Image d'illustration : un enfant comme tétanisé devant une adulte - Photo de Helena Lopes sur https://unsplash.com/fr/photos/une-femme-et-un-enfant-assis-sur-un-canape-EpV68ofNijM
Bible

Honorer ses parents quand on a été maltraité : que dit vraiment la Bible ?

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Que signifie vraiment « Honore ton père et ta mère » quand un parent a été maltraitant ? Un pasteur explore le sens biblique du mot « honorer », distinct de « tout accepter », et propose des pistes pour concilier ce commandement avec le respect de soi.


Question posée :

Bonjour Monsieur le Pasteur,

J’aimerais avoir votre éclairage sur le sens de « Honore ton père et ta mère », cela me serait fort précieux.

« Honorer » est-il bien, pour ce qui concerne le devoir vis-à-vis de nos parents, l’équivalent de « respecter », « prendre soin de » ?
« Respecter » ne me pose pas vraiment problème.
Mais « prendre soin de », davantage, car jusqu’à quel point ?

Je pense qu’« honorer » un parent, c’est effectivement prendre soin de lui (dans la mesure où il vous le permet, bien sûr, ce qui n’est pas une évidence…) mais non pas au prix de nouvelles maltraitances de sa part.
L’aimer, le respecter, c’est lui épargner une rancœur encore en vous, faire abstraction de celle-ci pour tout mettre en ordre dans l’intérêt, la sérénité de ses vieux jours.

Mais je ne suis plus prête à m’exposer à des violences (quelles qu’elles soient : verbales, psychologiques…) et suis totalement incapable de prendre en charge ma mère moi-même. La seule et unique chose que je puisse faire pour l’« honorer », c’est tenter de déléguer cette prise en charge dans les meilleures conditions.

Tout cela ne va pas sans culpabilité, vous pouvez l’imaginer.

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Là, il m’apparaît bien que si je ne fais pas d’abord attention à moi-même, c’est toute ma famille que j’entraîne dans la détresse avec moi, au profit de ma mère.
Pensez-vous que je m’égare dans mon discernement ? Difficile lorsqu’il touche l’affectif ?

Très bonne journée.

Bien amicalement,

Réponse d’un pasteur :

Cher monsieur,

Votre question sur « Honore ton père et ta mère » est très, très bien posée. Cette question est même essentielle pour saisir le mode d’emploi, dirais-je, des commandements lus dans la Bible, et parfois malheureusement prêchés par de bons apôtres. Comme le dit Jésus : « Malheur à vous, docteurs de la loi ! Parce que vous chargez les humains de fardeaux difficiles à porter, et que vous ne touchez pas vous-mêmes l’un de vos doigts. » (Luc 11:46)

Votre situation est tragique :

  • d’un côté, vous aimeriez manifestement « honorer votre mère », surtout dans cette période où elle entre dans le grand âge ;
  • d’un autre côté, elle a été pour vous une mère maltraitante, et continue à l’être dans un certain sens. Et ce n’est bon ni pour vous de continuer à subir cela, ni pour les autres personnes que vous avez à aider, ni pour votre mère de continuer à faire souffrir sa fille.

Comme vous le dites très bien, le commandement essentiel de Jésus « aime ton prochain comme toi-même » n’est pas simple non plus : il y a « aime ton prochain », mais aussi « aime-toi toi-même », car si je ne suis pas en forme, comment continuerai-je à aimer et à aider qui que ce soit ? Et quel est mon prochain, très concrètement ? Excellente question que pose l’Évangile. Car la notion même de « prochain » dans l’hébreu biblique n’est pas celui qui est proche de nous, mais celui qui a le même berger que nous : ce qui fait que nous avons pas loin de sept milliards de prochains, auxquels il faudrait ajouter les générations futures et probablement les animaux, puisque Dieu est le Dieu de tous et de chacun.

Un commandement à ne pas lire comme une règle absolue

Comme toute question éthique, il est de fait impossible de donner des règles absolues.

