26 août 2026

Un enfant, lisant la Bible, assis sur des marches dans la rue - photo par Marc Pernot
Question

Transmettre la foi aux jeunes sans repères : revoir son approche du catéchisme

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Transmettre la foi à des enfants ou des adolescents dépourvus de culture chrétienne demande de renouveler les méthodes d’animation. En partant des sujets du quotidien et de questions éthiques plutôt que de dogmes, le catéchisme devient un espace d’échange vivant où la foi s’expérimente comme une ressource concrète pour vivre.


Question d’une catéchète : comment parler à des jeunes sans culture religieuse ?

Bonjour, Je suis assez investie dans la vie paroissiale, notamment le catéchisme. Je réfléchis à la transmission du message d’amour de Dieu et voilà ma question : comment parler, dans le cadre du catéchisme, à des enfants et des jeunes qui n’ont plus les références de base ?

En effet, à l’heure actuelle, même si les parents ne participent pas à la vie paroissiale, ils envoient leurs enfants au catéchisme par « héritage », je dirais. Il n’y a plus de langage commun, alors que faire ?

Merci sincèrement pour votre éclairage qui devrait nourrir mon interrogation. Que Dieu vous bénisse !

Réponse du pasteur Marc Pernot

D’abord, toutes mes félicitations pour ce service qui est parmi un des plus difficiles dans l’Église, car c’est pratiquement le seul poste où l’on s’adresse à un public qui n’est pas tellement enthousiasmé à la base. Alors que le culte du dimanche, l’étude biblique, les cérémonies diverses s’adressent a priori à des personnes qui sont déjà convaincues de l’intérêt de la chose.

Le fait que les jeunes n’aient pas trop de connaissances de base n’est pas nécessairement un handicap, car c’est beaucoup plus difficile de batailler avec des certitudes toutes faites que d’explorer avec eux une terre inconnue.

Passer du mode « enseignement » au mode « évangélisation »

Cela veut simplement dire que l’on est appelé, si je puis dire, en mode « évangélisation ». Au culte, on part de la Bible pour aller vers une question de notre vie parce que l’on s’adresse à des personnes qui sont déjà convaincues que la Bible apporte quelque chose d’intéressant pour notre foi et notre vie. Pour l’évangélisation, on part de sujets de la vie et on regarde ensuite ce qui peut nous aider, dont la Bible. Comme vous dites, avec les jeunes inscrits au catéchisme : nous avons donc là des personnes qui ne sont a priori pas convaincues que la Bible a un intérêt quelconque, et Dieu non plus, d’ailleurs.

Par conséquent, ce n’est pas tellement de la Bible et des doctrines de Calvin sur le salut que nous pouvons partir, à mon avis, mais de questions qui pourraient avoir un intérêt direct pour eux. Par exemple, des sujets d’éthique, des sujets de société, des questions philosophiques, des questions de développement personnel, des questions de relations. Cela ne doit surtout pas être abordé de façon moraliste ou dogmatique, c’est totalement disqualifiant pour des personnes extérieures à l’Église, mais plutôt réfléchir d’une manière argumentée, raisonnable et crédible : en pesant le pour et le contre, en examinant des exemples de la vie de tous les jours, en essayant de les intéresser aux enjeux de la question soulevée, à ce que cela peut avoir comme conséquences à court ou moyen terme… Et c’est dans le chemin de la réflexion que l’on pourra examiner ce que proposent la Bible, le Christ, différents théologiens et religions en rapport avec cette question.

Privilégier la réflexion nuancée et la liberté de conscience

Dans ce cheminement :

  • Il est mieux d’éviter absolument les « il faut », « on doit », de les laisser avoir leur propre conclusion sur ce qu’il serait bon de faire ou d’éviter, comment se préparer, s’équiper pour avancer au mieux.
  • Il est bon de s’exercer à travailler sur des degrés de vérité, sur les nuances, afin de sortir des jugements à l’emporte-pièce du genre « ça c’est nul », « ça c’est génial ». Les ouvrir et les habituer à des réflexions plus nuancées et argumentées : « Ça, c’est plutôt favorable parce que… », « Ça, ce serait plutôt à éviter parce que… », envisager les exceptions, les cas limites. Les exercer à distinguer les différents niveaux de la réalité humaine : cela peut présenter des avantages sur un certain plan mais présente des risques ou des inconvénients sur d’autres plans, chercher alors comment discerner notre chemin, un chemin dont nous pourrions être heureux et fiers, le cas échéant.

