17 juin 2018

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Bible

Marie est-elle restée vierge ? Ce qu’en pensent les protestants

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Un visiteur catholique met en avant la virginité perpétuelle de Marie comme preuve de la divinité de Jésus. Un pasteur explique pourquoi les protestants abordent cette question autrement, en distinguant le culte rendu à Marie, la question de sa virginité biologique, et le sens spirituel de la filiation divine de Jésus.


 

Question d’un visiteur :

Tiens, tout d’un coup, je me suis pas mal promené sur le site de la paroisse et j’ai un souhait. Je trouve que mes amis catholiques se concentrent très souvent sur la question de la virginité mariale. Sur la question de la transsubstantiation, ils passent assez rapidement dessus quand on leur explique que les protestants croient plutôt à la valeur symbolique de la cène, parce qu’eux-mêmes ont du mal à croire le dogme officiel. Mais pour eux, la virginité mariale semble être une des preuves les plus flagrantes de l’identité du Fils de Dieu. On leur dit que nous ne considérons pas Marie comme vierge. Moi je réponds habituellement que la question n’est pas tellement pour nous celle de sa virginité, mais que nous ne lui reconnaissons pas de rôle divin (comme Dieu ou Jésus) ; j’élude en fait, en quelque sorte, la question.

Pourriez-vous développer davantage votre réponse (je ne sais pas si c’est possible) pour mieux « armer » ma foi ?

Merci d’avance, cordialement,

Émile

Réponse d’un pasteur :

Cher Émile,

Les protestants et la Vierge Marie

On entend dire parfois que les protestants « ne croient pas à la Vierge Marie »… ce n’est pas vraiment vrai : tous les protestants pensent bien que Jésus a eu une mère, et que cette mère s’appelait Marie. Que par ailleurs cette mère ait eu de grandes qualités morales ou spirituelles, c’est assez vraisemblable. Mais ce que refusent les protestants, c’est de faire un culte à Marie (comme d’ailleurs à qui que ce soit d’autre), ou de lui adresser des prières. D’ailleurs les protestants n’adressent des prières qu’à Dieu seul (et éventuellement, pour certains, à Jésus-Christ, puisque l’exemple en est donné dans certaines épîtres). Donc, pas de culte des « saints », pas de prière à des gens même formidables ou exemplaires qui seraient morts. Jésus-Christ est considéré comme le seul intermédiaire entre Dieu et les hommes.

Marie serait restée vierge ?

Maintenant, sur le fait que Marie ait été vierge ou non, la question reste ouverte dans le protestantisme. Ce que l’on dit en général, c’est que les protestants croient bien à la naissance virginale de Jésus, mais acceptent, contrairement aux catholiques, qu’elle ait pu avoir d’autres enfants avec Joseph ensuite (et donc que Jésus ait eu des frères et sœurs). Pour l’Église romaine, Marie est restée perpétuellement vierge. Dans la Bible, rien ne va dans ce sens, et de toute façon, nous ne voyons pas très bien l’intérêt de la chose : pourquoi y aurait-il une survalorisation de l’état de virginité par rapport à celui de mère ? Cela nous semble étranger aux valeurs bibliques, où le fait d’avoir des enfants est plutôt une bénédiction, et où les relations sexuelles saines entre des époux comme Marie et Joseph peuvent tout à fait être une bénédiction aussi.

Marie aurait conçu Jésus sans relation sexuelle ?

Dans les faits, les choses sont un peu plus compliquées dans le protestantisme d’aujourd’hui, et je dirais qu’environ un protestant sur deux croit à la conception virginale de Jésus, tandis qu’un protestant sur deux ne pense pas que ce soit un fait historique, mais plutôt un récit symbolique. Cette diversité de façons de comprendre un texte biblique est tout à fait normale dans le protestantisme : chacun est libre de son interprétation, heureusement.

Mais en réalité, il y a bien des catholiques qui pensent cela aussi, jusque dans les facultés de théologie catholique, où ces questions sont débattues librement entre exégètes.

