Pourquoi y a t-il plusieurs religions et non une seule ?

Par : pasteur Marc Pernot

 Image: 'Piazza del Popolo' http://www.flickr.com/photos/82129006@N00/2177089885 Found on flickrcc.net

Les deux églises jumelles de la Piazza del Popolo à Rome. Comment choisir ?

S’il y en a une qui a raison, les autres n’ont-elles pas tort ?

Nous avons appris en classe le principe de non-contradiction, selon lequel une proposition ne peut être juste et fausse à la fois. Bien des démonstrations reposent sur ce principe très utile en mathématique. Mais, dans la vie, ce principe est souvent bête et méchant. Quand des personnes ont des positions différentes, contrairement à ce que nous avons souvent envie de penser, il n’y a pas nécessairement une personne qui a raison et l’autre tort. Plusieurs cas se présentent et peuvent se combiner :

  • Les deux peuvent avoir raison, mais dans des domaines différents. Par exemple les frites sont à la fois bonnes (pour celui qui les aime) et mauvaises (pour la santé, si on en abuse). Autre exemple, si l’on recueille des témoignages sur le président de la république, les avis seront en partie différents selon que l’on interroge sa fille, son père, son premier ministre ou le chef de l’opposition…
  • Parfois des avis dépendent du goût de chacun, sans explication possible. Si telle personne adore le foot et n’aime pas le rugby, et qu’une autre personne pense l’inverse, il n’y en a pas une qui a raison et l’autre tort. Et l’on peut avoir été un ardent footeux dans sa jeunesse et devenir passionné de golf plus tard sans se renier soi-même.

Dans le domaine théologique et religieux, il y a ainsi des différences de points de vue, des différences de situations, et des différences de sensibilités. C’est bien normal car Dieu est une réalité unique en son genre, une réalité encore plus riche et complexe qu’un être humain ou même que la terre habitée.

Nous sommes tous en partie différents, et Dieu est au dessus de tous. Incomparable, et tout essai pour dire Dieu est par définition loin du compte. Il est parfois comparé au somment d’une montagne, nous naissons tous au pieds de la montagne, et tout pas vers le haut nous rapproche de Dieu. Le bon chemin pour celui qui habite sur la face sud  de la montagne est d’avancer vers le nord. Le bon chemin pour celui qui habite sur la face nord  de la montagne est d’avancer vers le sud. Si l’un des deux veut imposer sa vérité à l’autre, il l’envoie peut-être vers le fond de la mer au lieu de l’aider à monter. La bonne direction dépend donc de chacun, et la Vérité est une vérité de relation : elle consiste à avoir Dieu pour objectif et de faire au mieux pour monter, avec intelligence en fonction des obstacles qui se présentent localement (on a le droit de se détourner un peu de la trajectoire pour faire le tout d’un arbre, par exemple). Mais en définitive, nous nous retrouverons tous au sommet le la montagne et alors nous ferons la fête de notre unité de position, mais avant déjà, bien que distants, nous étions dans une unité de démarche. Voir l’article « Vérité » du petit dictionnaire.

 Le monothéisme

Le monothéisme (penser qu’il existe un dieu unique) est ainsi une vraie chance pour plus et mieux respecter les autres :

S’il y a un seul Dieu qui est à l’origine de la vie, par conséquent : nous sommes tous frères et sœurs, descendant du même Père de la même Mère : Dieu.

Et s’il y a un seul Dieu, toutes les prières, toutes les recherches de Dieu, tous les cultes lui rendant hommages… convergent vers le même Dieu. Qu’importe si l’un l’appelle « le Sud », et l’autre « le Nord », il s’agit bien du même sommet, en définitive.

Vous allez me dire que des croyant monothéistes ont pu faire d’une insoutenable intolérance religieuse. C’est malheureusement vrai mais le problème n’est pas dans le fait d’être monothéiste, ni dans le fait d’être croyant, mais le problème est alors le rapport que l’on a avec sa propre « vérité ». Le problème est d’être intégriste : de penser que son seul point de vue a de la valeur et que tous les autres points de vue sont stupides, voire dangereux. Il existe des intégristes violents qui sont athées, luttant contre la foi des autres. Il existe des personnes soutenant leur club de foot de façon intolérante, haineuse et violente contre les supporteurs d’un autre club… A ce sujet, voir cet article (Choisir sa religion… et son rapport avec sa religion).

Mais, si toutes les religions se valent, à quoi cela sert-il de discuter entre personnes de religions différentes ou ayant des façons différentes de vivre la religion ?

En acceptant que d’autres personnes puissent avoir une autre religion que moi sans être dans l’erreur par ce seul fait, en acceptant cela, je suis amené à me souvenir qu’il y a une différence entre l’idée que je me fais de Dieu et Dieu lui-même. Mon point de vue n’englobe pas tout l’être de Dieu. C’est déjà très utile en soi, mais cela m’aide aussi à me préparer à l’idée que me réformer un petit peu ne serait pas une si mauvaise idée

En écoutant ce qu’un autre nous dit et en osant dire quelque chose à l’autre, chacun a une chance de progresser. Car mon point de vue, même subjectif, peut s’affiner ; mes goûts, même légitimes, peuvent évoluer. Certaines de nos erreurs et de nos illusions peuvent être démasquées à l’occasion de ce dialogue et ne l’auraient pas été sinon.

Cette découverte des autres religions aide à vivre avec les autres en les comprenant mieux, c’est fort utile dans nos familles et dans notre société qui sont de plus en plus mixtes.

À notre niveau, ce dialogue fait avancer la paix, alors que certains ont tendance à durcir leur position, à se replier dans un communautarisme et dans la diabolisation des autres.

Dans une société qui est à majorité athée, avec bien des personnes qui sont souvent même sans idéaux, sans philosophie de vie : un témoignage commun de personnes de religions diverses est important. Nous pouvons reconnaître que les religions ont été trop souvent le prétexte d’affrontements, même si dans les siècles derniers ce sont des idéologies athées qui ont été infiniment plus meurtrières. Il est temps que le monde voie que Dieu est source de vie et de paix. C’est quand on divinise sa religion ou son idéologie, sa culture ou ses intérêts que commencent les problèmes.

Dans chacune des religions, il existe des façons différentes de vivre sa foi, avec des courants libéraux, voire très libéraux, avec des courants traditionalistes, intégristes, voire sectaires. Le dialogue entre personnes de religions différentes fait entendre la voix de croyants sincères et ouverts alors que ce sont en général les courants fanatiques qui font ordinairement grand bruit.

Le clivage le plus important est probablement là, paradoxalement. Il est plus facile de dialoguer entre un juif libéral, un musulman libéral et un chrétien libéral qu’entre un chrétien libéral et un chrétien intégriste, ou entre deux chrétiens intégristes de différentes obédiences ! Il y a là, peut-être, le plus difficile des dialogues interreligieux.

pasteur Marc Pernot

PS. Vous pouvez voir ces études à ce sujet :

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *