Que répondre à un catholique qui croit que Marie est restée vierge tout en ayant son fils Jésus ?

Rembrandt annonciation

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Tient, tout d’un coup, je me suis pas mal promené sur le site de la paroisse et j’ai un souhait. Je trouve que mes amis catholiques se concentrent très souvent sur la question de la virginité mariale. Sur la question de la transsubstantion ils passent assez rapidement dessus quand on leur explique que les protestants croient plus a la valeur symbolique de la cène, parce que eux-même on du mal à croire le dogme officiel. Mais pour eux la virginité mariale semble être une des preuves les plus flagrantes de l’identité du fils de Dieu. On leur dit que nous ne considérons pas Marie comme vierge. Moi je réponds habituellement que la question n’est pas tellement pour nous celle de sa virginité, mais que nous ne lui reconnaissons pas de rôle divin (comme Dieu ou Jésus), j’élude en fait, en quelque sorte, la question.

Pourriez-vous développer plus votre réponse (je ne sais pas si c’est possible) pour mieux « armer » ma foi ?

Merci d’avance, Cordialement,

Émile

Réponse d’un pasteur :

Cher Émile

On entend dire parfois que les protestants « ne croient pas à la vierge Marie »… ce n’est pas vraiment vrai, tous les protestants pensent bien que Jésus a eu une mère, et que cette mère s’appelait Marie. Que par ailleurs, cette mère ait eu de grandes qualités morales ou spirituelles, c’est assez vraisemblable. Mais ce que refusent les protestants, c’est de faire un culte à Marie (comme d’ailleurs à qui que ce soit d’autre), ou de lui adresser des prières. D’ailleurs les protestants n’adressent des prières qu’à Dieu seul (et éventuellement pour certains à Jésus Christ, puisque l’exemple en est donné dans certaines épîtres). Donc, pas de culte des « saints », pas de prière à des gens même formidables ou exemplaires qui seraient morts maintenant. Jésus-Christ est considéré comme le seul intermédiaire entre Dieu et les hommes.

Maintenant sur le fait que Marie ait été vierge ou non, la question reste ouverte dans le protestantisme. Ce que l’on dit en général, c’est que les protestants croient bien à la naissance virginale de Jésus mais acceptent, contrairement aux catholiques, qu’elle ait pu avoir d’autres enfants avec Joseph ensuite (et donc que Jésus ait eu des frères et des soeurs). Pour l’Église romaine, Marie est restée perpétuellement vierge. Dans la Bible, rien ne va dans ce sens, et de toute façon, nous ne voyons pas très bien l’intérêt de la chose : pourquoi y aurait-il une sur valorisation de l’état de virginité par rapport à celui de mère? Cela nous semble étranger aux valeurs bibliques, où le fait d’avoir des enfants est plutôt un bénédiction et les relations sexuelles saines entre des époux comme Marie et Joseph peuvent tout à fait être une bénédiction aussi.

Dans les faits, les choses sont un peu plus compliquées dans le protestantisme d’aujourd’hui, et je dirais qu’environ un protestant sur deux croit à la conception virginale de Jésus, et qu’un protestant sur deux ne pense pas que ce soit un fait historique mais plutôt un récit symbolique. Cette diversité de façons de comprendre un texte biblique est tout à fait normale dans le protestantisme, chacun est libre de son interprétation, heureusement.

Mais en réalité, il y a bien des catholiques qui pensent cela aussi, jusque dans les facultés de théologie catholique où ces questions sont débattues librement entre les exégètes.

En tout cas, on peut très bien dire que Jésus est « fils de Dieu » sans pour autant invoquer une naissance surnaturelle. Il peut être « fils de Dieu » dans un sens spirituel, et cela semble même plus important que des histoires gynécologiques finalement assez secondaires. Quant à la doctrine de la naissance virginale, on peut l’interpréter aussi dans un sens symbolique en disant que la réalité que représente le Christ et qui doit naître dans le coeur de chacun de nous ne peut advenir que lorsque l’Esprit de Dieu vient féconder une histoire humaine : quand Dieu vient lui même se rendre présent dans notre vie concrète, alors naissent des choses formidables. Cela aussi me semble autrement plus important que d’imaginer des histoires à l’image de toutes les mythologies païennes avec de conceptions virginales ou de fécondation d’une humaine par un Dieu pour donner naissance à un demi-dieu.

Donc en fait, je peux dire que dans tout texte biblique, ce que je cherche, c’est le sens théologique et spirituel, et que le sens historique est relativement secondaire. De même pour la question de savoir si Adam et Eve ont existé. A la fois, bien sûr qu’ils n’ont pas existé historiquement, en tant qu’individu il n’y a pas eu de Monsieur Adam et de Madame Eve, et pourtant, ces textes ne sont pas des mensonges, ils sont vrais autrement, et ils sont passionnants en ce sens : Adam et Eve ne cessent d’exister dans ce que vivent et expérimentent les hommes et les femmes dans leur vie de relation les uns avec les autres et de relation avec Dieu, avec le bien et le mal, avec l’ambition, le pouvoir, la volonté d’adorer son propre désir, la tentation de rejeter toujours la faute sur un autre etc…

Mais cela dit, je ne pense pas qu’il soit utile et bon d’essayer de convaincre le collègue d’adopter notre façon de voir. Il est possible de respecter sa façon de voir, et éventuellement de lui dire la vôtre si cela l’intéresse. Là encore, le geste protestant est d’accepter cette diversité.

Bonne réflexion et à très bientôt j’espère, avec plaisir.

Amitiés fraternelles

par : pasteur Marc Pernot

Print Friendly, PDF & Email

Vous aimerez aussi...

4 réponses

  1. Mili dit :

    bonjour Pasteur,
    Je vous remercie pour ces écrits, je n’ai pas bien compris la partie où vous dites que Adam et Eve n’ont pas existé historiquement en tant qu’individus..svp pourriez-vous me l’expliquer davantage ? merci beaucoup et que Dieu vous bénisse

    • Marc Pernot dit :

      Oui, Adam et Ève : c’est chacun de nous.
      C’est bien plus intéressant de le lire ainsi.
      D’ailleurs, ce n’est pas évident que me mot « adam » soit un nom propre, même dans nos traductions habituelles qui tendent à nous le faire penser, ce même mot « adam » est traduit tantôt par « humain » et tantôt par « Adam », au gré du traducteur. Vous pouvez voir cela au début du chapitre 5 de la Genèse : « Voici le livre de la postérité d’adam. Le jour où Dieu créa adam, il le fit à la ressemblance de Dieu. Mâle et femelle il les créa, il les bénit et les appela du nom d’adam, le jour même où ils furent créés.

      Le mot « ève » quant à lui, signifie « la vie ». Chacune et chacun de nous est à la fois « humain », tiré de l’humus qu’est la poussière du sol, et « vivant », par l’action spéciale de Dieu, par son souffle.

      Jésus lui-même interprète les passage de la Genèse 1:27 et 2:24 comme parlant de nous actuellement (Matthieu 19:4).

  2. bouloux claude dit :

    QUI svp SERAIT LE PERE DE DIEU?

    • Marc Pernot dit :

      Bonjour,
      Dieu n’a pas de père ni de mère, car il n’a pas de commencement ni de fin.
      C’est pourquoi il est appelé, selon la Bible « celui qui est, qui était, et qui vient ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *