
La pierre angulaire rejetée : s’agit-il de Jésus et/ou des exclus de la société ?
Cet échange explore une interprétation inattendue de la fameuse « pierre angulaire » citée dans les textes bibliques. Plutôt que d’y voir uniquement la figure centrale de Jésus, cette réflexion propose d’identifier les personnes marginalisées, ainsi que la démarche d’aller vers elles, comme le véritable fondement du Royaume. Une approche qui élargit la compréhension de la pauvreté, qu’elle soit matérielle, intellectuelle ou spirituelle, en refusant tout jugement de valeur sur les détresses.
Une nouvelle lecture théologique : les exclus comme fondement du Royaume
Question :
Bonjour Marc,
Je me permets de vous adresser cette question. Surtout n’y répondez que si vous avez un peu de temps.
Il s’agit du passage des évangiles où il est question de la pierre d’angle rejetée par les bâtisseurs. L’interprétation habituelle est d’y voir une image de Jésus lui-même. Ne pourrait-on pas y voir aussi, ou plutôt, l’image des rejetés, perdus, moins que rien, sur lesquels il faudrait tout au contraire bâtir le fameux Royaume ? Cette nouvelle perspective, si elle est acceptable, devrait entraîner une révolution dans les églises.
Merci infiniment par avance pour votre réponse.
Bien cordialement,
Elisabeth
La démarche christique : aller chercher ce qui est perdu
Réponse :
Chère Élisabeth,
Bravo de chercher des interprétations nouvelles, et d’en discuter. C’est un geste essentiel, certainement fécond.
Ce passage qui vous intéresse est celui-ci, je pense, où Jésus vient de donner une parabole très intéressante où il explique que les prophètes ont été persécutés, et qu’alors Dieu envoie son Fils espérant qu’il serait respecté, entendu (Matthieu 12:6). Mais qu’il va être en réalité tué. Jésus poursuit alors en disant :
« N’avez-vous pas lu cette Ecriture : C’est la pierre que les constructeurs ont rejetée qui est devenue la principale, celle de l’angle ; cela est venu du Seigneur, c’est une chose étonnante à nos yeux. » (Marc 12:10-11)
L’interprétation la plus classique est que Jésus parle alors de lui-même, en citant les Psaumes (118:22).
Merci pour l’interprétation que vous proposez. C’est très intéressant. Cela rejoint cette critique des pharisiens et scribes contre Jésus :
« Il accueille des pécheurs et il mange avec eux ! » (Luc 15:2)
Cela choque « les gens comme il faut », évidemment, et cela ne retient pas Jésus, bien sûr.
Jésus mangeait avec les personnes de mauvaise vie et les païens. Jésus mangeait aussi avec les riches et les pharisiens, on le voit par exemple manger chez Simon, le grand chef des pharisiens, il va chez Marthe qui a l’air d’avoir largement ce qu’il faut, il va chez Zachée qui est à la fois mal vu du peuple mais fait partie des puissants et riches de ce monde… En réalité, pour Jésus, je pense, chaque personne est la pierre angulaire du Royaume, pas seulement les pauvres et les marginaux. Mais aussi, bien sûr.
Donc là où je vous rejoindrais, je pense, c’est que le royaume est construit sur le geste d’aller chercher celui qui est perdu, celui qui est exclu. C’est ça la pierre angulaire, c’est ce geste christique. Jésus va chercher chacun qui est perdu. Cela sans condition de statut social et de compte en banque.
Repenser la notion de pauvreté spirituelle
Effectivement, la brebis perdue hors du Royaume n’est pas toujours le pauvre en argent, l’exclu, car eux ont parfois pu sentir plus que les trop confortables que pour Dieu ils n’étaient pas considérés comme rien. C’est pourquoi je pense que pour Jésus « le pauvre », c’est celui qui est coupé de Dieu. C’est une pauvreté spirituelle qui le préoccupe et le fait partir à la recherche.
Qu’en pensez-vous ?
Dieu vous bénit et vous accompagne.
Toutes les détresses se valent devant le Royaume
Retour de la visiteuse :
Merci Marc pour votre réponse, qui me satisfait sur deux points : – La notion de « pauvres » est très large, elle englobe, avec le matériel, l’affectif, l’intellect et le spirituel. – La pierre angulaire est la démarche d’aller chercher ceux qui sont considérés par les « grands » comme inintéressants, perdus, donc rejetés. Et c’est ainsi qu’on peut espérer bâtir réellement le Royaume. En fait, on retrouve ainsi la base du message évangélique.
Mais nous sommes tous, à des degrés divers, « pauvres ». Si on va chercher d’autres pauvres, cela veut dire que l’on est un peu moins pauvre qu’eux. N’est-ce pas un peu présomptueux ? Et ne risque-t-on pas de jouer le rôle de l’aveugle qui conduit un autre aveugle ? (pour tomber finalement dans un trou…). Heureusement que vous avez dit quelque part qu’il n’y a pas de question idiote. C’est ce qui m’enhardit…
Merci encore pour tout, et surtout pour votre grande ouverture d’esprit.
Bien cordialement.
Réponse :
Chère Elisabeth,
Je suis tout à fait d’accord avec vous. Nous ne sommes pas dans un concours de détresses, chacune est unique et est de trop, et nous n’avons pas à juger ni de la détresse, ni de la pauvreté spirituelle de quiconque.
Peut-être qu’on pourrait dire que Christ travaille, et nous appelle à travailler, en faveur de chaque personne, sur ce qui est perdu en elle, ce qui est pauvre en elle (spirituellement ou matériellement), ce qui est en prison, ce qui est malade en elle, ce qui est exclu et ne reçoit pas de secours… (Matthieu 25:37)
Je pense que c’est quelque chose comme ça.
Bien cordialement
En écho à ce texte :
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Quelle est la signification de « Tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église » ?
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A propos de « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. » par Kévin Buton-Maquet
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Jésus : « Les bien-portants n’ont pas besoin de médecin, mais ceux qui ont mal. » (Luc 5:31)

Franchement, M. Marc, C’est tellement complexe, l’humain lié à Dieu peut prendre plusieurs chemins pour arriver à une conclusion ? … On ressent que Dieu nous laisse agir, choisir, car il respecte nos choix. Oui, joindre le geste à la parole est essentiel… J’ai toujours senti que Jésus incarné en humain était venu pour nous rendre plus humains. La simplicité venait de là, rejoindre l’humanité tout en l’apportant dans le Geste d’Amour… C’est ce qui nous donnait un sens total à notre venue sur terre.
C’est vrai. Ce qui simplifie tout, c’est la grâce de Dieu : par amour Dieu nous laisse la liberté de tracer notre propre chemin en ce monde, mais accompagné par Dieu ce cemin deviendra un bon chemin, il nous aidera à revenir si nous nous égarons un peu, il embellira encore ce qui est beau. Le tout en gardant notre style personnel.
Dieu vous bénit et vous accompagne