05 octobre 2026

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Bible

« Ils ne savent pas ce qu’ils font » : Comprendre le pardon de Jésus sur la croix

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Le Christ en croix demande pardon pour ses bourreaux en ajoutant qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. Cet article explore si cette ignorance constitue une condition au pardon ou si elle relève plutôt d’un constat sur la nature humaine, mettant en lumière la différence entre la justification accordée par Dieu et la sanctification nécessaire à notre lucidité.


Question d’un lecteur : Le pardon est-il conditionnel dans l’Évangile ?

Question :

Dans le verset qui dit « car ils ne savent pas ce qu’ils font », est-ce que “car” est considéré comme un subjonctif de subordination, ou bien autre chose ?

Réponse : Le pardon inconditionnel de Jésus face à l’ignorance

Cher Maxence,

Bravo de creuser cela. C’est un verset très important, un verset essentiel, magnifique, bouleversant. Car ici Jésus pardonne et fait même plus que pardonner aux soldats romains puisqu’il prie pour eux. Pourtant, ils viennent de le crucifier et continuent à se moquer de lui et à voler ses affaires. Ils n’ont manifestement aucune repentance.

« Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils le crucifièrent là, ainsi que les deux malfaiteurs, l’un à droite, l’autre à gauche. Jésus dit : Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Ils se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort… Les soldats aussi se moquaient de lui. » (Luc 23:33-36)

La nuance du texte grec : explication plutôt que condition

Votre question est de savoir, je pense, si le fait de « ne pas savoir ce qu’ils font » était une condition au pardon, et que s’ils savaient ce qu’ils faisaient, Jésus ne le leur aurait pas pardonné ?

Ce qui est ici traduit par « car » est la particule grecque gar.

Si le « ils ne savent pas ce qu’ils font » était une condition, ce serait une autre particule qui aurait été employée : hoti, dioti… Mais ici, avec gar, je pense que ce « ils ne savent pas ce qu’ils font » est plutôt une explication, c’est une façon déjà de les comprendre, de les excuser, c’est une remarque que Jésus se fait en les regardant. Mais la proposition principale est bien « Père, pardonne-leur« , cet amour actif même pour ces personnes qui le traitent avec une grande injustice et cruauté.

La compassion de Dieu pour l’aveuglement humain

La seule cause au pardon de Jésus, c’est son amour pour le pécheur, il comprend l’homme pécheur et a compassion de lui.

Jésus cherche ensuite quelle est la racine du problème chez ces hommes, puisqu’il y a manifestement un problème dans le fait d’exécuter un innocent (du propre aveu même de Pilate, le gouverneur romain). Jésus discerne que c’est le fait « de ne pas savoir ce qu’ils font« , ce qui est une maladie assez problématique pour vivre sa propre vie et pour ceux qui sont dans les alentours. Assurément. C’est comme de conduire les yeux fermés, ce n’est pas une très bonne idée : non seulement on a toutes les chances de se faire du mal, mais on risque bien de blesser et de tuer des innocents. Comme nous le voyons avec ces Romains.

Justification et sanctification : les deux étapes du salut

Il me semble donc que Jésus prie Dieu ainsi :

  • L’invoquant comme son Père, il fait appel à son amour de parent pour ses enfants que voilà. Il fait appel à cette capacité qu’a Dieu de poursuivre notre engendrement, ce dont ces hommes ont particulièrement besoin, manifestement.
  • Ils ont besoin du pardon de Dieu, c’est la première partie du salut : la justification, Dieu nous pardonne et nous garde car il aime.
  • Ils ont besoin de soins afin d’éclairer leur lucidité, leur intelligence et leur cœur afin de mieux savoir ce qu’ils font et pourraient faire. C’est la seconde partie du salut : la sanctification.

Cette parole de Jésus est donc plus que du pardon, même sur la Croix il pense encore à ces hommes pour leur souhaiter le meilleur. Il manifeste en actes ce qu’il a prêché : l’amour de Dieu va jusqu’à aimer ses ennemis, à les bénir, à leur faire du bien (Matthieu 5:44-48).

