroles du Christ sont « l’Évangile », c’est à dire la Meilleure de toutes les nouvelles : c’est la fin de tout chantage divin, contrairement à la lecture « à la lettre » de la fin de cette parabole.

L’introduction de la parabole nous dit en réalité qu’il est bon de pardonner et que c’est un don de Dieu. C’est en effet ce qu’évoque dans la Bible le chiffre 7, il ne désigne pas une quantité mais une qualité : celle de la bénédiction de Dieu (évoquée par le chiffre 3) sur sa création (évoquée par le chiffre 4). Ce chiffre de 7 évoque ainsi l’action de Dieu pour créer et pour bénir.

Dans cette introduction, ni dans la bouche de Pierre, ni dans la bouche de Jésus il n’est question de devoir pardonner. Il n’y a pas de verbe à l’impératif, mais un futur « combien de fois pardonnerai-je ? » « septante fois sept fois » répond Jésus. Ce futur est une espérance et une promesse, les chiffres 7 ajoutent que pardonner est le résultat d’un acte de création et de bénédiction par Dieu. C’est ce que Jésus développe dans sa parabole.

Dieu est du côté de la victime pour l’aider

Pour la victime blessée, la difficulté à pardonner n’est pas une faute, elle est un symptôme, elle est le sang qui coule encore de sa blessure, elle est le cri ou la sourde plainte qu’elle ne peut retenir. Le but de Dieu est bien entendu de soigner cette personne blessée, de calmer cette douleur, de cicatriser cette plaie jusqu’à ce que sa joie et son espérance soient libérées.

C’est ce que détaille la conclusion de cette parabole. Ce n’est pas la personne blessée n’arrivant pas à pardonner son agresseur que Dieu envoie punir : Dieu se saisit de ce qui, en elle, n’est pas en état de le faire, c’est son mal que Dieu prend pour le traiter, le temps qu’il faudra. Jésus ne nous promet pas n’importe quoi, c’est vrai que la racine de cette souffrance ne peut pas être arrachée en une seconde, même par Dieu. Il existe des cas où il faut du temps pour opérer la plaie, en nettoyer les parties infectées ou nécrosées, recoudre, soigner tout le temps de cicatrisation jusqu’à ce que la personne puisse avoir seulement le choix de commencer à pardonner.

C’est ainsi que l’opération violente promise par Jésus à la fin de sa parabole est compatible avec le pardon radical qu’il annonce au début. Un pardon comme une création de Dieu se déployant jusque dans le futur. C’est le projet. Jésus dit à la victime : « venez à moi, vous qui êtes fatiguée et chargée, et je vous donnerai du repos » (Matthieu 11:28), Jésus ne dit pas, bien sûr : honte à vous les fatigués et chargés, vous êtes indignes du Dieu de la vie, vous allez être punis et torturés jusqu’à ce que vous ayez le cœur léger et joyeux ! Cela n’aurait aucun sens. Il en est de même en ce qui concerne le pardon. Quand on en fait un commandement de Dieu cela charge et afflige, cela torture encore plus la victime.

Ne pas arriver à pardonner n’est ni un plaisir ni un caprice, c’est une lourde charge. Dieu est notre allié dans cette situation. Dans son « Notre Père », Jésus nous propose de nous ouvrir plus largement à l’aide de Dieu, lui demandant son pardon pour nos fautes, et lui demandant de nous aider nous-même à pardonner, nous demandons à notre Père l’un comme l’autre, afin de nous délivrer.

Le pardon est un soin, pas un effacement

Il arrive que cet ordre de pardonner, déjà nocif en lui-même, devienne même criminel.

Voici une autre situation pastorale que j’ai vécue, hélas à plusieurs reprises. Une femme, en général, venue par exemple pour quelques questions théologiques, qui, au détour d’un regard un peu baissé, laisse voir qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans son couple. Manifestement, elle souffre et elle a honte. Je pose la question : avez vous été frappée ? Oui, est-il répondu d’un souffle, il arrive à mon mari de me frapper. Et elle explique que le lendemain il s’excuse si gentiment, qu’elle lui lui pardonne car que c’est ce que Dieu veut, surtout quand on est marié, et que cela arrive quand elle fait une faute qui énerve son mari. Nous y voilà. Ce nocif commandement de devoir pardonner a encore fait de la victime une coupable, et en plus, dans ce cas, ce ne sont pas « seulement » des années de souffrances quotidiennes qui sont infligées à cette femme, c’est un risque bien réel d’être tuée. L’ordre de pardonner, avec en plus une conception du pardon comme annulation de la faute : voilà pour cette personne deux bourreaux de plus portant la souffrance et la mort.

