Jesus disait de donner avec joie est-ce nécessairement de l’argent ? Doit-on donner la dîme ?

Par : pasteur Marc Pernot

des pièces de monnaie suisses - Photo by Claudio Schwarz | @purzlbaum on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonsoir
J’ai une question sur l’argent
Doit-on donner la dime à l’église?
Jesus disait de donner avec joie est -ce nécessairement de l’argent?
Doit-on donner à la veuve et l’orphelin?
Certaines églises affirment que ne pas donner sa dîme c’est fermer la porte à la prospérité matérielle…
Merci pour votre réponse.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir,

Je pense que, certainement, cette idée que « Ne pas donner sa dîme c’est fermer la porte à la prospérité matérielle... » est une invention de dirigeants d’église afin de pousser les fidèles à donner 10% de leurs revenus à l’église. Cela a des effets pervers,car cela encourage à la fois l’égocentrisme (car alors si l’on donne, c’est en vue de son intérêt personnel), mais encore pire : cela pousse à penser que la bénédiction de Dieu n’est pas motivée par son amour mais par une sorte de chantage, un donnant donnant.

Or, ça ne marche pas comme ça et ça ne doit pas marcher comme ça.

Ça ne marche pas comme ça, car :

  • le principe même de Dieu, c’est la grâce, il donne tout ce qu’il peut de bénédictions pour aider chacun, parce qu’il s’intéresse à nous et nous aime. Jésus dit que Dieu fait pleuvoir (ses bénédictions) sur les justes et sur les injustes, qu’il fait du bien à ceux qui lui font du mal, qu’il bénit (aussi) ceux qui le persécutent.
  • Cette idée de recevoir de la prospérité ou la vie future si l’on donne des sous à l’église : ce n’est donc vraiment pas dans la logique de l’Evangile du Christ. C’est plutôt la logique de ce monde où quand on va à la boulangerie, on doit donner le prix affiché pour avoir sa baguette de pain. C’est normal pour le commerce. Mais l’amour ne se marchande pas. C’est un autre domaine. Une autre logique, même entre deux amoureux, ou entre de bons parents et de bons enfants.

Et la générosité ne doit pas marcher comme ça, sous pression :

  • Parce que si on est dans l’idée que si l’on donne on sera récompensé en retour : alors, si l’on donne à l’église ou à un pauvre, ce serait alors en pensant avoir soi-même un avantage en retour (avoir de la prospérité, de la chance, ou même de gagner son petit paradis pour la vie future)? Mais alors, si on donne au pauvre, ce n’est plus tellement en pensant à la personne qui est dans le besoin, mais c’est à soi-même que l’on pense et le pauvre n’est plus pour nous qu’un vulgaire accessoire qui nous permet d’améliorer notre confort dans le futur !!! Et dans cette logique, si l’on donne à l’église ce n’est pas par reconnaissance à Dieu ou pour que l’Evangile puisse être annoncé, mais c’est (aussi, et peut-être d’abord) pour soi-même. Cela n’a plus rien à voir avec le cœur, le don, la générosité, ou pour un idéal.
  • Et si l’on annonce que les personnes qui donnent bien à l’église sont récompensées par de la prospérité matérielle : cela injurie les personnes dans la misère. Non seulement elles ont du mal à vivre à la fin du mois (peut-être même dès le début du mois), mais en plus on leur suggère que si elles sont pauvres ce serait de leur faute, parce qu’elles n’auraient pas assez de foi, ou n’auraient pas assez donné dans le passé, ou qu’elles seraient moins aimées de Dieu ! Quelle cruel message, juste le contraire de l’Evangile du Christ.
  • Et puis s’il y a un tarif pour ce que l’on devrait donner, même s’il n’est que suggéré par l’église à titre indicatif : « donnez tant de % de votre revenu pour l’église, et tant de % pour les pauvres », cela peut être très culpabilisant. La vie est parfois difficile, on a pu avoir un problème de voiture, on a pu mal calculer ses frais et avoir pris un logement un peu au dessus de ses moyens, on peut avoir à payer des études pour son enfant, on peut avoir besoin de vacances pour reprendre des forces après une année stressante… ou tout simplement on peut avoir du mal à donner car on est esclave de ses possessions. alors si l’on n’arrive pas à donner ce que l’église a indiqué, comment le vivre ? Certaines personnes vont le vivre en culpabilisant de ne pas avoir atteint l’objectif indiqué, peut-être même que certaines personnes vont le vivre en se disant que Dieu serait déçu de nous, ou peut-être même fâché ? C’est complètement faux de le penser, et c’est très cruel de même des personnes en situation de le penser. Dieu n’est pas comme ça, il comprend, il pardonne, et il cherche à tout faire pour nous aider à avancer.
  • Au contraire, quelqu’un qui a donné plus que ce qui aurait été suggéré pourrait se dire qu’il est un bon chrétien,  et que si sa vie matérielle est facile, ce n’est que justice, et que s’il tombe malade en vouloir à Dieu (qui n’y peut rien, bien sûr, il n’est source que de vie, pas de la maladie).
  • Et puis s’il y a un tarif de don indiqué, cela coupe tout esprit prophétique.  C’est à chacun de voir ce qu’il fait de créatif avec sa vie, ses resources, son argent, son temps, ses dons. Jésus l’explique avec une petite histoire qu’il invente, un homme est agressé et reste blessé sur le bord du chemin, par hasard un bon samaritain passe, voit le blessé et lui vient en aide. Personne lui a dit de faire cela,  il le fait par le cœur et la foi, par l’inspiration personnelle de l’instant, il n’avait là rien de planifié, rien de commandé par un autre. Et Dieu nous donne son esprit qui fait de chacun de nous un ou une prophète afin que nous soyons capables d’avoir ce génie de trouver ainsi ce que l’on peut faire de bien.