De la philosophie pratique à la découverte de la grâce

Il s’agit donc en première approche d’un travail d’éducation à la vie, de réflexion sur la vie courante, de philosophie pratique. C’est là qu’on a un langage commun, des préoccupations communes, universelles. Mais bien sûr : ne jamais manquer d’avoir avec eux une deuxième partie qui consiste à chercher en quoi la foi peut apporter quelque chose de décisif, par exemple pour prendre de la force, pour mieux se connaître soi-même à travers la prière, pour reprendre souffle, et bien sûr pour bénéficier de l’aide de Dieu dans notre vie. Ils savent déjà que la vie n’est pas si facile, ils le vivent, le témoignage que cela aide d’avoir l’aide de Dieu pour avancer et pour recevoir de l’aide quand on a été blessé par la vie.

Montrer que le fait d’être au bénéfice de la grâce de Dieu, de son pardon, de ses soins constants pour nous est un réel atout dans la vie d’un homme ou d’une femme. Que c’est très précieux, car nous vivons notre vie, sans brouillons, sans reprise, directement au propre, que la vie n’est pas un exercice abstrait comme une épreuve d’examen, la vie, notre vie est un chemin, un voyage plein de bifurcations et de surprises. Ces séances sur des sujets divers peuvent travailler cela. Des témoins peuvent apporter aussi des paroles qui les touchent sur cette question : que m’a apporté la foi dans ma vie ? Qu’est-ce qui a été important dans ma vie ? Les encourager à interviewer leurs grands-parents sur ces questions.

D’expérience, le fait de se poser des questions ainsi, de les aider à chercher eux-mêmes leurs priorités dans la vie, quels exercices et ressourcement ils peuvent se donner pour ce « travail » : c’est déjà excellent et en l’expérimentant ils en voient l’intérêt. C’est alors que la foi, la prière à Dieu, l’Évangile du Christ, le fait de se rencontrer pour discuter… sont absolument extraordinaires. Quelle autre occasion ces jeunes ont-ils pour réfléchir sur la vie, travailler leur intériorité ?

Aborder les doutes et la question de l’existence de Dieu

Bien entendu, avec des jeunes de cette tranche d’âge, la question de l’existence de Dieu est un obstacle premier, car ils n’ont en général aucune raison de penser que Dieu existe dans un monde. Dieu est souvent totalement absent de leur vie de famille pendant des semaines et des années… Or, la première idée qu’ils ont de tout ça est que si Dieu n’existe pas, le catéchisme, la foi, l’Église, la religion : tout ça est nul et ne sert à rien. Il faut donc assez rapidement faire face à cet obstacle, montrer que cette question finalement n’est pas déterminante. Par exemple avec ce type d’argument : peut-on considérer Dieu comme un concept que l’on aurait personnifié ?

Pratiques concrètes : la Bible et la convivialité

Ensuite, pour ce qui est de la Bible, je pense qu’il est favorable de leur donner une Bible, une vraie Bible d’adultes sérieuse comme la Traduction œcuménique de la Bible (pas la « traduction » en français courant ou autre Segond 21). Leur acheter aussi un crayon de couleur jaune et chaque fois que l’on croise un verset dans ces travaux, surligner le verset clé. Pour deux raisons : parce que cela aide à le mémoriser et que cette mémoire sera un trésor pour faire face à la vie (comme Jésus dans le désert), mais aussi parce que cet objet Bible, dédicacé par leur catéchète bien-aimée, avec ses 200 versets surlignés quand ils avaient 15 ans, restera pour eux comme un objet précieux qu’ils retrouveront à 30 ans.

