
Le pré-adamisme : et si Adam n’était pas le premier humain ?
Un lecteur demande si le pré-adamisme (l'idée d'humains créés avant Adam) est crédible. Le pasteur Marc Pernot explique pourquoi ce récit de la Genèse ne raconte pas une histoire ancienne, mais parle du présent de chaque être humain, frère ou sœur en humanité.
Question posée :
Bonjour
Meilleurs vœux
Croyez-vous en la théorie du pré-adamisme ?
Cdt
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir Monsieur,
Tous mes vœux de bénédiction pour vous, mille bonnes surprises tout au long de l’année.
D’où vient l’idée d’humains avant Adam ?
Je ne sais pas très bien d’où vient cette idée qu’il y aurait eu une création d’humains avant celle d’Adam. Peut-être vient-elle du fait qu’effectivement, le début de la Bible est une compilation de divers récits plus anciens que la Bible, qui ont été compilés et adaptés par divers auteurs afin de rendre compte de leur théologie, mais sans se soucier d’une parfaite cohérence entre ces divers récits (ce n’était pas trop la question pour eux). C’est ainsi qu’au début de Genèse 4, on se demande bien avec qui Caïn va faire des enfants, puisqu’a priori il est le seul humain sur terre (en plus de ses parents Adam et Ève). Je ne pense pas que ce soit une question si ces récits sont des contes théologiques et spirituels, mais pour ceux qui prendraient cela comme un récit d’histoire ancienne, cela peut en être une.
Alors, y aurait-il eu une création d’humains avant Adam et Ève ?
Tous frères et sœurs en humanité
Il me semble essentiel, au contraire, de poser le fait que tous les humains sont frères et sœurs en humanité. Cette histoire où tout commencerait avec Adam et Ève l’exprime magnifiquement.
C’est ce qu’exprime aussi cette histoire tirée de la littérature juive (midrash) :
Pourquoi Dieu ne créa-t-il qu’un seul homme ?
C’est pour nous enseigner l’égalité des êtres humains ;
nul ne peut se dire supérieur aux autres
car nous avons tous un même ancêtre.
C’est aussi pour cela que le corps d’Adam fut fabriqué
avec de l’argile provenant des quatre coins du monde :
nul ne peut prétendre que le monde ou Adam lui appartiennent ;
Adam appartient à tous les hommes au même degré.
Et encore :
Pour que le juste ne puisse dire : « Je suis fils de juste »
et l’impie : « Je suis fils d’impie »
Ou bien :
Pour que l’homme ne nargue pas son prochain, disant : « Mon père fut plus grand que le tien. »
Et encore :
Pour que chacun se sente responsable du monde entier : puisque le monde fut créé pour un seul homme, quiconque tue un être humain anéantit l’humanité tout entière et quiconque sauve un être humain sauve l’humanité entière. (cf. Patrice Rolin, « Des mots de la Bible »)
Un récit qui parle du présent de chacun, pas d’un passé historique
Cela dit, il me semble clair que l’histoire de la Genèse, avec Adam et Ève et le serpent qui parle, n’est pas le récit d’un passé historique, mais que ce récit parle du présent de toute personne, de Dieu qui est en train de nous créer, de nous bénir, de nous donner une vocation, et de nous qui avons tendance à vouloir être Dieu à la place de Dieu. Chacun de nous est cet Adam, cette Ève, et ce serpent est notre tentation de nous recroqueviller sur nous-mêmes. D’ailleurs, « Adam » signifie tout simplement en hébreu : l’humain, au sens tout à fait ordinaire, homme comme femme. Et « Ève » signifie tout simplement en hébreu « la vie ». Nous sommes ce couple Adam et Ève en dialogue avec Dieu et avec notre propre tentation.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
Par : Marc Pernot, pasteur à Genève
Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie :
- Adam et Ève
En écho à ce texte :
-
Je ne comprends pas comment on peut concilier science et foi quand on parle du péché originel et de la Genèse
-
Ma préoccupation est celle ci : Caïn avait eu qui comme épouse ?
-
J’ai des questions sur le Jardin d’Éden, et l’histoire racontée dans la Genèse. Dieu, qui est omniscient, sait-il ce qu’il va se passer ?

Bonjour Pasteur Pernot,
J’espère que vous allez bien depuis votre départ de Genève.
J’ai récemment re-pris l’étude du livre de la Genèse et je me rends bien compte que ces écrits ont été traduits, transmis et que leur sens est sujet à interprétation. Néanmoins, dans ce livre de la Genèse, peu de détails sont données quant à la création, au timing des évènements, ainsi, Adam semble avoir vécu longtemps seul, étant le seul humain crée, Genèse 1 et l’apparition d’Eve survient quand enfin tous ce qui a été crée ne pouvais correspondre à Adam comme aide et vis-à-vis. Donc, il y a pu avoir des êtres crées par Dieu pour matcher Adam, mais ils ne lui correspondaient pas…
De plus, les êtres crées par Dieu, anges, géants, fils des dieux etc. apparaissent dans la lecture du livre sans chronologie exacte et sans location. C’est un peu hors de l’espace – temps que nous connaissons aujourd’hui.
Donc, je présume que des êtres furent crées avant Adam, mais pouvons nous les considérer comme une race pré-adamique (humaine)?
Une phrase me semble difficile dans votre texte:
« … et de nous qui avons tendance à vouloir être Dieu à la place de Dieu… »
Fondamentalement nous sommes en Dieu, de Dieu et UN avec lui, (Jean 17) et « ce n’est plus moi qui vit, mais le Christ qui vit en moi ». Notre identification est source de souffrance, et être séparées comme vous l’écrivait fut la source d’une grande confusion dans ma vie. Merci pour votre BLOG!
Que Dieu vous bénisse!
Emanuela
voir peut-être https://fr.wikipedia.org/wiki/Homo_sapiens
Bonjour, Je suis encore dans le canton de Genève, et fort heureux d’y être, à vrai dire. Même si les temples où je sévis sont maintenant à Vandœuvres et à Cologny.
Bravo d’étudier ces textes tellement inspirants qui sont dans la Bible.
Ce récit de la Genèse n’est pas un compte rendu historique, ni une observation scientifique. C’est une prédication qui évoque notre propre histoire à nous, lecteur, le sens de notre être, notre finalité. C’est un récit fait pour nous inspirer et nous avertir. Dans cette histoire, chacun et chacune de nous est à la fois Adam et Eve, et le serpent, nous sommes Caïn et Abel. Et les géants aussi.
Quand il est dit que nous sommes un avec Dieu, cela ne veut pas dire que nous serions Dieu pour autant, mais que nous avons du divin en nous, que nous partageons avec Dieu certaines caractéristiques et que nous sommes attachés à lui, connectés. Ce que Jésus propose c’est d’aimer Dieu, d’avoir une relation de confiance avec lui (la foi), ce ne serait pas possible si nous étions fusionnés avec lui. Et ce ne serait pas bon, ce que Dieu aime quand il nous aime c’est une personnalité, et il espère notre libre créativité. C’est ce qui fait la richesse de l’humanité.
Merci pour les encouragements en ce qui concerne ce blog de l’Eglise protestante de Genève
Dieu vous bénit et vous accompagne