  • Par exemple, pour le « tu ne tueras pas », comme le montre Jésus, penser une injure dans sa tête est déjà tuer la personne dans notre intérieur, dire une injure est un peu tuer cette personne. Et des théologiens comme Bonhoeffer, ayant comploté pour tuer Hitler afin d’épargner des millions de victimes, n’avaient peut-être pas si tort…
  • Par exemple aussi en ce qui concerne le pardon et l’amour des ennemis, ce n’est pas un « il faut pardonner » ou un « il faut aimer », mais c’est, à mon avis, à comprendre comme un « il est bon d’arriver enfin à pardonner, car cela soulage la personne victime et lui donne la paix »…

En ce qui concerne le « honore ton père et ta mère », c’est un commandement important dans la Bible puisqu’il fait partie des « Dix Paroles », le décalogue.

  • Il s’agit d’abord de ce Père et cette Mère ultimes qu’est Dieu.
  • Ensuite, il est vrai qu’il est bon d’honorer aussi celles et ceux qui nous ont donné la vie. La vie biologique, mais encore la vie dans les autres dimensions de l’existence : des amis, un conjoint, des enfants, un professeur… Les pharisiens que critique Jésus ne retenaient que la première lecture, signifiant honorer Dieu comme Père et Mère, au détriment des autres dimensions.

La réalité de la maltraitance familiale

Et c’est vrai que la vie n’est pas toujours aussi simple et droite que dans les livres d’images. Le premier lieu de la maltraitance, des viols, de la pédophilie, du harcèlement… c’est malheureusement la famille. Et c’est une réalité loin d’être rare. Dans la plupart des cas, il y a plus de bien que de mal, et le mal n’est pas trop terrible, de sorte que l’enfant devenu adulte peut faire la part des choses pour conserver le meilleur et digérer le moins bon. Mais les cas de maltraitance grave laissant des séquelles handicapantes sont malheureusement trop fréquents. Je n’ai pas assez de données pour faire des statistiques scientifiques, mais au vu des personnes que j’ai rencontrées au cours de mon ministère de pasteur, je pense qu’il s’agit peut-être de 5 à 10 % des personnes : les cas de maltraitance des enfants par les parents, ou quand les parents ont fermé les yeux sur la maltraitance par d’autres, ne sont pas rares du tout. Hélas, trois fois hélas. Et par la suite du parcours de vie, d’autres choses vraiment lourdes peuvent être vécues aussi, comme des parents refusant la façon d’être ou de vivre de leur enfant, ou maltraitant son couple, rejetant le conjoint ou les petits-enfants…

Comme vous le dites, on ne peut pas alors dire à une de ces personnes « tu dois pardonner » et « tu dois entretenir des relations avec tes parents ». Car ce genre de commandements ajoute encore à la peine de la victime, pour la maintenir dans une situation de maltraitance qui continue. Et cela maintient aussi le père ou la mère maltraitant dans son rôle de bourreau, ce qui n’est pas bon non plus pour lui ou pour elle.

Que veut dire alors « honorer » dans ce « commandement » de la Bible ?

Pour le déterminer, il faut faire un peu d’exégèse, rechercher dans l’hébreu biblique. « Honorer », littéralement, cela veut dire donner du poids, de l’importance. Mais si l’on regarde ce que c’est que « la gloire de l’Éternel » (gloire = même racine en hébreu qu’honorer dans « honore ton père et ta mère »), on voit que « la gloire » est l’action de Dieu, c’est cette puissance par laquelle il fait avancer les Hébreux dans le désert, les enseigne, les nourrit, les guide. Peut-être alors qu’honorer l’Éternel, c’est effectivement être la preuve vivante de cette gloire en étant mis en route, grandi, rendu plus vivant et rayonnant de sa grâce divine. C’est ce que l’on voit par exemple dans la bouche de Jésus quand il nous dit : « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » (Matthieu 5:16)

Voilà ce que serait honorer Dieu : ce n’est pas tant lui rendre un culte, c’est recevoir et vivre ce qu’il espère nous apporter. Je pense que cela doit être un peu la même chose pour nos parents : honorer nos géniteurs, c’est vivre la vie biologique ; honorer ceux qui nous ont élevés, c’est recueillir et valoriser le meilleur de ce qu’ils nous ont transmis comme éducation (purifié du pire, cela va de soi) ; honorer un bon professeur de maths, c’est se laisser devenir, si ce n’est bon en maths, au moins enthousiasmé dans le fait de progresser en maths…

Respecter ses parents ?

