Pourquoi ne devons-nous pas demander à Dieu ce qui est de l’ordre du matériel ?

Illustration : une femme prie debout sur une jambe - Image: '205320' http://www.flickr.com/photos/44452897@N05/39360246574 Found on flickrcc.net

On prie comme on veut

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Marc,

Comme disait un théologien « Dieu est esprit, notre foi est en un Dieu esprit et ce que nous lui demandons est de l’ordre du céleste et non du terrestre, puisque lui est céleste. »

Pourquoi ne devons-nous pas demander à Dieu ce qui est de l’ordre du matériel ? N’avons nous pas besoin de ce matériel pour vivre, même si le matériel ne doit pas orienter notre vie. Je ne sais pas si on a voulu dire dire que le matériel relève de notre responsabilité.

Que devons demander à Dieu ? Toutes les demandes matérielles sont elles les idolâtries?

Très amicalement.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Cette question que vous proposez : « Que demanderais-je à Dieu ? » est excellente, et très utile. L’histoire d’Aladin nous propose de nous poser un peu la même question : imaginez qu’en frottant une vielle lampe achetée dans une brocante un génie en sorte et nous propose d’accomplir trois de nos vœux et trois seulement, que demanderais-je ? Pourquoi est-ce que cette question de savoir qu’est-ce que je demanderais à Dieu est essentielle ? Parce qu’elle nous permet de savoir quel dieu nous adorons en réalité.

Car notre dieu n’est pas toujours celui que nous pensons. En effet, par définition, c’est ce que j’adore qui est mon dieu. Ou cela tient lieu de dieu pour moi, cela a cette fonction du point de vue de l’existence, de la façon de vivre, d’espérer, d’évoluer (que par ailleurs je dise ne pas croire en Dieu ou croire au Dieu révélé par Jésus-Christ). Par conséquent : quand je prie en demandant la santé à Dieu, qu’est-ce que j’adore en vérité ? C’est mon corps et ma santé. Par une semblable prière, en réalité c’est son corps et sa santé que l’on adore, et c’est donc nous mêmes que nous avons pour divinité et l’on cherche à se servir de Dieu comme d’un valet au service de notre qualité de vie.

Par exemple il y a des gens qui disent de pas croire en Dieu et qui sont, de fait, animés d’une passion religieuse pour quelque chose, comme l’argent, la montagne ou tel idéal politique… D’autres personnes croient en Dieu, intellectuellement, mais ne pensent jamais à lui et n’attendent donc rien de lui concrètement, parce qu’ils espèrent autre chose, qu’ils adorent autre chose, un autre dieu.

C’est ce que fait remarquer Maître Eckhart avec un art de la formule et une pertinence qui l’ont rendu célèbre, il dit : « Lorsque l’on invoque Dieu en ayant en vue un bien de ce monde, ce n’est pas Dieu que l’on invoque, mais l’on invoque ce qui fait l’objet de la prière, et on utilise Dieu comme un valet. » (Les dits de Maître Eckhart, N° 39)
Saint Augustin dit à peu près la même chose : « C’est à ce que tu aimes que va ta prière. Tu invoques ce que tu appelles en toi, tu invoques ce que tu veux avoir en toi. Or, si tu invoques le Seigneur afin qu’il t’arrive de l’argent, un héritage, une dignité du monde, tu appelles en réalité des biens que tu désires posséder, tu te fais un Dieu complice de tes convoitises, non un Dieu qui écoute les prières. » (Discours sur le Psaume 85 §8)

Mais avant Eckhart et Saint Augustin, Jésus lui-même dit que ceux qui prient Dieu pour avoir de l’argent ou de la santé, tout en croyant en Dieu, puisqu’ils le prient, sont en réalités d’une certaine façon des païens, puisqu’en priant ainsi, ils sont des adorateurs de Mammon, le dieu de l’Argent, ou d’Esculape, le dieu de la santé…

C’est dur, comme sentence, de se faire traiter de païen. Mais ce n’est pas pour nous accabler que Jésus dit cela, mais pour nous aider à vivre, bien sûr. Car autant savoir quel dieu on adore, en réalité, parce que cela va nous façonner jour après jour, année après année.

Jésus ne critique pas le fait que nous ayons besoin d’argent, de vêtement, de nourriture et de santé. Dieu sait que nous avons besoin de tout ça, nous dit Jésus. Mais il ne faut pas pour autant que nous nous laissions aller à faire de ces choses des dieux. Car ce sont des choses utiles dans la vie, mais ce ne sont pas des sources de vie. Au moins, il me semble bon de chercher ce qui est pour nous vraiment, sincèrement, une source de vie et de vie plus belle, plus vivante. Par exemple, il est possible de répondre : la bonté, la tendresse, l’amour, l’art… ce n’est pas faux, je pense.