Non : Dieu ne demande pas, ne veut pas qu’on laisse passer des actes de violence, des coups, des viols. Même pas dans le couple, bien sûr. Quelle idée ! Le mariage : ce n’est pas signer pour cela. Ce n’est d’ailleurs même pas bon pour le conjoint de le laisser être un bourreau, ce n’est pas bon pour les éventuels enfants, en plus d’être une pitié pour la première des victimes. Ce n’est pas la volonté de Dieu que l’on passe sur des actes comme cela.

Le pardon ce n’est pas permettre que le mal commis soit ignoré comme s’il n’avait pas eu lieu. Le pardon c’est espérer que le mal commis cesse d’empoisonner le présent et l’avenir. Le pardon c’est un soin pour réparer la victime (de ses blessures) et une opération pour réparer l’agresseur (qui a manifestement un problème).

Comme dans la parabole de Jésus, si l’on dit simplement au coupable qu’on oublie tout son passif, même si c’est fait par une vraie compassion, il y a bien des chances qu’il recommence car on a ignoré la racine du mal au lieu de la traiter. C’est comme un cancer, il arrive que la tumeur se résorbe toute seule (quelques cas sur des centaines de milliers), c’est quand même mieux de localiser le problème, d’opérer, de le traiter, comme le dit Jésus, jusqu’à ce que la personne soit guérie à cœur.

La question de l’amnistie de Dieu en faveur du coupable est assurée, car Dieu ne garde pas rancune, et il n’a pas besoin de torturer personne pour cela, pas même son fils (contrairement à une autre pieuse légende tout à fait nocive). Là n’est pas le tout du pardon de Dieu, nous avons tous besoin d’être soignés, et c’est vrai qu’il y en a qui ont besoin de soins intensifs. Cela aide Dieu quand nous faisons équipe avec lui, quand le corps du Christ se mobilise pour sa guérison et sa croissance. Ensuite, est-ce que la victime est la mieux placée pour participer aux soins de son ancien bourreau ? Parfois, peut-être. En général, ce n’est pas la personne la mieux placée, ni pour elle-même, ni pour le coupable car cela renforce en lui le sentiment d’une dette insolvable envers sa victime. Quand la personne blessée ira mieux, elle sera bien placée pour aider d’autres personnes blessées, le faire connaissance de cause et par gratitude. L’ancien bourreau allant mieux, lui, pourrait aider à en soigner d’autres ?

Un amour qui nous accouche

Cet Évangile de Dieu qui pardonne et soigne chacun de ses enfants s’enracine dans cette théologie ancienne et très belle, celle de Dieu comme l’Éternel, YHWH, la source de l’être, se révélant à Moïse comme vivant de toutes les qualités de l’amour, de miséricorde, de compassion, de bonté et de fidélité. Le texte ajoute que l’Éternel se présente comme conservant son amour « sur des milliers de générations », ce qui affirme que Dieu nous pardonne certainement, car si nous remontons notre arbre généalogique sur 2’000 générations (soit 50’000 ans) nous avons bien dû avoir un ancêtre que Dieu trouvait déjà un petit peu aimable sans trop se forcer. Cependant, ajoute ce texte de l’Exode, ce Dieu qui est tout amour « ne tient pas le coupable pour innocent » et il « visite » l’iniquité des pères sur leurs enfants sur trois ou quatre générations. C’est exactement ce qu’il faut : Dieu continue à aimer le coupable sans le tenir pour innocent, car il y a du travail à faire afin qu’il se porte mieux, puis sur les générations suivantes car le mal commis peut avoir de telles répercutions, et qu’avec des soins cela va infiniment mieux. C’est un travail de « miséricorde » (רָחַם raram qui signifie également l’utérus), c’est littéralement un amour maternel qui espère faire que la situation de la victime accouche d’un avenir vivant et bon, que le coupable accouche d’un lui-même délivré de ce qui ne va pas. C’est un travail d’enfantement qui se fait dans la douleur, comme le suggère Jésus dans sa parabole. Cette peine n’est en aucun cas une sorte de punition, Dieu n’est pas comme cela car il aime vraiment. Seulement, toute transformation un peu sérieuse est un travail et un bouleversement. Pour donner la vie, et pour entrer dans la vie.

