Prédication

Le consolateur et l’autre consolateur (Marc 10:32-34 ; Jean 14:1-17 )

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Face aux incertitudes et à la fluidité du monde, la peur est un sentiment humain naturel. Les évangiles décrivent un Jésus en mouvement, qui marche devant ses disciples et leur promet un autre consolateur. Ce texte explore comment la théologie de la grâce prévenante et la présence de l’Esprit offrent des ressources concrètes pour surmonter nos paralysies et trouver la force d’avancer.

Texte, vidéo et poscasts audio de la prédication. Ceci est un témoignage personnel. N’hésitez pas à donnez votre propre avis ci-dessous.


Vidéo :

 

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(Voir le texte biblique ci-dessous)

prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève le dimanche 27 septembre 2026,
par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Transcription de la Vidéo :

Jésus en mouvement : une force qui nous surprend

« Jésus allait devant eux »

Le Christ est comme cela : en mouvement, il nous échappe en partie, il nous surprend. C’est juste de le voir ainsi, de ne pas l’enfermer dans un dogme. Grâce à la méditation de ces récits, réfléchissant sur ses paroles parfois étranges et provocantes, laissons-nous encore interroger. Il nous met en mouvement, lui qui est chemin et vie.

Encore une fois, ce récit nous montre Jésus en mouvement. « Jésus allait devant eux, les disciples étaient bouleversés et avaient peur. »

Ce récit, comme toujours dans la Bible, est écrit pour nous, lecteurs de l’Évangile, à nous de nous projeter dans ce récit. Ce passage en particulier nous interroge sur notre rapport au Christ, qu’est-ce qu’il peut nous apporter en marchant ainsi devant ? Qu’est-ce qu’il nous apporte en réalité, très concrètement, qui nous aiderait à vivre, à nous libérer de nos léthargies et de nos paralysies ? La vie est mouvement.

La vulnérabilité humaine face à l’évolution du monde

Les disciples sont étonnés, déboussolés et effrayés. Cela peut nous parler quand nous suivons un petit peu l’actualité. L’état du monde et la vitesse de son évolution ont de quoi nous surprendre et nous effrayer. Mais même sans ces sujets d’inquiétude extérieurs, dès lors que nous sommes lucides, le fait même d’être vivant est pour l’humain un sujet déstabilisant et effrayant.

Nous évoluons sans cesse, c’est le propre de l’humain : que nous le voulions ou non, nous évoluons. Si nous ne choisissons pas notre orientation, elle sera déterminée par d’autres ou par le hasard. Quand nous faisons le point, nous nous souvenons de ce que nous étions hier, nous voyons que nous avons changé. Il y a de quoi être étonné, et peut-être parfois déboussolé par le fait que notre existence est fluide. À cela s’ajoute le fait que nous sommes vulnérables.

Cet étonnement et cette crainte des disciples ne sont pas seulement conjoncturels, ils sont le propre de l’existence humaine. C’est à la fois une croix et une grande joie, une richesse. Le Christ marche devant : il nous montre un homme libre qui a choisi où il va et qui a la force d’avancer.

Les disciples étaient troublés et effrayés du dehors, troublés et effrayés du dedans. « Jésus allait devant eux » et grâce à lui, eux aussi avancent. Cela ne fait pas disparaître ni l’étonnement ni la crainte, mais ils peuvent avancer à travers ces forces paralysantes. L’abattement et la mort peuvent être vaincus, ils seront vaincus, leur explique Jésus.

Le tout est de savoir comment ?

La promesse d’un autre consolateur

Jésus leur apporte quelque chose de plus puissant que le trouble et la peur, que la peine, les injures et les trahisons. Cela devrait être le bénéfice que nous apporte la foi en Christ.

Le secret : au lieu de ne voir que nos problèmes, nous concentrer sur le Christ qui marche devant.

Oui, mais les disciples avaient Jésus avec eux. Le véritable Jésus historique avec sa tunique et ses sandales, son sacré caractère et son charisme impressionnant. Deux mille ans après, nous reste-t-il quelque chose de cela ? Oui.

Concrètement : c’est ce qu’explique Jésus dans son testament spirituel laissé à ses disciples, juste avant d’être arrêté puis exécuté (Jean 14-17). Il nous prépare à son absence.