Et puis, il y a Dieu, qui est la seule source transcendante de vie, de mouvement et d’être.

Il n’est donc pas génial de demander à Dieu la santé ou la richesse, même pour des personnes que nous aimons. Ce n’est pas que ça fâcherait Dieu, bien sûr que non, mais c’est parce que cela n’est pas bon pour nous.

Par contre, je pense qu’il est bon de penser devant Dieu à ce qui nous préoccupe, et le laisser faire ce qu’il pensera bon. Il sait bien mieux que nous ce qui est bon pour nous. Il sait ce qu’il peut faire (il ne peut pas faire n’importe quoi). Et ce qu’il fait est toujours assez surprenant (c’est le propre d’un créateur de créer des choses jamais vues auparavant). Car vous avez raison. Le corps, les dimensions matérielles, sociales, relationnelles, psychologiques… de notre vie sont importantes, très importantes pour nous. Comme le dit Jésus, notre Père qui est dans les cieux sait très bien que nous en avons besoin.Il ne s’en fiche pas et il est normal que nous nous en préoccupions pour nous-mêmes mais aussi pour notre prochain.

Que demander à Dieu ? Fondamentalement, la seule « chose » que nous puissions donc demander à Dieu sans devenir païen, c’est Dieu lui-même, c’est lui demander sa présence active, lui dire « Que ta volonté soit faite », comme le fait Jésus après avoir exprimé ce que lui a comme projets et comme espérance. C’est pourquoi nous terminons notre prière par : Amen. En un mot, cela veut dire « que ta volonté soit faite ». Pourtant, la foi n’est pas une soumission à Dieu, car nous pourrons ensuite faire selon notre conscience, mais c’est une confiance, une espérance que Dieu, de son côté, fera ce qu’il a à faire pour nous et en nous, et que ce sera bien. La foi n’est pas non plus une superstition, pensant que par nos rites et nos prières nous pourrons avoir plus de chance dans notre vie : pas du tout.

Alors est-ce que demander à Dieu des choses matérielles est de l’idolâtrie, oui, un peu. Mais pas de panique, Dieu nous comprend, et nous regarde avec respect, bienveillance. C’est parce que nous sommes pécheurs que nous avons besoin de lui. Et, lui, s’approche de nous pour nous aider, il vient en nous, d’une certaine façon, à travers le meilleur de nous-même. C’est pourquoi : même si nous prions un peu maladroitement, au moins, nous prions et c’est déjà bien. Ensuite, si nous pouvons progresser, ce ne sera pas pour que Dieu nous écoute mieux, ce sera pour que, nous, puissions être plus réceptif à ce que Dieu veut et peut nous apporter pour nous donner la vie.

Que Dieu bénisse votre prière.

par : pasteur Marc Pernot

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3 réponses

  1. Amanda dit :

    Bonjour,

    Je trouve vos articles assez pertinents, mais dans ce cas là, si l’on réfléchit bien, Le Notre Père (pourtant la prière de base enseignée par Jésus lui-même) est-elle une prière païenne ou de l’idolâtrie?

    Puisque l’on demande clairement aussi du pain comme le pardon des péchés et d’être délivrés du Mal.

    De plus, Jésus dit que notre Père qui est aux cieux sait ce que nous avons besoin mais que nous devons faire connaître au Père nos requêtes.

    C’est un peu paradoxal par rapport au fait d’être assuré au moins 6 fois d’avoir sa prière exaucée, dès qu’elle soit en conformité avec la volonté de Dieu, et en contresens être païen prier Dieu pour être en bonne santé ou pour la santé de nos proches.
    J’ai un doute sur ce point.

    Merci

    • Marc Pernot dit :

      Bonjour
      J’ai fait toute une prédication récemment sur cette question, peut-être vous intéressera-t-elle ? https://jecherchedieu.ch/temoignages/tout-ce-que-vous-demanderez-au-nom-de-jesus-accorde-jean-14/
      Mais sinon, dans le notre père, les demandes consiste à demander ce que Dieu a déjà promis.
      Le pain peut se traduire aussi bien par « pain de ce jour » ou pain spirituel » (il y a marqué littéralement pain « super-substantiel »), Dieu nous nourrit de sa Parole, de l’amour manifesté en Christ. Le demander c’est comme tendre la main pour prendre ce que Dieu nous tend depuis notre origine. De même pour son pardon, de même pour nous accompagner afin de nous soutenir et de nous garder.
      Donc, non, ce n’est pas une prière tellement païenne que cela, je pense.
      Dieu vous bénit et vous accompagne
      Mil mercis pour les encouragements

  2. Amanda dit :

    Merci pour votre réponse et amabilité!

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