
Pourquoi existe-t-il plusieurs religions, et non une seule ?
Pourquoi existe-t-il plusieurs religions si Dieu est unique ? À travers la parabole de la montagne, cet article explore comment le monothéisme, loin de justifier l’intolérance, peut au contraire fonder le respect mutuel et un dialogue fécond entre croyants de sensibilités différentes.
S’il y en a une qui a raison, les autres n’ont-elles pas tort ?
Nous avons appris en classe le principe de non-contradiction, selon lequel une proposition ne peut être juste et fausse à la fois. Bien des démonstrations reposent sur ce principe très utile en mathématiques. Mais, dans la vie, ce principe est souvent bête et méchant. Quand des personnes ont des positions différentes, contrairement à ce que nous avons souvent envie de penser, il n’y a pas nécessairement une personne qui a raison et l’autre tort. Plusieurs cas se présentent et peuvent se combiner :
- Les deux peuvent avoir raison, mais dans des domaines différents. Par exemple, les frites sont à la fois bonnes (pour celui qui les aime) et mauvaises (pour la santé, si l’on en abuse). Autre exemple : si l’on recueille des témoignages sur le président de la République, les avis seront en partie différents selon que l’on interroge sa fille, son père, son premier ministre ou le chef de l’opposition…
- Parfois, des avis dépendent du goût de chacun, sans explication possible. Si telle personne adore le foot et n’aime pas le rugby, et qu’une autre personne pense l’inverse, il n’y en a pas une qui a raison et l’autre tort. Et l’on peut avoir été un ardent footeux dans sa jeunesse et devenir passionné de golf plus tard sans se renier soi-même.
Appliqué à Dieu : la parabole de la montagne
Dans le domaine théologique et religieux, il y a ainsi des différences de points de vue, des différences de situations, et des différences de sensibilités. C’est bien normal, car Dieu est une réalité unique en son genre, une réalité encore plus riche et complexe qu’un être humain ou même que la Terre habitée.
Nous sommes tous en partie différents, et Dieu est au-dessus de tous. Incomparable, et tout essai pour dire Dieu est par définition loin du compte. Il est parfois comparé au sommet d’une montagne : nous naissons tous au pied de la montagne, et tout pas vers le haut nous rapproche de Dieu. Le bon chemin pour celui qui habite sur la face sud de la montagne est d’avancer vers le nord. Le bon chemin pour celui qui habite sur la face nord de la montagne est d’avancer vers le sud. Si l’un des deux veut imposer sa vérité à l’autre, il l’envoie peut-être vers le fond de la mer au lieu de l’aider à monter. La bonne direction dépend donc de chacun, et la Vérité est une vérité de relation : elle consiste à avoir Dieu pour objectif et à faire au mieux pour monter, avec intelligence, en fonction des obstacles qui se présentent localement (on a le droit de se détourner un peu de la trajectoire pour faire le tour d’un arbre, par exemple). Mais en définitive, nous nous retrouverons tous au sommet de la montagne, et alors nous ferons la fête de notre unité de position ; mais avant déjà, bien que distants, nous étions dans une unité de démarche. Voir l’article « Vérité » du petit dictionnaire.
Le monothéisme
Le monothéisme (penser qu’il existe un dieu unique) est ainsi une vraie chance pour mieux respecter les autres :
S’il y a un seul Dieu qui est à l’origine de la vie, par conséquent nous sommes tous frères et sœurs, descendant du même Père, de la même Mère : Dieu.
Et s’il y a un seul Dieu, toutes les prières, toutes les recherches de Dieu, tous les cultes lui rendant hommage… convergent vers le même Dieu. Qu’importe si l’un l’appelle « le Sud », et l’autre « le Nord », il s’agit bien du même sommet, en définitive.
