
Esprit rationnel et foi chrétienne : concilier science et croyance
Question posée au pasteur
Cher monsieur le pasteur,
Je suis tombée sur le site jecherchedieu.ch et j’ai beaucoup aimé vos réponses. Je suis d’une famille très chrétienne mais depuis l’adolescence je tente de trouver à quoi je crois vraiment et de différencier ce que je sais sur la foi chrétienne de ce que je crois vraiment. Ça fait maintenant des années que je suis en recherche mais rien n’y fait. Je ne sais plus comment avancer. J’ai un esprit très rationnel. Je suis une scientifique.
Je n’arrive pas à me dire que Dieu n’existe pas, mais c’est à peu près tout dont je suis sûre. Ce qui me pose le plus problème, c’est Jésus. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi il a besoin de mourir sur la croix pour nos péchés. Je ne vois pas le lien de cause à effet. Si Dieu voulait une relation directe avec nous et nous pardonner si on demande pardon pour nos péchés, pourquoi ne pouvait-il pas juste décider et c’est tout ? De manière générale, j’ai de la peine à croire que Jésus est plus qu’un prophète.
Quand je prie, je ne ressens rien, aucune connexion. J’aimerais du plus profond de moi être chrétienne et croire. J’espère que vous avez quelques pistes pour moi.
Meilleures salutations
Réponse du pasteur Marc Pernot
Bonsoir,
Il n’y a absolument pas à avoir honte d’avoir un esprit rationnel et scientifique. Cela ne joue en rien contre la foi, bien au contraire. Ce que cela met en danger, c’est seulement quelques doctrines traditionnelles bourrées d’incohérences, et quelques discours cherchant à manipuler les foules en utilisant la technique de la carotte et du bâton.
En l’occurrence, votre analyse quant au rôle de la mort du Christ dans le pardon de Dieu est tout à fait pertinente et même salutaire. Car cette théorie, mise en valeur surtout à partir du XIe siècle, est épouvantable aussi bien en ce qui concerne la conception de Dieu que celle de la justice. C’est ce que j’ai essayé d’expliquer dans plusieurs articles de ce site :
La question de la divinité de Jésus
L’idée que Jésus serait Dieu est partagée par bon nombre de chrétiens, mais pas par tous. Elle est discutable, appartient plus à la piété populaire et pose un certain nombre de difficultés. En divinisant Jésus, c’est un petit peu l’humain que l’on divinise, donc nous-mêmes, ce qui répond au fantasme de la toute-puissance. Dans les débuts du christianisme, il n’était pas question de dire que Jésus serait Dieu, seulement qu’il y a du divin en lui, comme en nous tous, par l’amour et par le souffle de Dieu.
Bien des personnes pensent que Jésus est un enseignant ou un prophète. Je dirais personnellement que Jésus est certes enseignant et inspiré, mais qu’il est en plus méta-prophète, faisant de chacun un prophète ou une prophétesse, et méta-prêtre, réconciliant chaque personne en ligne directe avec Dieu.
Le sentiment religieux et la prière
Pour ce qui est du sentiment religieux, il n’est pas partagé par tout le monde. Au vu des centaines de personnes que j’ai croisées, je dirais que 50 % des gens ont eu une expérience mystique, mais même pour eux, ce n’est pas permanent. Il n’y a aucune honte à ne rien « sentir ». Cela n’empêche pas de prier, ce qui reste un exercice bienfaisant et utile.
Vous dites : « J’aimerais du plus profond de moi être chrétienne et croire. » Franchement, on ne peut pas mieux dire. Cet appétit est une dynamique de cheminement essentielle. Et comme nous sommes dans la grâce de Dieu, ce n’est pas une recherche de performance.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : Marc Pernot, pasteur à Genève
À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de la notion de Christ – Messie – Oint, voir l’article dédié dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.
Seconde question de la visiteuse
Cher Marc,
Merci beaucoup pour votre réponse. Je ne m’attendais pas à cela. Toutes les personnes que je connais croient en la trinité et que Jésus est 100 % Dieu et 100 % homme. Ce que vous dites m’éclaire vraiment. Je comprends dans quelle direction j’aimerais aller et que l’unique voie n’est pas forcément de croire que Jésus est Dieu.
Cela soulève tout de même pas mal de questions : Si Jésus n’est pas Dieu, pensez-vous qu’il est ressuscité ? Quel est la signification de l’eucharistie ? Pour moi, cela avait toujours l’idée d’un sacrifice pour nos péchés. Et comment comprendre le passage où il est écrit que l’unique chemin vers Dieu, c’est Jésus ?
Meilleures salutations
Seconde réponse du pasteur Marc Pernot
Chère Madame,
C’est le droit de ces personnes de penser que Jésus serait 100 % Dieu et 100 % humain, mais leur a-t-on vraiment donné le choix ? Savent-elles que cette question a été très débattue du IIe au IVe siècle, et rendue obligatoire pour des raisons politiques ? Jésus n’était vraiment pas du genre à imposer une doctrine. Jamais il ne s’est offusqué qu’on l’appelle enseignant, mais il s’est opposé une fois lorsqu’on l’a appelé « bon maître », en répondant : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Il n’y a de bon que Dieu seul » (Luc 18:19).
La résurrection et l’eucharistie
En ce qui concerne la résurrection, tout dépend de ce que l’on entend par ce mot. Dans le grec des évangiles, il s’agit de s’éveiller ou de se mettre debout, pour une vie plus éveillée dès à présent. Le Christ après sa mort est ressuscitant : ses disciples, terrorisés, sont pris d’un enthousiasme communicatif pour sa personne. C’est un fait historique qui a changé la face du monde.
Quant à la cène ou l’eucharistie, elle est à prendre « en mémoire » de Jésus-Christ (selon l’Evangile selon Luc 22:19, et selon l’apôtre Paul 1 Corinthiens 11:24). L’idée serait donc de faire mémoire de ce qu’a été, ce qu’a fait Jésus pendant ses années publiques, d’assimiler ses paroles et sa façon d’être, et d’être incorporé à une humanité réconciliée par lui. Le sacrifice présent dans ce geste n’est pas un sacrifice pour calmer un Dieu terrible, mais c’est un don de lui-même que fait le Christ par amour pour l’humain, même pécheur.
Pour ce qui est de l’unique chemin qu’est Jésus, vous trouverez des pistes dans cette prédication : Jésus : le seul chemin ?
Bravo pour ces recherches.
Bien cordialement
par : Marc Pernot, pasteur à Genève
À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de la notion de Communion – Sainte Cène – Eucharistie, voir l’article dédié dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.
En écho à ce texte :
-
Ma rationalité se satisfait pleinement de vos réponses et de votre ouverture d’esprit, mais est-ce de la vraie foi ?
-
Comment concilier foi et raison ? Comment ne pas tomber dans le piège de fondamentalistes ?
-
Est-ce que mon approche rationnelle pourrait présenter un obstacle à une foi authentique ?