Grâce soit rendue à l’Éternel,
אֵ֥ל רַח֖וּם (El raroum), Dieu miséricordieux.

Amen.

pasteur Marc Pernot

Textes de la Bible

Matthieu 18:21-35

Pierre vint vers Jésus et lui dit : Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il péchera contre moi ? Jusqu’à sept fois ?

22Jésus lui dit : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois. 23C’est pourquoi le règne des cieux est semblable à un homme roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs. 24Quand il commença à le faire, on lui en amena un qui devait dix mille talents. 25Comme il n’avait pas de quoi rembourser, son maître ordonna qu’on le vende, lui, sa femme, ses enfants et tout ce qu’il avait, afin de rembourser. 26Le serviteur se jeta pour se prosterner devant lui en disant : « Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout ! » 27Profondément ému, le maître de ce serviteur le libéra et lui remit sa dette. 28En sortant, ce serviteur trouva un de ses collègues qui lui devait cent deniers. Il le saisit à la gorge en disant : « Rembourse ce que tu dois ! » 29Son collègue, se jetant à ses pieds le suppliait : « Prends patience envers moi, et je te rembourserai ! » 30Mais lui ne voulait pas, il s’éloigna et l’envoya en prison tant qu’il n’aurait pas remboursé ce qu’il devait. 31En voyant ce qui arrivait, leurs collègues furent profondément attristés, ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. 32Alors le maître le fit appeler et lui dit : « Mauvais serviteur, je t’avais remis toute ta dette, parce que tu m’en avais supplié, 33ne devais-tu pas avoir compassion de ton collègue comme j’ai eu compassion de toi ? » 34Et son maître, en colère, le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il ait rendu tout ce qu’il devait. 35C’est ce que mon Père céleste vous fera si vous ne pardonnez pas de tout votre cœur, chacun à son frère.

(Cf. traduction NBS)

Exode 34:5-7

L’Éternel descendit dans la nuée, se tint là auprès de Moïse et proclama le nom de l’Éternel. 6L’Éternel passa devant lui en proclamant : « L’Éternel, l’Éternel, Dieu compatissant et qui fait grâce, lent à la colère, riche en bienveillance et en fidélité, 7qui conserve sa bienveillance jusqu’à mille générations, qui pardonne la faute, le crime et le péché, mais qui ne tient pas (le coupable) pour innocent, et qui punit visite la faute des pères sur les fils et sur les petits-fils jusqu’à la troisième et à la quatrième génération ! »

(Cf. traduction La Colombe)

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8 réponses

  1. Quentin dit :

    Bonjour monsieur Pernot. Je suis désolé de vous dire ça. Ma volonté n’est pas de vous offenser ou bien même de dire que vous faites une mauvaise interprétation de la bible mais j’ai l’impression, en lisant vos articles, que votre interprétation de la bible et vision de dieu est trop douce et un peu trop bisounourse. Ce que je veux dire c’est que quand vous dites que dieu pardonne même quand on ne se repens pas, quand vous dites que dieu se contente d’éliminer le mauvais qui existe et que c’est une histoire imagée dès que un passage de la bible présente un dieu vengeur ou qui punit et châtie, quand vous dites que dieu pardonne toujours même quand on semble pas très désireux de se tourner vers lui…. j’ai du mal à y croire. Pas plus tard qu’hier vous avez écrit un article sur le pardon et le fait de devoir tout pardonner. Je suis d’accord zvec l’idée que ce n’est pas simple pour nous les hommes de pardonner des choses parfois très graves mais les versets de la bible sont bien réels et ne peuvent être oubliés pour délivrer une vision des choses plus bienveillante. Comment peut on alors considérer que dieu ne condamne pas vraiment ceux qui ne pardonnent pas complètement ou ne font pas preuve de compassion ? Ça ne semble pas trop facile de dire qu’on peut faire n’importe quoi, replonger sans cesse vers le péché, désobéir ouvertement à dieu en sachant très bien ce qu’on fait et être pardonné sous prétexte qu’on dit pardon à dieu ?? Une phrase ne me plait pas beaucoup mais elle dit « Le Seigneur sait que je suis en train de pécher et le péché n’est pas bon. Mais moi et le Bon Dieu, nous allons avoir une bonne petite causerie ce soir ». Je trouve qu’elle résume assez bien mes craintes sur le fait que ça me paraît trop simple. J’espère que vous ne prendrez pas mon mail comme une attaque personnelle mais je veux comprendre votre vision des choses. Mon intention n’est pas du tout d’écouter des visions plus radicales et fermées mais je veux m’assurer que vous avez raison et je ne suis pas convaincu.. Merci.

