Une perspective théologique sur le rapport de Jésus à l’argent. Cet article montre comment situer les biens matériels à leur juste place pour préserver sa liberté spirituelle.
Jésus n’avait rien contre l’argent. Mais il remet l’argent à sa place, et cela fait du bien.
Le rapport de Jésus aux biens matériels
Contrairement à ce que l’on lit parfois, Jésus n’était pas pauvre. En effet :
- Dans la première partie de sa vie, il était artisan dans la construction (charpentier), ce n’est certes pas une profession de grand patron, mais cela se situe dans la classe moyenne.
- Ensuite, quand il devient rabbi itinérant, sa situation matérielle est plus compliquée mais grâce au soutien financier de personnes riches, Jésus a pu accomplir sa mission, être logé et manger à gauche ou à droite tout en ayant arrêté son premier métier (Luc 8:3).
- On sait aussi que Jésus et sa petite bande de disciples avaient une réserve d’argent pour aider des pauvres (Jean 13:29).
- Et quand il est crucifié, les soldats romains se disputent pour lui voler sa tunique qui était de très belle qualité.
Voilà en ce qui le concerne, et vis-à-vis des autres : il ne critique pas le riche Simon, chef des pharisiens, quand il va déjeuner chez lui, ni Marthe, ni Zachée chez qui il va aussi, ni le centurion, tous étaient des personnes aisées et ce n’est pas une question pour Jésus. Il y a bien un passage (Marc 10:17) où un jeune homme riche l’interroge car il cherche à mériter la vie éternelle, à l’acheter, et Jésus lui répond que s’il fallait mériter notre salut éternel, le prix serait impossible : toute la fortune du monde ne suffirait pas. Jésus ramène ainsi à l’amour de Dieu, source de la vie, et que l’amour est un miracle qui n’a pas de prix.
L’argent : un tyran potentiel ou un moyen d’action
Mais à ce propos, oui, il y a une question sur l’argent dans l’Évangile qui est soulevée par Jésus : la difficulté avec l’argent, c’est qu’il peut facilement devenir pour nous comme un redoutable tyran, un dieu féroce qui mange ses adorateurs (Luc 16:13).
- Si nous adorons l’argent comme si c’était un dieu, Jésus nous dit que nous avons alors un vrai problème. L’argent nous possède alors.
- Alors que si c’est vraiment Dieu qui est le Seigneur de notre vie, l’argent que nous possédons devient un moyen de faire le bien, de faire vivre. C’est vrai pour l’argent, et l’on peut remarquer le même phénomène avec le pouvoir, avec la santé, les plaisirs… qui sont bons quand ils sont à une juste place dans notre cœur.
Le véritable trésor intérieur
Jésus parle aussi d’une réalité de grande valeur : le trésor qu’est la présence de Dieu en nous (Matthieu 13:44 ; 2 Corinthiens 4:7).
Cet article est extrait de notre Petit Dictionnaire de Théologie (niveau 2), voir aussi les Définitions de base (niveau 1), les Mots qui piquent (niveau 3), et les Notions (niveau 4).
Pour aller plus loin sur ce thème
Des pistes de réflexion (Prédications & Méditations)
- Prédication : Jésus fait l’éloge de la sagesse pratique (Luc 16:1-13 – parabole du gérant injuste)
- Prédication : Payer ses impôts simplement en allant à la pêche (Matthieu 17:24-27)
- Méditation : Jésus lui dit : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres » (Matthieu 19:21)
- Méditation : « Elle a mis de son nécessaire, tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. » (Marc 12:44)
Études
- Que veut dire la parabole où Jésus dit « Faites vous des amis avec l’argent malhonnête ! » ?
- Jésus dit que les riches ne pourront pas entrer dans le royaume de Dieu ?
- Les paroles choquantes de Jésus : « Heureux les pauvres » ?
Vos questions concrètes
- On nous dit qu’il faut tout donner, renoncer à soi même, lâcher prise et laisser place à Jésus en nous ?
- C’est quoi l’amour de l’argent ? Comment on sait qu’on l’a ? Et alors comment s’en détacher ?
- Jesus diait de donner avec joie est-ce nécessairement de l’argent ? Doit-on donner la dîme ?
- Pierre pêche un poisson et en retire une pièce de monnaie pour payer l’impôt. Quelle leçon en tirer pour aujourd’hui ?
- Est ce que l’offrande doit toujours être versée à l’Eglise ? ou peut être donnée pour aider quelqu’un ?
- Pourquoi ne devons-nous pas demander à Dieu ce qui est de l’ordre du matériel ?







* point de vue sur l’argent et les richesses dans l’épître de Jacques :
Jacques 5,1-6 :
« A vous maintenant, les riches : Pleurez, hurlez à cause des misères qui viennent sur vous !
Votre richesse est pourrie, vos vêtements sont mités, votre or et votre argent sont rouillés ; leur rouille sera pour vous un témoignage, elle dévorera votre chair comme un feu. Dans les derniers jours, vous avez amassé des trésors ! Il crie, le salaire dont vous avez frustré les ouvriers qui ont moissonné vos champs ; et les clameurs des moissonneurs sont parvenues jusqu’aux oreilles du Seigneur Sabaoth.
Vous avez vécu sur la terre dans le confort et le luxe, vous vous êtes repus au jour de la tuerie.