Comment Jésus est-il « fils de Dieu » ?

En tout cas, on peut très bien dire que Jésus est fils de Dieu sans pour autant invoquer une naissance surnaturelle. Il peut l’être dans un sens spirituel, et cela semble même plus important que des questions gynécologiques finalement assez secondaires. Quant à la doctrine de la naissance virginale, on peut aussi l’interpréter dans un sens symbolique, en disant que la réalité que représente le Christ, et qui doit naître dans le cœur de chacun de nous, ne peut advenir que lorsque l’Esprit de Dieu vient féconder une histoire humaine : quand Dieu vient lui-même se rendre présent dans notre vie concrète, alors naissent des choses formidables. Cela aussi me semble autrement plus important que d’imaginer des histoires à l’image de toutes les mythologies païennes, avec leurs conceptions virginales ou leurs fécondations d’une humaine par un dieu pour donner naissance à un demi-dieu.

Sens matériel et sens spirituel de la Bible, la pluralité d’interprétation

Donc, en fait, je peux dire que dans tout texte biblique, ce que je cherche, c’est le sens théologique et spirituel, et que le sens historique est relativement secondaire. De même pour la question de savoir si Adam et Ève ont existé. À la fois, bien sûr qu’ils n’ont pas existé historiquement, en tant qu’individus il n’y a pas eu de Monsieur Adam et de Madame Ève, et pourtant, ces textes ne sont pas des mensonges : ils sont vrais autrement, et ils sont passionnants en ce sens qu’Adam et Ève ne cessent d’exister dans ce que vivent et expérimentent les hommes et les femmes dans leurs relations les uns avec les autres et avec Dieu, avec le bien et le mal, avec l’ambition, le pouvoir, la volonté d’adorer son propre désir, la tentation de rejeter toujours la faute sur un autre, etc.

Mais cela dit, je ne pense pas qu’il soit utile et bon d’essayer de convaincre son collègue d’adopter notre façon de voir. Il est possible de respecter sa façon de voir, et éventuellement de lui dire la vôtre si cela l’intéresse. Là encore, le geste protestant est d’accepter cette diversité.

Bonne réflexion et à très bientôt, j’espère, avec plaisir.

Amitiés fraternelles

Marc Pernot, pasteur à Genève

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En écho à ce texte :

4 Commentaires

  1. bouloux claude dit :

    QUI svp SERAIT LE PERE DE DIEU?

    1. Marc Pernot dit :

      Bonjour,
      Dieu n’a pas de père ni de mère, car il n’a pas de commencement ni de fin.
      C’est pourquoi il est appelé, selon la Bible « celui qui est, qui était, et qui vient ».

  2. Mili dit :

    bonjour Pasteur,
    Je vous remercie pour ces écrits, je n’ai pas bien compris la partie où vous dites que Adam et Eve n’ont pas existé historiquement en tant qu’individus..svp pourriez-vous me l’expliquer davantage ? merci beaucoup et que Dieu vous bénisse

    1. Marc Pernot dit :

      Oui, Adam et Ève : c’est chacun de nous.
      C’est bien plus intéressant de le lire ainsi.
      D’ailleurs, ce n’est pas évident que me mot « adam » soit un nom propre, même dans nos traductions habituelles qui tendent à nous le faire penser, ce même mot « adam » est traduit tantôt par « humain » et tantôt par « Adam », au gré du traducteur. Vous pouvez voir cela au début du chapitre 5 de la Genèse : « Voici le livre de la postérité d’adam. Le jour où Dieu créa adam, il le fit à la ressemblance de Dieu. Mâle et femelle il les créa, il les bénit et les appela du nom d’adam, le jour même où ils furent créés.

      Le mot « ève » quant à lui, signifie « la vie ». Chacune et chacun de nous est à la fois « humain », tiré de l’humus qu’est la poussière du sol, et « vivant », par l’action spéciale de Dieu, par son souffle.

      Jésus lui-même interprète les passage de la Genèse 1:27 et 2:24 comme parlant de nous actuellement (Matthieu 19:4).

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