Il ne nous laissera pas seuls, nous dit-il, nous aurons un autre consolateur, un autre défenseur, le paraclet (en grec dans le texte), l’Esprit de Dieu directement en nous, faisant de nous une prophétesse ou un prophète puissant.

Nous pouvons donc, deux mille ans après, vivre d’une certaine façon ce « Jésus allait devant eux. » qui nous donne la force d’avancer même quand nous sommes déboussolés et effrayés.

Une dynamique de vie intérieure et collective

C’est donc l’Esprit, nous dit Jésus qui va maintenant nous donner d’avancer. C’est par le spirituel, c’est en s’ouvrant à ce plus grand que nous qui est pourtant en nous. C’est très concret. Cette vie, cette résilience, cette source de consolation existe en nous, à nous de la mettre en œuvre délibérément, en nous concentrant régulièrement sur elle. Car nous avons reçu cet Esprit, comme le dit la Genèse, Jésus attire notre attention sur le fait d’en recevoir plus encore. Comment ?

« 15 Si vous m’aimez, vous garderez mes paroles, nous dit Jésus. 16 Moi, je demanderai au Père de vous donner un autre défenseur pour qu’il soit avec vous pour toujours » ; se concentrer sur cette méditation des paroles et de la vie du Christ creuse en nous le désir de recevoir sa force et son souffle. Laisser Dieu s’occuper du reste, il nous aidera et il nous donnera, nous dit Jésus, plus encore de ce moteur d’évolution et de mouvement qu’est « cet autre paraclet ».

Cet Esprit de vérité, ou de fidélité, a un 2ᵉ effet, nous dit Paul, il nous assemble en un corps, en théologie on parle du « corps mystique du Christ » car l’Esprit nous aide à nous soucier des autres membres. C’est là aussi très concret. On critique parfois l’humanité violente, c’est bien de nous en inquiéter, mais franchement : il y a énormément de bons gestes inspirés par l’Esprit. Cela est aussi un sujet d’étonnement, de bon étonnement, d’émerveillement, de louange.

Par ces deux moyens, l’Esprit en nous, et l’Esprit suscitant des liens positifs entre nous : c’est comme si Jésus était là, avec nous, avec sa puissance et même, nous dit Jésus, une plus grande puissance encore que la sienne (Jean 14:12).

C’est ainsi que nous pouvons vivre comme ces disciples une mise en mouvement positive, déterminée et féconde sans être bloqués ni par l’étonnement ni par la crainte.

La lucidité face à l’angoisse et la solitude

Ce que nous apprend aussi ce récit, et c’est là que l’étude du Christ nous libère, c’est qu’il n’a pas un mot pour critiquer l’affolement et la crainte des disciples. Nos difficultés sont de vraies difficultés, Dieu le sait.

D’ailleurs, dans de très anciennes versions latines de cet épisode, Jésus lui-même est étonné et effrayé, c’est ce que l’on retrouve un peu plus loin dans l’Évangile quand Jésus va être arrêté (Marc 14:33). Contrairement à l’imagerie pieuse d’un Jésus flottant comme un ange au-dessus des événements et des foules apeurées : Jésus connaît l’angoisse, le trouble et la peur. Ce n’est pas une faiblesse, c’est une lucidité et cela nous autorise à ouvrir les yeux sur nos troubles. Ça vaut mieux.

On remarque aussi que Jésus marche seul, en avant, allant vers des moments qu’il devine difficiles. Pourquoi nous décrire ainsi Jésus marchant seul ? C’est une réalité profonde, pour Jésus comme pour nous : même bien accompagnés, nous sommes seuls dans notre peau, seuls dans notre vocation d’humain. Ou plus précisément, il n’y a que l’Esprit pour être en nous dans notre peau, c’est une aide irremplaçable. Et il nous permet de nous tourner vers les autres, comme Jésus le fait alors. Il nous a précédés dans cette solitude, et il nous a montré comment la vivre.

Les deux visages de la grâce prévenante

Le Christ marche devant nous par son expérience de Dieu qu’il nous communique. « Je vous précède et je vais vous préparer une place, ne craignez pas, il y a de multiples demeures dans la maison de mon Père ».

