Quand l’aide apportée à un proche devient une source de souffrance, la culpabilité s’installe souvent. Cet article explore les frontières de la charité chrétienne et du pardon à travers un échange pastoral éclairant. En s’appuyant sur les textes bibliques, il rappelle que la foi offre la liberté de fixer des limites saines pour préserver sa propre vocation sans culpabiliser.
La question de Mathilde : Face à la culpabilité de s’éloigner d’un proche
Bonjour.
On doit toujours essayer de faire au mieux pour quelqu’un, mais quand on s’aperçoit, par exemple, d’avoir essayé d’aider quelqu’un et que son comportement finit par vous porter préjudice par des comportements inappropriés, est-ce que c’est mal de prendre des distances ? Je culpabilise.
Je me suis rapprochée d’une voisine qui traversait une mauvaise passe et maintenant… des paroles me blessent, son comportement vis-à-vis de moi me met fort mal à l’aise… Elle est assez seule donc ça m’ennuie de m’éloigner, mais vraiment je gère plus là. Maladresses ? Je ne me sens plus trop l’envie de lui ouvrir ma porte.
Est -ce mal ? Jusqu’où est-on dans la logique du pardon et de la charité ?
Merci pour votre retour.
Mathilde
La réponse du pasteur
Chère Mathilde,
Il me semble vraiment que vous avez bien discerné, il faut prendre de la distance avec cette personne. Mais sans aucune récrimination, sans reproches à son égard. Si elle vous demande pourquoi, vous pouvez répondre que vous êtes un petit peu fatiguée en ce moment, ce qui est le cas.
Il me semble que c’est juste pour plusieurs raisons :
Le discernement nécessaire dans la relation d’aide
Pour la personne : quand on a aidé une personne, il arrive assez fréquemment que la personne nous en veuille de l’avoir aidée ! Ça peut sembler étrange, mais ça dépend de la psychologie de la personne. Même si on n’a vraiment pas fait sentir qu’elle nous devait quoi que ce soit contre le service, il arrive qu’à cause d’un déficit spirituel, la personne se sente dévalorisée d’avoir eu besoin d’aide. Donc ce n’est pas la peine d’insister.
Pour nous, qui avons aidé : on ne peut pas aider le monde entier et donc on aide en suivant ce qui est notre vocation personnelle du moment. Il faut le sentir. Si on se force au point de ne pas le faire de bon cœur, on s’épuise et ça n’aide pas tellement, en réalité.
L’exemple biblique du bon Samaritain
D’ailleurs, quand on regarde la fameuse parabole du bon Samaritain de Jésus (Luc 10:35), il rend service à l’homme blessé, puis il s’efface, il retourne à ses affaires et il laisse se débrouiller la personne pour la suite. C’est un coup de pouce, ce n’est pas une aliénation pour la personne aidée, et ce n’est pas une servitude pour la personne qui a aidé. Avoir aidé une fois : c’ets déjà bien. Deux fois ou trois fois : c’est de la fidélité, mais ce n’est pas non plus nécessairement un abonnement à vie.
Pardon, prière et liberté chrétienne
Pour répondre à votre question sur le pardon, je ne pense pas que ce soit une question de pardon. Parce que vous ne voulez pas qu’elle se fasse écraser par un bus, il n’y a donc pas de haine ou de rancune, mais simplement un diagnostic lucide que ça ne fonctionne plus trop bien.
Mais oui, effectivement, c’est difficile de discerner quel service à rendre, jusqu’où aller dans le service, dans la patience, jusqu’où supporter les mauvaises humeurs des uns ou des autres. C’est pourquoi la prière est absolument irremplaçable. Il faut présenter simplement la chose exactement comme vous venez de le faire dans la prière. Laisser cette question maturer 12 au 24 h, puis essayer de discerner et de décider, ce qui n’empêche pas de revenir ensuite pour une nouvelle évaluation.
En tout cas, le propre de la vie chrétienne, c’est cette liberté que donne la grâce de Dieu.
J’aime bien ces paroles de Jésus quand il parle d’une femme qui avait mis 10 000 fr. de parfum sur ses pieds. Il prend sa défense auprès des disciples qui l’avaient critiqué en disant : « Pourquoi lui faites-vous de la peine ? Elle a fait ce qu’elle a pu. » Moi j’adore ce « elle a fait ce qu’elle a pu », ce n’est pas de la condescendance, c’est extrêmement libérant et encourageant : il faut faire les choses sincèrement comme on le sent, indépendamment du jugement des autres. A la grâce de Dieu.
Bravo pour votre bon cœur et votre sincérité, votre recherche d’être fidèle.
Dieu vous bénit et vous accompagne avec tendresse.