Vous avez condamné, vous avez assassiné le juste ; il ne vous résiste pas. »
=> dans le contexte contemporain, ceci pourrait être traduit comme une invitation à faire attention à la justice de répartition des richesses produites par la combinaison capital d’investissement initial (nécessaire dès que l’argent est utilisé dans une société) + travail qui fait fructifier ce capital initial et permet d’être une source de revenus pour les salariés : pilier social du développement durable, bonne gouvernance des entreprises, intéressement au bénéfice des employés, plans épargne entreprise… Par ailleurs « vous vous êtes repus au jour de la tuerie. » peut être relu comme une invitation à faire attention au cynisme, à ne pas chercher à tirer profit des conséquences des catastrophes. Mais la bourse ou les prix immobiliers cotent… par tous les temps… Il est néanmoins en revanche possible d’attendre que les interprétations données dans les médias spécialisés des hausses ou des baisses des marchés soient de nouveaux principalement économiques et non catastrophiques. Est-il éthique de racheter un appartement à prix bradé juste après un krach immobilier où des milliers de familles se sont faites expulsées à cause de crédits immobiliers à taux variables qui se sont envolés (cas de la crise de 2007-2008, en particulier aux Etats-unis par exemple) ?
* point de vue dans la première épître à Timothée :
1 Timothée 6:9-19
« Oui, elle est d’un grand profit, la piété, pour qui se contente de ce qu’il a. En effet, nous n’avons rien apporté dans le monde ; de même, nous n’en pouvons rien emporter. Si donc nous avons nourriture et vêtement, nous nous en contenterons. Quant à ceux qui veulent s’enrichir, ils tombent dans le piège de la tentation, dans de multiples désirs insensés et pernicieux, qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition.
La racine de tous les maux, en effet, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont transpercé l’âme de tourments multiples.
Pour toi, homme de Dieu, fuis ces choses. Recherche la justice, la piété, la foi, l’amour, la persévérance, la douceur.
Combats le beau combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé, comme tu l’as reconnu dans une belle profession de foi en présence de nombreux témoins.
Je t’ordonne en présence de Dieu qui donne vie à toutes choses, et en présence du Christ Jésus qui a rendu témoignage devant Ponce Pilate dans une belle profession de foi : Garde le commandement en demeurant sans tache et sans reproche, jusqu’à la manifestation de notre Seigneur Jésus Christ, que fera paraître aux temps fixés le bienheureux et unique Souverain, le Roi des rois et Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l’immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n’a vu ni ne peut voir. A lui gloire et puissance éternelle. Amen.
Aux riches de ce monde-ci, ordonne de ne pas s’enorgueillir et de ne pas mettre leur espoir dans une richesse incertaine, mais en Dieu, lui qui nous dispense tous les biens en abondance, pour que nous en jouissions. Qu’ils fassent le bien, s’enrichissent de belles œuvres, donnent avec largesse, partagent avec les autres. Ainsi amasseront-ils pour eux-mêmes un bel et solide trésor pour l’avenir, afin d’obtenir la vie véritable. »
=> en prenant un peu de distance et de recul, les ordres et commandements me paraissent pouvoir être remplacés par des suggestions ou invitations ou réflexions, points de vue. Par ailleurs, l’épître 1-Timothée se rapproche ici de la théologie de l’épître de Jacques : salut par les oeuvres, plutôt que par la foi seule comme dans l’épître aux Romains. L’auteur (Paul ou un disciple) insiste sur la recherche de justice et de foi plutôt que sur l’amour de l’argent pour l’argent ou l’espoir en une richesse incertaine pour ceux qui ont déjà cette richesse ou qui souhaiteraient augmenter leur richesse (comme les épargnants, commerçants, salariés, investisseurs et traders par exemple…). Néanmoins, l’argent peut être utilisé comme un moyen pour réaliser ensuite des projets, auxquels on pense déjà, ou bien qui deviendront possibles, ou simplement pour assurer les fins de mois, payer les factures, les frais divers, la nourriture… Le problème serait de transformer l’argent ou la richesse espérée en objectif tellement ultime qu’il ferait se détourner de Dieu, de son humanité, si cela altérait profondément sa relation à autrui… Ce qui est appelé parfois idolâtrie de l’argent ou de la richesse, expression un peu ambigüe, car il ne s’agit pas d’une croyance en l’argent comme en une idôle, vu que l’argent a bien une utilité potentielle réelle, tant qu’elle est reconnue socialement comme moyen d’échange de biens et des services.
* interprétation des paraboles des talents et des mines dans les évangiles de Matthieu (25:14-30) et de Luc (19:11-27) :
Ces paraboles peuvent être interprétées comme une invitation à investir au moins une partie de son capital si l’on a un peu d’épargne au delà d’une épargne de réserve. Investir, y compris prendre quelques risques mesurés, évalués, pour accroître son capital ou celui de son entreprise, son association…, le faire fructifier, et réaliser peut-être des projets potentiels à partir de là. Dans cette perspective, la richesse est simplement un moyen d’accomplissement, un potentiel nouveau dans la sphère sociale et économique. A voir ensuite, et après avoir dûment payé les impôts (interprétation contemporaine et contextualisée du verset « Rends à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu »), si ce potentiel
nouveau peut être mis au service de bonnes choses, selon sa propre espérance et son propre point de vue, ou selon des contraintes, ou selon des objectifs que l’on se donne.