La théologie parle de « grâce prévenante ». L’amour de Dieu nous a précédés, il a précédé notre foi, notre courage, nos actes de bonté. Christ nous assure que notre place est déjà prête auprès de Dieu.

1. La grâce prévenante justifiante

La théologie parle pour cela de grâce prévenante justifiante : nous sommes déjà comptés pour justes, dignes de l’amour de Dieu, rien à craindre de ce côté-là. Cela chasse une crainte : celle de perdre l’amour de notre Dieu, celle de n’avoir pas de place.

2. La grâce prévenante sanctifiante

Il y a en second lieu la grâce prévenante sanctifiante, c’est l’autre face du salut : comme Jésus donne à ses disciples d’avancer, notre « autre paraclet » nous donne d’avancer dans la vie : l’Esprit en nous, mais aussi l’action des autres membres du corps du Christ avec qui nous sommes liés par des liens d’attention : cela nous tire en avant, nous inspire, nous stimule, nous accompagne.

Jésus a parfois comparé Dieu à un médecin qui intervient positivement quand il y a un problème, et c’est parfaitement exact. Mais la grâce prévenante n’est plus seulement celle qui intervient pour restaurer ce qui ne va pas en nous, c’est une grâce qui nous permet d’aller plus loin, de voir plus clairement et de mieux pouvoir agir.

Une confiance et une stimulation pour l’avenir

Ces deux grâces prévenantes se complètent : La première nous apporte une confiance en l’avenir, elle nous donne une tranquillité d’esprit : nous sommes gardés. La seconde nous stimule pour avancer, elle nous donne des fourmis dans les jambes. La première nous offre un chez-nous dans lequel nous blottir, la seconde nous fait avancer. Le Christ nous apporte les deux : la grâce est annoncée par ses paroles et par son attitude envers chacune et chacun. L’Esprit qu’il nous permet de recevoir nous fait aller de l’avant.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Textes de la Bible

Marc 10:32-34

Ils étaient en chemin pour monter à Jérusalem, et Jésus allait devant eux. Les disciples étaient effrayés, et ceux qui suivaient avaient peur. Il prit encore les Douze auprès de lui, et se mit à leur dire ce qui allait lui arriver : 33 Nous montons à Jérusalem ; le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes. Ils le condamneront à mort, le livreront aux non-Juifs, 34 se moqueront de lui, lui cracheront dessus, le fouetteront et le tueront ; et trois jours après il se relèvera.

Jean 14:1-14

Que votre cœur ne se trouble pas. Mettez votre foi en Dieu, mettez aussi votre foi en moi. 2 Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père. Sinon, vous aurais-je dit que je vais vous préparer une place ? 3 Si donc je m’en vais vous préparer une place, je reviens vous prendre auprès de moi, pour que là où, moi, je suis, vous soyez, vous aussi. 4 Et là où, moi, je vais, vous en savez le chemin.

 5 Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons pas où tu vas ; comment en saurions-nous le chemin ? 6 Jésus lui dit : C’est moi qui suis le chemin, la vérité et la vie. Personne ne vient au Père sinon par moi. 7 Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Et, dès maintenant, vous le connaissez et vous l’avez vu.

8 Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. 9 Jésus lui dit : Il y a si longtemps que je suis avec vous et tu ne me connais pas, Philippe ? Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire, toi : « Montre-nous le Père ! » 10 Ne crois-tu pas que, moi, je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? Les paroles que, moi, je vous dis, je ne les dis pas de ma propre initiative ; c’est le Père qui, demeurant en moi, fait ses œuvres. 11 Croyez-moi : moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi. Sinon, croyez à cause des œuvres elles-mêmes.

12 Amen, amen, je vous le dis, celui qui met sa foi en moi fera, lui aussi, les œuvres que, moi, je fais ; il en fera même de plus grandes encore, parce que, moi, je vais vers le Père ; 13 et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, pour que le Père soit glorifié dans le Fils. 14 Si vous me demandez quelque chose en mon nom, moi, je le ferai.

15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. 16 Moi, je demanderai au Père de vous donner un autre défenseur pour qu’il soit avec vous pour toujours, 17 l’Esprit de la vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous et qu’il sera en vous.

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