Le vrai problème : l’intégrisme, pas le monothéisme
Vous allez me dire que des croyants monothéistes ont pu faire preuve d’une insoutenable intolérance religieuse. C’est malheureusement vrai, mais le problème n’est pas dans le fait d’être monothéiste, ni dans le fait d’être croyant, mais dans le rapport que l’on a avec sa propre « vérité ». Le problème est d’être intégriste : de penser que son seul point de vue a de la valeur et que tous les autres points de vue sont stupides, voire dangereux. Il existe des intégristes violents qui sont athées, luttant contre la foi des autres. Il existe des personnes soutenant leur club de foot de façon intolérante, haineuse et violente contre les supporteurs d’un autre club… À ce sujet, voir cet article (Choisir sa religion… et son rapport avec sa religion).
Si toutes les religions se valent, à quoi cela sert-il de discuter ?
Un dialogue qui fait progresser chacun
En acceptant que d’autres personnes puissent avoir une autre religion que moi sans être dans l’erreur pour ce seul fait, je suis amené à me souvenir qu’il y a une différence entre l’idée que je me fais de Dieu et Dieu lui-même. Mon point de vue n’englobe pas tout l’être de Dieu. C’est déjà très utile en soi, mais cela m’aide aussi à me préparer à l’idée que me réformer un petit peu ne serait pas une si mauvaise idée.
En écoutant ce qu’un autre nous dit et en osant dire quelque chose à l’autre, chacun a une chance de progresser. Car mon point de vue, même subjectif, peut s’affiner ; mes goûts, même légitimes, peuvent évoluer. Certaines de nos erreurs et de nos illusions peuvent être démasquées à l’occasion de ce dialogue, et ne l’auraient pas été sinon.
Un dialogue utile pour vivre ensemble et pour la paix
Cette découverte des autres religions aide à vivre avec les autres en les comprenant mieux : c’est fort utile dans nos familles et dans notre société, qui sont de plus en plus mixtes.
À notre niveau, ce dialogue fait avancer la paix, alors que certains ont tendance à durcir leur position, à se replier dans un communautarisme et dans la diabolisation des autres.
Dans une société qui est à majorité athée, avec bien des personnes qui sont souvent même sans idéaux, sans philosophie de vie, un témoignage commun de personnes de religions diverses est important. Nous pouvons reconnaître que les religions ont trop souvent été le prétexte d’affrontements, même si, dans les siècles derniers, ce sont des idéologies athées qui ont été infiniment plus meurtrières. Il est temps que le monde voie que Dieu est source de vie et de paix. C’est quand on divinise sa religion ou son idéologie, sa culture ou ses intérêts que commencent les problèmes.
Le vrai clivage : libéraux et intégristes, plus que les religions entre elles
Dans chacune des religions, il existe des façons différentes de vivre sa foi, avec des courants libéraux, voire très libéraux, et des courants traditionalistes, intégristes, voire sectaires. Le dialogue entre personnes de religions différentes fait entendre la voix de croyants sincères et ouverts, alors que ce sont en général les courants fanatiques qui font ordinairement grand bruit.
Le clivage le plus important est probablement là, paradoxalement. Il est plus facile de dialoguer entre un juif libéral, un musulman libéral et un chrétien libéral qu’entre un chrétien libéral et un chrétien intégriste, ou entre deux chrétiens intégristes de différentes obédiences ! Il y a là, peut-être, le plus difficile des dialogues interreligieux.
PS. Vous pouvez voir ces études à ce sujet :
- « Dans la Bible : hostilité ou ouverture aux autres religions ? Et pour nous ? »
- « Choisir sa religion… et son rapport avec sa religion ? »
En écho à ce texte :
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Comment concilier toutes les religions qui prétendent détenir la vérité. Elle ne peut pas être multiple !
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Un seul Dieu pour tous : pourquoi l’Évangile ne néglige pas la famille
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Dieu serait il adhérent d’une des religions connue ou comme la Suisse, il serait dans une prudente neutralité ?

Les religions diverses ont divises les hommes, Dieu ne veut pas la discorde mais il veut l’amour et la paix des hommes