    • Marc Pernot dit :

      Cher Quentin

      Bonjour, merci et bravo pour cette attention exigeante.
      Le mode d’emploi de ces prédications est de se poser des questions. Pas nécessairement d’être du même avis. Manifestement, c’est ce que vous faites et c’est un encouragement pour moi. Je ne prétends pas avoir LA seule lecture possible. Par définition, une prédication est un témoignage offert.
      Je ne pense sincèrement pas offrir une théologie bisounours.
      • C’est vrai que je pense qu’en Christ il n’y a plus de condamnation, que nous ne sommes plus dans la crainte et que l’amour parfait (de Dieu) chasse la crainte (comme il est écrit souvent dans le Nouveau Testament). Cela fonde la fin de tout chantage.
      • En même temps, comme vous le dites, Dieu est une présence et une parole responsabilisante, exigeante. Les Ecritures sont un miroir où nous nous découvrons nous-même, si nous y plongeons notre visage avec sincérité, par l’Esprit. Et comme vous le dites très bien cela donne lieu à de bonnes petites conversations dans la prière, quand on se penche vers ce que l’on a fait, ce que l’on a pas fait, et ce que l’on découvre comme motivation derrière.
      C’est donc loin d’être « bisounours », mais c’est sans chantage, sans crainte. Je pense que l’Evangile du Christ est comme cela et que c’est ce qui permet d’avancer dans les meilleures dispositions possibles. Car la menace d’un Dieu terrible engendre la peur de ce Dieu. Cela a deux conséquences très nocives.
      • La première c’est que cela trouble notre confiance en Dieu, cela crispe notre cœur face à celui que l’on suppose pouvoir nous griller, torturer, rejeter, abandonner si nous ne sommes pas au niveau (nous ne sommes jamais au niveau, bien sûr, face à lui).
      • La seconde est que dans cette peur, nous cherchons à sauver notre avenir qui est menacé, et nous voilà penchant vers l’égoïsme à cause de cette menace. Alors que si nous sommes serein, déjà aimé et sauvé, que Dieu a promis de nous bénir, de nous accompagner, de nous faire du bien, alors nous pouvons avancer et si nous faisons un peu de bien ce n’est pas en étant motivé par la pensée de notre propre avenir, mais simplement pour faire le bien. Et cela change tout. Et devant Dieu nous pouvons nous ouvrir en toute sincérité car il n’y a plus de peur.
      Pour ce qui est du pardon gratuit, sans condition et sans repentance, c’est ce que l’on voit Jésus faire tout le temps, quelques exemples parmi tant et tant d’autres :
      • Jésus pardonne et prie pour le pardon des soldats romains qui viennent de le crucifier, et qui sont en train de voler ses affaires et de se moquer de lui. Aucun début de repentance en vue. Cela dit, Jésus ne dit pas que leurs actes n’ont pas d’importance, ce n’est donc pas du relativisme. Mais de l’amour. (Luc 23:34)
      • Devant la femme adultère, Jésus la libère de ceux qui la condamnaient à mort, Jésus dit clairement qu’il ne la condamne pas, et qu’il l’envoie vivre. En même temps, il n’y a pas trace d’un début de repentance de cette femme. En même temps, après ce pardon, cette fin de toute condamnation, Jésus l’appelle à ne plus pécher, ce que je pense nous recevons dans une prière sincère, comme je vous le disais plus faut. Ce n’est donc pas non plus du laxiste, comem si l’infidélité n’était pas grand chose. (Jean 8:11).
      • Quand les apôtres menacent de demander à Dieu de faire tomber la foudre sur ceux qui ne les reçoivent pas, Jésus leur dit que c’est n’importe quoi, que c’est l’inverse de la volonté de l’Esprit (Lu 9:55)
      • Le chef pharisien Simon est peu sympathique, il examine Jésus avec suspicion, doute, et est prêt à l’accuser. Pourtant Jésus va manger chez lui, et lui parle afin de le faire avancer.
      • Quand Pierre, plein d’arrogance, cherche à s’opposer au courage de Jésus pour avancer en prenant des risques, il est une occasion de chute pour Jésus lui-même. Il n’y a pas un début de repentance de Pierre, il continuera après dans la même arrogance, mais Jésus ne le condamne pas et reste pour lui amical, proche, et patiente.
      • Quand quatre hommes descendent par le toit un paralytique devant Jésus, ce monsieur n’a pas un mot de repentance, pas un geste non plus. Et Jésus lui annonce son pardon et le délivre de son mal.
      Donc, oui, je pense que le pardon de Dieu et son amour son garantis sans chantage ni condition. Pour la simple bonne raison que Dieu aime et que quand on aime on ne calcule pas les fautes.
      Et oui, Dieu n’ignore pas le mal que nous faisons. Comme je le soulignes dans Exode 34, Dieu est d’une miséricorde et d’un amour infini pour nous, cependant il ne tient pas le coupable pour innocent, et il visite (ce qui n’est pas punir), car il doit avoir une bonne petite conversation avec nous, et nous soigner de la racine du mal.
      Dieu vous bénit et vous accompagne
      • Marc Pernot dit :