Au niveau pratique :

  • Il est bon que la partie conviviale de la rencontre soit présente : accompagner ces travaux très sérieux (et pas trop longs, max. 50 minutes) d’un goûter, d’un vrai dîner cuisiné avec amour (pas une pizza ou des pâtes bolo), mais qu’ils se sentent vraiment honorés (c’est une prédication en acte sur la grâce).
  • Ne pas les forcer à venir à des choses qui ne les intéressent pas et qui seraient en plus de ces précieuses séances : si le culte ne leur dit rien, si les retraites dans un monastère ne leur plaisent pas : ne pas les forcer, ce serait à mon avis souvent contre-productif.
  • C’est à mon avis quasi indispensable d’être deux pour animer un groupe de catéchumènes, car alors les nuances de personnalités, de vies, de sensibilités théologiques et spirituelles leur ouvrent pour le jeune un espace d’appropriation personnelle. La question n’est alors plus : je suis pour ou contre l’Évangile, j’ai la foi / je ne l’ai pas, mais est-ce que cela vaut la peine de creuser la question, peut-être qu’à ma façon je peux prendre du temps pour réfléchir et prier ?

Dieu vous bénisse et vous accompagne dans ce ministère.

pasteur Marc Pernot

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En écho à ce texte :

13 Commentaires

  1. Norbert dit :

    Bonjour Cher Marc,

    Question fondamentale car engageant l’avenir des paroisses, d’une part, et surtout, c’est l’essentiel, l’avenir des jeunes.
    À cette question, vous avez répondu avec – comme toujours – des arguments soigneusement choisis, remarquablement exposés, confirmant la qualité hors pair de votre pédagogie.
    Je n’en dirais pas plus car Lili a brillamment salué la qualité de votre réponse.
    Une fois encore, bravo et merci, Cher Marc, pour votre volonté de disponibilité, pour cette intelligence qui vous anime et nous permet de mieux intérioriser ce qui est de nature à édifier une vie.
    Cette réponse est féconde à la fois pour les personnes qui acceptent de s’engager au service de la transmission de la foi, pour les jeunes et… Et pour chacun de nous.
    Bien à vous.
    Norbert

    1. Marc Pernot dit :

      Cher Norbert,
      Ce commentaire, ses mots, et le fait que vous ayez pris la peine de l’écrire, sont pour moi un formidable encouragement. Le commentaire de Lili a aussi été précieux car étant professeure de philosophie, elle plus que très compétente dans le domaine !
      Bravo à vous pour vos engagements dans et hors de l’église.
      Dieu vous bénit et vous accompagne.

  2. Morgane dit :

    Bonsoir,
    Je n’ai pas d’expérience avec les ados mais une pasteur m’avait parlé des ateliers « T’es où? » qui me semblent vraiment adaptés à un public ado et éloigné de la Bible. De ce que j’ai pu comprendre, il faut que l’animateur soit assez bien armé niveau biblique. La méthode s’appuie sur les questions des jeunes et le texte biblique émerge en cours de séance pour venir nourrir le questionnement : https://enfance-jeunesse.epudf.org/actualites/formation/les-ateliers-tes-ou/
    Cela paraît logique de former les catéchètes à la réflexion théologique mais c’est trop oublié à mon avis.

  3. Gérard dit :

    J’ avais lu un article de Pasteur qui disait que pour évangéliser il vaut mieux prioriser l’ état d être, s’ occuper de notre comportement, c’est à dire écoute de l’ autre, sourire, service de l’ autre, attention, plutôt que beaucoup de blabla, de leçons de morale interminables. Les adultes apportent en général beaucoup d’ attention à qui nous sommes , et je pense que les jeunes largement aussi.
    Un bon Evangile doit nous apporter force et soutien intérieur. Lors de week-end par exemple pour la confirmation des jeunes, quelques adultes étaient venus pour témoigner de leur foi et raconter des expériences vecues du soutien de Dieu. A ces moments là il y a beaucoup plus d’ écoute.
    Les jeunes de 14/17 ans qui ont tendance du fait de leur âge à plutôt se rebeller envers les parents, sont moins disposés à entendre des  » il faut, il n’ y à qu à  »
    Dans les églises par exemple lorsque dans l homélie le prêtre donne une anecdote vécue en lien avec le thème de l’ Evangile, j’ ai remarqué que c’est bien apprécié.

    1. Marc Pernot dit :

      Merci Gérard,
      Pas de moralisme : oh que oui. Pas de dogmatisme non plus. Des actes : oui, de la cohérence. Mais le seuls actes ne suffisent pas. Comme vos témoins : il faut pouvoir dire Dieu de façon crédible et inspirante. S’il y a les actes seuls, l’écoute et les sourires : dans un sens c’est l’humain qui est mis en avant. Mais s’il y a les actes et la Parole, cela rend gloire à Dieu, et en plus cela rend service à l’autre.