Pour ce qui est de respecter ses parents, c’est relativement facile. Car il est bon de respecter toute personne, même si tout ce que fait et est cette personne n’est pas respectable, bien entendu. « Respecter » ne signifie pas tout accepter, et encore moins accepter de se laisser, par exemple, harceler au téléphone, harceler par des demandes, des méchancetés… car alors, sous couvert de « respecter », on laisse faire le mal et on laisse le mal travailler à l’intérieur de la personne. Malheureusement, je vis cela toutes les semaines ou presque sur ce blog : même si je respecte la personne qui se comporte comme un troll, pourrissant le débat de ses commentaires menaçants et haineux, on ne peut la laisser déverser cette méchanceté.

Prendre soin de ses parents ?

Pour ce qui est de « prendre soin de », c’est une question plus délicate. Si nous étions Dieu, nous « prendrions soin » de nos sept milliards de prochains. Mais voilà, nous ne sommes pas Dieu. Nous avons quelques personnes qui nous sont confiées pour que nous prenions soin, un peu ou beaucoup, d’elles. Vous avez raison, nous-mêmes sommes certainement la première personne dont nous devons prendre soin. Car sans cela, nous ne pouvons ensuite prendre soin d’absolument personne ! Mais pour le reste, c’est une question de discernement, c’est une question de trouver la personne pour qui nous sommes particulièrement bien placés pour l’aider, ou de trouver la personne dont personne ne s’occupe et donc, même si rien ne nous préparait à l’aider, nous sommes la ressource indispensable.

Qui est mon prochain ?

Il est effectivement très probable que nos enfants, nos parents et nos frères et sœurs soient parmi les personnes que nous connaissons le mieux et avec qui nous avons déjà des liens profonds, et donc qu’en priorité ces personnes de la famille seront parmi celles qui nous sont confiées. Mais pas nécessairement. En particulier si la relation avec ces personnes a été ou est souffrante. Cela peut donc être exactement l’inverse : il arrive parfois, et même pas si rarement, que le fils, la fille, le frère, le père ou la mère ne soient pas les mieux placés pour « prendre soin de » la personne. Parfois, c’est même la personne la moins bien placée au monde, car la relation est si dysfonctionnelle que l’un ou l’autre, ou plus souvent les deux, régressent dès qu’il y a une relation. À ce moment-là, il peut rester le respect, et faire ce qu’il faut de loin, ou s’abstenir tant que d’autres prennent soin.

Bref, je suis totalement d’accord avec vous là-dessus, sur la nuance à apporter à une lecture brutale et littérale de ce commandement. Mais comme toujours, la Bible n’est pas à prendre comme un catalogue de réponses toutes faites : la Bible est un merveilleux réservoir d’excellentes questions à se poser. D’abord dans l’observation des circonstances concrètes de notre vie, nous pouvons avancer en nous posant de bonnes questions grâce à la Bible, en y mettant toute notre intelligence, notre cœur. Nous le faisons dans la prière, pour laisser le souffle de l’Esprit nous éclairer. Alors, nous essayerons de prendre le meilleur chemin possible, ou le moins mauvais, parfois.

Dieu vous bénit et vous accompagne

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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En écho à ce texte :

6 Commentaires

  1. Orianne dit :

    Merci pasteur. C’est précieux. Merci pour cette méditation profonde et riche du mot « honorer ». J’ai eu une mère absente et maltraitante (physiquement et psychologiquement), et même si la violence visible a disparu, elle reste présente en mode « passif agressif » ou un peu dans la manipulation et le chantage affectif. Alors votre article m’aide énormément.

    Je n’ai plus de colère, j’ai pardonné et continue encore et encore et ai fais mon deuil en quelque sorte, mais étant sortie de ces fonctionnements toxiques, je n’ai plus envie d’y rentrer dedans. J’y ai laissé trop de plumes.

    Gloire à Dieu malgré tout, qui me montre Sa présence dans nos vies.