        De plus. Il y a un vrai problème, à mon avis quand on dit que le pardon devrait attendre la repentance :
        Alors, la victime serait suspendue dans l’attente d’une hypothétique demande de pardon de la part de son bourreau. C’est insupportable d’être ainsi, encore et peut-être indéfiniment dépendant de cette personne.
        La logique de la grâce n’a, au contraire, pas besoin d’attendre le moindre geste de l’agresseur pour s’autoriser à avancer, la victime n’a rien à attendre de lui pour commencer son chemin de résurrection. Si l’agresseur rentrant en lui-même, vient à reconnaître sa faute, ce sera un plus, une aide, mais en rien indispensable.

  2. Paule dit :

    Cher Monsieur,
    Une fois de plus merci pour votre prédication d’hier, dont je suis ressortie allégée et soulagée, même si le noeud reste, il est moins pesant.
    Vous avez l’art de désamorcer des textes bibliques littéralement inaudibles: MERCI !
    Bonne semaine et respectueuse salutations.

    • Marc Pernot dit :

      Chère Madame
      C’est moi qui vous remercie grandement pour ce message si encourageant pour moi.
      Bonne route, bon cheminement, bravo pour ce premier pas courageux, pour ce nœud qui commence à se desserrer.
      Dieu vous bénit et vous accompagne
      Marc

  3. Pascale dit :

    Pour revenir au premier commentaire, je trouve que, si on est sincère, vivre dans la grâce n’est pas si simple que cela. Dans la vie on est très souvent dans une logique de donnant donnant. Accepter le pardon de Dieu sans pouvoir sacrifier un bœuf, mettre un billet dans une corbeille, faire une bonne action en échange, …, ce qui nous rendrait en fait acteur de notre pardon, demande une certaine dose d’humilité et de reconnaissance de la grandeur de Dieu. Et finalement, je pense que cela nous responsabilise davantage.

    • Marc Pernot dit :

      Je comprends ce que vous dites.
      Seulement, il me semble que c’est précisément là l’essentiel : arriver peu à peu de vivre dans la grâce, de la grâce. C’est précisément ce d »saisissement qui est hyper important, hyper salutaire. Cela change complètement noter regard sur la dignité de la personne, sur notre propre dignité, sur le sens de la vie.
      C’est pourquoi, même si cela est troublant au début, il me semble fort utile de chercher à s’ouvrir à cette logique. Elle ne nous est pas si étrangère que cela, car nous avons la vivre, quand même, avec quelques rares personnes avec qui nous avons une vraie relation d’amour ou d’amitié. Il nous semble alors naturel de donner de bon cœur, sans que l’autre se sente en dette. Nous savons alors, avec ces personnes, qu’introduire une notion de donnant-donnant vient troubler la qualité de cette belle relation.

      • Pascale dit :

        Oui, je suis d’accord. Ce que je voulais dire par  » vivre dans la grâce n’est pas si simple que cela », c’est qu’il est plus facile (en tout cas pour moi) de donner sans rien attendre en retour que de recevoir sans rien pouvoir donner en retour.

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