      1. Gérard dit :

        Je suis bien d’accord avec vous, Pasteur Marc.
        Tout ce que nous pouvons faire en actes et en parlant , que ce soit fait avec le coeur. C’est ainsi que l’ on rend grâce à Dieu, même dans les petites tâches. C’est ce que je viens de lire ce matin dans la pensée du jour du site Top Chrétien.

  4. Marie dit :

    Je suis franciscaine laïque, et la seule promesse que nous faisons aujourd’hui au moment de notre engagement, c’est d’aller « de la vie à l’Evangile, et de l’Evangile à la vie »..

  5. Pierre dit :

    Je pense qu’ils sont assez grands pour qu’on leur parle des évangiles.

    1. Marc Pernot dit :

      Oui, certainement. Mais la question discutée ici est celle de l’approche : est-ce que l’on part de l’Evangile pour y chercher ce qui concerne notre vie, ou est-ce que l’on part de la vie pour arriver à l’Evangile.

  6. Lili dit :

    Quelle formation ! Cela donne envie de s’inscrire que l’on soit croyant ou pas tant l’ouverture d’esprit est présente et surtout la compréhension de l’adhésion personnelle comme réellement une adhésion en personne. On ne fera rien rentrer dans le crâne de quiconque à coup de pioche mais cette méthode transmettra assez facilement la peur ou l’indifférence, deux formes de la tétanie de la pensée. Je n’ai suivi – il y a très très longtemps – qu’une seule leçon de catéchisme. Je ne me souviens pas exactement de ce qui s’y est passé mais le curé m’avait, paraît-il, rendue à ma grand-mère en lui disant : « garde ta petite fille, elle pose trop de questions ». Je suppose que j’avais heurté de front son discours provoquant des remaniements théologiques successifs qui avaient dû épuiser le pauvre curé.

    Les questions existentielles happent rapidement les enfants : ce sont des questions qui tiennent en quelques mots très simples. Les adultes les renvoient parfois d’un revers de main car elles les effraient. Cela m’a toujours frappée ce décalage énorme entre la facilité de la question et l’abysse qui s’ouvre. C’est ce que je retrouve aussi dans les questions que pose Jésus, même si j’ai mis beaucoup de temps à m’en apercevoir : « Que dis-tu que je suis ? », «veux-tu être guéri ?», « crois-tu cela ?». On est happé par ces questions qui fonctionnent comme de véritables aspirateurs métaphysiques et surtout – il me semble – s’adressent à l’autonomie de la raison et peut-être favoriseront la reconnaissance d’une foi. Ce n’est peut-être pas garanti mais possible.

    Alors merci pour ce magnifique effort pédagogique réalisé envers ces jeunes et que vous déployez aussi à travers ce site. Merci de laisser la voie libre à toutes ces questions, de les prendre au sérieux sans les balayer et ce faisant d’ouvrir des chemins qu’on n’aurait pas forcément empruntés.

    1. Marc Pernot dit :

      Merci, Lili !
      J’ai adoré le « garde ta petite fille, elle pose trop de questions » : quel magnifique compliment, mais quelle pitié pour le groupe de catéchisme. Une enfant qui pose des questions est une véritable chance pour le groupe et pour le catéchète, une bénédiction, dirais-je.

  7. Pascale dit :

    Mon commentaire ne concerne pas le contenu de cet article, mais comme l’article risque d’être lu en particulier par des personnes qui se dévouent auprès des enfants dans une paroisse, j’en profite ici pour les remercier de leur engagement. Cela peut paraître bizarre, mais personnellement, en tant que parent je n’ai pas trouvé particulièrement facile de parler de Dieu à mes enfants. Et j’étais reconnaissante d’avoir un relais en les inscrivant au catéchisme. Donc merci à toutes ces personnes.

    1. Marc Pernot dit :

      Très très très sympa, merci Pascale !
      Et merci aux catéchètes et pasteurs qui font cela avec passion. Mais avec un grand enrichissement spirituel et humain pour eux aussi, en réalité.

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