
La femme samaritaine au puits : Jésus l’a-t-il vraiment condamnée pour sa vie ?
Que révèle vraiment la rencontre de Jésus avec la femme samaritaine au puits ? Loin d’une condamnation morale, ce texte biblique dévoile une alliance spirituelle offerte sans condition, et fait de cette femme la première apôtre du Christ.
Question posée :
Bonsoir,
Navré de vous déranger.
Je me pose de nombreuses questions après une prêche dimanche dernier sur la femme qui rencontre Jésus au puits, à midi sous le soleil brûlant. Le prêtre a interprété le passage comme une condamnation de la vie de cette femme (qui avait des hommes hors mariage). Il finira même en disant : « il ne faut pas s’étonner d’être mis en marge quand on a une mauvaise vie ».
Beaucoup de choses m’ont assailli avec cette déclaration. D’abord, ma mère a été une « femme du puits », je suis donc un enfant né hors mariage, car elle m’a eu avec mon père bien après son divorce (😱👹), ensuite j’ai trouvé cette conclusion tordue et odieuse dans la bouche d’un prêtre qui prône pourtant l’amour… mais quel est cet amour, et pour qui ? Apparemment seulement pour ceux qui choisissent la vie dictée par des mœurs datant de 3000 ans, celles d’un peuple nomade et misogyne ? Cela m’a pas mal bousculé dans ma foi, je dois l’avouer, et ça m’a beaucoup déçu d’entendre ce genre de propos dans l’Église catholique de Vatican II, au XXIe siècle.
C’est éthiquement inconcevable de justifier le harcèlement ou une mise à l’écart sociale d’une personne pour un comportement qui ne touche qu’elle – et ses éventuels compagnons. Je ne vois pas quel Dieu serait assez idiot pour souhaiter cela.
Et Jésus dans tout ça ? Qu’a-t-il vraiment dit ?
Merci de m’avoir lu,
Cordialement
G.
Réponse d’un pasteur :
Cher Monsieur,
J’ai déjà entendu ce genre d’interprétation sur le fait que cette femme aurait eu 5 maris, etc.
Il ne me semble pas que cette interprétation soit exacte. Mais même si l’on retenait cette interprétation, l’attitude de Jésus est tout l’inverse d’une condamnation : il lui parle, il lui promet une vie débordante de bénédictions, et il fait d’elle carrément une apôtre : elle part et va chercher tout son village, les amenant vers Jésus, et le reconnaissant comme Christ. S’il y a une condamnation de cette femme pour sa vie, elle serait le fait de la population, mais rien, absolument rien dans le texte ne dit qu’elle était mal vue des gens. Si cela avait été le cas, l’auraient-ils suivie quand elle leur demande de se déplacer en plein midi pour aller voir un étranger de passage et assez bizarre ?
Une lecture spirituelle du récit
Mais cette interprétation sur les 5 maris me semble peu intéressante. Ce récit est plein de lourdes allusions spirituelles assez évidentes dans la culture biblique :
- Cette histoire de puits, d’homme demandant à boire à une femme qui arrive, est un grand classique des récits bibliques : Genèse 24, Genèse 29, Exode 2 – il y est question qu’un homme épouse la femme du puits. Le Christ se présente comme l’époux, ce qui n’est pas rare. Il s’agit d’une alliance spirituelle, évidemment, une alliance avec Dieu basée entièrement sur la grâce, et sur le don de l’Esprit venant en chaque personne, faisant d’elle une prophète ou une prophétesse. Plus besoin alors d’aller puiser dans la révélation ancienne (le puits de la Torah), l’Esprit révélant à chaque personne ce que Dieu désire lui dire. Cette promesse de faire de chaque personne un prophète ou une prophétesse est à la base de la nouvelle alliance (Jérémie 31).
- La femme a eu 5 maris ? Dans la culture samaritaine de l’époque, cela semble invraisemblable au sens matériel. Par contre, si l’on poursuit dans le sens spirituel : le chiffre 5 évoque évidemment la Torah, l’alliance avec Moïse au Sinaï. En effet, la Bible des Samaritains ne comprenait que les 5 livres de la Torah. Son 6e mari, qui n’est pas un mari, évoque la vie dans sa dimension brute, comme au 6e jour de la création. Jésus serait donc le 7e époux, celui de la bénédiction donnée à l’aube du 7e jour dans le récit de la création, celui de la vocation qui nous est donnée, celui du temps sanctifié et du parachèvement de l’œuvre de Dieu.
- Ce n’est rien de moins que cela qui est offert à cette femme : l’alliance nouvelle et éternelle de la communion de la personne humaine avec Dieu.
Une dignité pleinement restaurée
Que vous soyez un enfant né dans telle ou telle condition ne diminue en aucune façon votre dignité d’enfant de Dieu ! Bien entendu, car Dieu est fidèle, et il accompagne avec amour chacun de ses enfants.
Jésus est en tout cas loin d’être misogyne, au contraire : cette femme est de loin la plus avancée de tous les apôtres et disciples réunis.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot
Réponse du visiteur :
Bonsoir,
Passionnant, merci de cette explication, ça m’aide beaucoup et me fait du bien.
Chaleureusement,
Ps : pour l’anecdote, le point sur lequel reposait la prêche disant que la femme du puits était mal vue, était le fait qu’elle puise de l’eau en plein midi. Le prêtre disait que ce n’était pas du tout « normal » à cette époque et que cela était confirmé par le sous-entendu de Jésus : « tu as eu 5 compagnons ».
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir,
par : pasteur Marc Pernot
Le symbole des heures dans le récit
Ps : Cette histoire d’heure me semble aussi être manifestement un symbole dans ce chapitre. Car :
- au début : il est précisé qu’il est « comme la 6e heure » (4:6),
- au milieu du texte : nous avons un changement d’heure annoncé solennellement et avec insistance par Jésus (4:21 et 4:23),
- plus loin : l’attention est portée avec insistance sur la 7e heure, et pas une autre heure (4:52-53).
Les limites de l’explication par la vraisemblance historique
Si l’on veut chercher du côté de la vraisemblance historique : imaginer que la femme serait allée chercher de l’eau à la 6e heure par honte des gens est possible, mais c’est du roman, et il peut y avoir mille autres raisons, par exemple qu’elle s’est simplement rendu compte, pendant que mijotait son repas de midi, qu’elle manquait d’eau pour faire la vaisselle après le repas. Encore une fois, la suite du récit ne montre absolument pas qu’elle était mal vue de la population, au contraire.
En écho à ce texte :
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Une Samaritaine et une chevrière géniales (Évangile selon Jean 4:1-42)
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Pourquoi est-ce que Jésus fait la conversation ? (Évangile selon Jean 4:5-30)
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Le choix de Dieu a été d’envoyer son fils Jésus sur Terre pour rester célibataire ?
