
Honore ton père et ta mère : un commandement qui écrase ou qui libère ?
Faut-il honorer ses parents comme une dette, ou comme une manière de mettre en valeur ce qu'ils ont pu apporter de bon ? Un pasteur explore le sens du 5e commandement, ses limites face aux liens familiaux dysfonctionnels, et l'élargissement du sens de « père et mère » à toute personne qui nous a fait grandir.
Question posée :
Bonjour cher Monsieur,
J’ai lu, je ne me souviens pas où, la définition suivante de : Honore ton père et ta mère (…)
Les filles et fils se doivent de faire valoir toutes les actions positives, tous les soutiens moraux, toutes les positions éthiques que leurs parents ont pu faire, apporter ou prendre.
Ce que je trouve beaucoup plus dynamique que cette chape de plomb qui consisterait à honorer ses parents parce que nous leur devons la vie, la formation, l’éducation, etc., ce qui passe sous silence l’élévation morale ou non, l’éthique qui a guidé leur vie ou non, les engagements politiques, sociaux ou non qu’ils ont pu avoir.
Cette dernière proposition m’écrase, alors que la première me libère.
Pourriez-vous m’éclairer, s’il vous plaît ?
Bien à vous.
Réponse d’un pasteur :
Bonjour,
Bonne idée de se replonger ainsi dans les fondamentaux. Ce texte des « Dix Paroles » (décalogue, Exode 20) est formidable, il a de plus nourri notre culture, et il peut vraiment encore nous aider dans notre foi et notre façon de vivre.
Honorer : donner du poids, pas payer une dette
Ce que vous dites est très bien pensé et exprimé, je pense. D’une manière générale, « honorer » en hébreu, c’est bien ce que vous dites. « Honorer », c’est littéralement donner du poids à ce que cette personne a apporté et peut ainsi encore apporter si on le met en valeur.
Je suis bien du même avis également sur la raison que nous aurions d’honorer nos parents. C’est parce que cela fait du bien. Ce n’est pas à cause d’une dette que nous aurions vis-à-vis d’eux. La logique de la dette est de toute façon écrasante, et elle est nocive, car elle tue l’amour, la bienveillance. Cette logique transforme la gratitude et la joie en besogne, en obligation, et si on n’y arrive pas (ou pas à 100 %), cela crée de la culpabilité. Ce que vous proposez est très biblique et est une bien meilleure idée. Honorer parce que cela embellit le monde, cela prolonge, amplifie une belle façon d’être dont nous avons été témoins privilégiés, de première main. Honorer, alors, fait du bien et nous fait du bien.
Quand honorer ses parents devient impossible
Cela dit, je connais des situations où c’est compliqué pour une personne d’honorer son père ou sa mère. J’ai en tête des cas où ce serait une cruelle torture d’imposer à cette personne d’essayer de le faire. Deux exemples : je me souviens d’une étudiante que j’ai rencontrée et qui avait subi des viols de son propre père pendant une dizaine d’années. Je me souviens aussi d’une mère de famille dont la propre mère non seulement avait eu une attitude nocive envers sa fille toute sa jeunesse, mais avait aussi laissé son nouveau compagnon violer sa fille. C’est vrai que je rencontre beaucoup de monde, mais pour que j’aie croisé une demi-douzaine de situations de ce genre, cela ne doit pas être si rare que cela.
C’est pourquoi il n’est, à mon avis, pas possible de faire de ce commandement un absolu, en tout cas si on le lit au premier degré. Je dirais que quatre-vingt-quinze fois sur cent, oui, c’est une bonne idée d’honorer son père et sa mère comme vous le dites plus haut. Mais les liens parents-enfants dysfonctionnels ne sont pas rarissimes, hélas, et dans ces cas, le commandement exprimé de façon brutale peut être assez destructeur pour la personne. D’autant plus que l’on dit que cela est un ordre de Dieu.
Et dans tous les cas, en Christ, nous sommes dans une logique de la grâce et de la vocation personnelle. Il nous envoie, certes, mais vers qui ? C’est à discuter directement avec Dieu. Et il n’y a aucun chantage assorti, aucune menace.
Élargir le sens de « père et mère »
Il me semble utile aussi d’élargir ce que l’on entend par père et mère dans cette parole à toute personne qui nous a apporté de la vie. Nos géniteurs, nos parents, un professeur, une grand-mère, un ami… peuvent faire partie de cette petite troupe. Dieu aussi est Père et Mère pour nous, c’est ainsi que ce 5e commandement se trouve sur la charnière entre la première table (concernant Dieu) et la seconde (concernant donc Dieu et les autres personnes vivantes).
C’est ainsi que notre humanité a une petite chance d’avancer, ne serait-ce que lentement. Car alors, chaque génération monte un petit peu sur les épaules de la génération précédente. Au moins un tout petit peu, en gardant le meilleur de ce que cette génération a reçu. Car la grande difficulté de l’humanité, pour faire des progrès, c’est que notre vie est courte, et que nous recommençons à zéro toute l’évolution matérielle, intellectuelle et spirituelle de l’humanité, en partant d’une première cellule, ayant tout à apprendre, même à parler, ayant même à apprendre à aimer un petit peu, et à nous ouvrir à Dieu.
Sa bénédiction est irremplaçable pour vivre cela.
En écho à ce texte :
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Honorer ses parents quand on a été maltraité : que dit vraiment la Bible ?
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Pourrais-je honorer mes parents alors qu’ils me traitent comme si j’étais un moins que rien ?
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Honorer son père et sa mère quand ils font du mal à leur enfant : que dit la Bible ?

Honorer la vie qui nous a été transmise tout en sachant que c’est notre vie et que nous avons le pouvoir de lui donner le sens que nous voulons. Cette liberté absolue dans le sens donné à sa propre vie n’est-elle pas celle du Christ? Tout cela est très compliqué, c’est accepté nos racines pour ce qu’elles sont et qu’elle nous ont apporté, c’est accepté de ne pas être tout puissant car notre environnement et notre intourage influent sur nous et c’est se rendre compte également de l’infini bonté et amour que nous possédons et que nous pouvons exprimer à travers la vie qui nous est donnée.