Bonne lecture de la Bible.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

pasteur Marc Pernot

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En écho à ce texte :

7 Commentaires

  1. Oissila dit :

    Jesus vient de faire l’expérience humaine. Il comprend que c’est notre humanité, notre propre incarnation qui nous égare. On pourrait presque croire que Jesus explique ainsi à Dieu quelque chose que Dieu ne comprend pas, ne peut pas comprendre puisque Dieu dans son amour infini est aveugle à nos souffrances, car “incapable” d’errer. Il faut que le Fils soit passé par là.
    Le pardon serait-il de comprendre que c’est notre condition humaine qui nous rend capables d’erreurs et que c’est seulement en nous transcendant, comme Jesus, par amour les uns des autres que nous sommes capables de pardonner?

  2. Pascale dit :

    Merci, Marc, pour votre analyse de ce verset qui a certainement dû poser problème depuis bien longtemps, puisqu’il est intéressant de remarquer qu’il est mis entre crochets dans la NBS, ce qui indique qu’il n’est pas présent dans tous les manuscrits.
    Personnellement, ce que je trouve surprenant, c’est que Jésus prie Dieu pour le pardon, lui qui, mieux que personne, connaît l’amour infini du Père.

    1. Marc Pernot dit :

      Chère Pascale, c’est vrai, c’est assez étonnant. Mais à ce point de sa vie, Jésus me semble être subergé par la souffrance à la fois physique et face à l’injustice de ce qui lui arrive. Et il en pert un peu sa bonne théologie, si j’ose le dire comme ça. Sauf que, précisément, il travaille dessus : il interpelle Dieu « Pourquoi, En vue de quoi, tu m’as abandonné ? » , et en ce qui concerne le pardon, il me semble effectivement qu’il refile, si je puis dire, le bébé à Dieu : pardonne-leur toi, c’est ton boulot, parait-il. Et peut-être que son « ils ne savent ce qu’ils font » est déjà un début d’exaucement d ela part de Dieu, aidant Jésus à lui-même saisir la racine du problème au delà du symptôme épouvantable pour lui, afin de l’aider à pardonner, lui aussi ?

  3. Claire-Lise Rosset dit :

    Cher Marc
    Quand les violences subies dépassent la capacité d’y faire face et qu’on entend : pardonne et oublie ! Comme si le pardon effacerait l’offense subie. Or, neurobiologiquement, c’est juste impossible. Notre cerveau garde les souvenirs chargés en émotions positives ou négatives.

    Pendant plus de 25 ans, j’ai nourri ma réflexion sur la mal subi ou commis, le pardon, la justice divine, le silence de Dieu à en ressortir exsangue.
    Alors, j’ai fini par capituler. J’ai prié : mon Dieu, j’y perds mon latin dans ces histoires d’abus. Tu sais, sur la croix, ton Fils n’a pas dit : « Je » leur pardonne – il souffrait trop – mais Père, Toi, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font. La haine sans cause, la cruauté les aveugle. Le pardon pour moi, c’est simplement ne pas entrer dans la haine et la vengeance, pour être libre.
    Alors, aide-moi à renaître de mes propres cendres, comme ton Fils a relevé la femme courbée dans les évangiles.
    Cordialement
    Claire-Lise

    1. Marc Pernot dit :

      Chère Claire-Lise, merci pour cette magnifique prière, basée sur une très belle et très saine lecture de ce passage essentiel.

  4. Aurélie dit :

    Merci de cet article qui résonne avec ce qui me traverse.
    Je découvre ce texte autrement.
    Je voyais « pardonne-leur » adressé non seulement aux romains, mais à tous ceux qui ont œuvré pour que Jésus soit arrêté.
    Je vois pour la première fois dans ce passage ce mouvement de Jésus de passer par le Père pour lui confier ces hommes. Il n’a pas dit « je vous pardonne ».
    Et cela vient me soutenir, dans mon chemin là où mon cœur a encore du mal à pardonner, de bénir et confier au Père ceux qui m’ont offensé, de le prier de permettre à mon cœur d’accéder au pardon.

    1. Marc Pernot dit :

      Super ! Ne soyez pas trop dure vis à vis de vous-même, Dieu lui-même est patient vis à vis de nous, et toute vraie blessure demande du temps pour cicatriser. Notre cœur aussi même si l’on ne voit pas de sang dan sla blessure, elle n’en est que plus profonde, plus délicate à bien cicatriser. Vosu avez raison, c’ets à confier à Dieu dans la prière, aussi.
      Dieu vous bénit et vous accompagne

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