    Bénédictions cher frère en Christ.

  2. Madi dit :

    Bonjour et soyez tous bénis au nom de Jésus-Christ
    Moi j’ai juste besoin d’aide, je dois honorer mon père qui est d’ailleurs mon exemple,mon héros
    Mais depuis tout petit j’ai l’impression qu’il me traite plus sévèrement que mes frères et ça m’a littéralement détruit au fil des années, comme si je n’avais pas droit à l’erreur
    J’ai 22 ans aujourd’hui j’ai essayé d’être un bon enfant, j’ai fait tout mon possible mais sans succès
    Je suis à bout de force que Dieu m’aide vraiment
    Soyez bénis

    1. Marc Pernot dit :

      Ah pauvre !
      Les relations parents – enfant ne sont pas faciles.
      On est souvent déçu par l’autre, se faisant une image de ce que devrait être l’autre selon nous-même.
      Aimer, c’est aimer l’autre comme il est, imparfait par rapport à nos attente.
      Ce n’est pas la peine d’essayer d’être parfait non plus par rapport à SES attentes. Soyez simplement vous-même. Et si votre père vous aime, il vous aimera comme cela. Sinon, tant pis. Vivez votre vie. Soyez heureux.
      Dieu vous donne la paix.

  3. Sylvain dit :

    Selon moi tu honoreras ton père et ta mère dans le cas que c’est possible car dans les cas extrêmes seraient de leurs pardonnerez

    Je ne croit pas qu un enfant qui a eu les pires sévices doit honérer mais plutôt pardonner

    Donc là je serais d’accord avec ce commandement

  4. SALMON dit :

    Bonjour , je vis une situation similaire, ma mère est aller jusqu’à m’interdire de respirer lorsque j’en avais besoin, et n’a rien fait pour me protéger, j’ai longtemps rêvé que j’étais enterré vivant, ceci m’a ammené à soustraire des objets du foyer et à nier le faire ( j’ai présenté mes excuses pour cela)ma vie fut un calvaire durant de longue année et je suis allé d’échec en échec, cela continue encore aujourd’hui malgré la distance que j’ai prise avec elle, le droit de mon pays me permets de porter plainte contre elle pour tout cela , mais que faire à la lumière de ce commandement, je reconnais ce que cette femme à fait de bien, mais je sais le mal qu’elle à fait est ce mal de lui faire un procès ?

    1. Marc Pernot dit :

      Bon courage, bravo pour ce cheminement courageux que vous vivez. Je vous souhaite de cicatriser pleinement des traumatismes que vous avez subis, et de vous épanouir.

      J’encourage vivement les personnes subissant ou ayant subi des violences à les dénoncer, afin que la victime soit reconnue et dite officiellement comme victime. Car bien souvent, comme vous le dites, le tortionnaire se débrouille pour que sa victime se sente coupable, et responsable de ce qu’on lui a fait subir.

      Cela dit, c’est vrai que c’est un parfois un parcours difficile émotionnellement. Et tout le monde n’a pas la force d’aller face à un procès, puis l’appel, le renvoi, la cassation, les attaques, les soupçons développés par la défense. C’est encore plus dur quand la personne qui a fait du mal est une personne qui, comme vous le dites, a aussi fait du bien pour nous. Cela tord le cœur.

      Donc je ne pense pas que ce soit mal de porter plainte contre une personne qui vous a fait subir des violences, même si c’est un père ou une mère, ou un des proches, des notables. Et si cela fait de l’agitation dans la famille, ce n’est pas la victime qui en est responsable en dénonçant les violences, mais la personne qui les a commises, ainsi que les personnes qui ont fermé les yeux pour ne pas voir.

      Cela dit, si vous n’en aviez pas la force, il me semble utile d’aller voir un ou une psychiatre pour qu’il puisse vous entendre et vous aider à ce que ce traumatisme n’envahisse pas votre vie présente, qu’il soit vivable, ne vous empêchant pas d’avancer en ayant assez de paix en vous-même.

      Dieu, lui, connaît toute chose et sait quelle calvaire vous avez subi, il vous accompagne et vous bénit.

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