Bref, je suis assez horrifié par l’idée même qu’il faudrait payer pour avoir la foi & les autres bénédictions de Dieu ! C’est comme si l’on demandait à l’enfant nouveau né de sortir sa carte bancaire avant de pouvoir téter le sein de sa mère !

Mais de toute façon, Jésus n’a jamais dit qu’il faudrait donner la dîme. Il n’a même jamais demandé un centime de don de la part des gens, ni pour leur annoncer l’évangile, ni pour les aider. Jamais. Bien sûr, comme Jésus a arrêté son travail de charpentier pour annoncer l’évangile un peu partout, il faut bien qu’il soit aidé par certaines personnes pour vivre, mais ces personnes le font volontairement, par amitié pour lui (comme Marthe), par curiosité (comme un pharisien qui reçoit Jésus à table), ou par reconnaissance, par volonté de participer à la diffusion de cette bonne parole. Mais Jésus n’a pas levé de taxe à 10%, ni même à 0,02 %… Pour « justifier » l’a loi de la dîme dans leur église, certains parlent d’Abraham qui donne 10% de son butin à Melchisédek. Mais quand Abraham il fait ce don, précisément, personne ne dit à Abraham de le faire, c’est juste un don libre et volontaire. Il aurait aussi bien pu ne rien donner, ou donner les 99% de sa fortune comme le milliardaire américain Warren Buffet.

En réalité, que conseille Jésus ? D’aimer Dieu de tout son être et d’aimer son prochain comme soi-même. Pour être parfait, combien faudrait-il donc donner ?

  • 100% de son argent, de ton temps, de son cœur pour Dieu
  • 100% de son argent, de ton temps, de son cœur pour les autres humains, qui ont besoin de notre aide
  • 100% de son argent, de ton temps, de son cœur pour nous-mêmes, car si nous ne sommes pas en forme, on ne pourra plus aimer ni Dieu ni personne. Ni aider la veuve, le pauvre et l’orphelin.

Ce n’est pas possible ? Évidemment, que ce n’est pas possible, pour personne, pas même pour Jésus ! Mais ce texte n’est pas un commandement à appliquer dans la soumission, ce que Jésus nous donne c’est ce conseil de faire attention à ces trois axes, et ensuite de faire au mieux, de faire selon notre cœur, selon notre choix personnel, selon nos forces aussi, et de le faire avec intelligence, grâce à Dieu.

Donc chacun donne ce qu’il veut, ce qu’il peut. Dans notre église, c’est comme cela aussi, et les autres personnes de l’église ne sauront pas si l’on donne, combien on donne ou si l’on ne donne pas. C’est bien comme cela, car la valeur essentielle est le cœur et la sincérité, et personne ne connaît les difficultés que rencontre telle ou telle personen dans sa vie matérielle.

Du coup, c’est vrai que bien des personnes ne donnent rien, certaines personnes sont très généreuses, d’autres ne donnent que quelques sous.  Alors… notre église a souvent de la peine à boucler son budget, nous faisons attention aux dépenses, et nous faisons moins que ce que nous pourrions faire. Mais au moins les dons à l’église sont faits de bon cœur, et pour de belles raisons, pas pour acheter une première place ni à l’église ni au ciel.

Et vous avez bien raison : le don offert à Dieu ne se résume pas au don d’argent pour l’église : on peut aussi donner de son temps et de son énergie à l’église, et l’on peut donner aussi hors de l’institution, par exemple en témoignant de sa foi auprès de ses proches.

Et vous avez vraiment raison, il est normal que l’amour de Dieu pour nous inspire des sentiments de compassion pour ceux qui souffrent. Nous pouvons alors ressentir l’envie d’aider une personne qui a besoin d’aide matérielle, ou d’une parole, ou d’un coup de main. Et quand nous pouvons le faire, c’est une joie, mais jamais une obligation. Et il est utile d’essayer de faire sentir à la personen que nous avons aidée qu’elle n’a pas de dette envers nous à cause de cela, que si un jour elle a l’envie et la possibilité d’aider une autre personne, cela sera génial.

Dieu bénit votre don, et en a une gratitude joyeuse, de toute façon

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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Marc Pernot

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14 réponses

  1. Rufine dit :

    Bonsoir,
    Aujourd’hui à l’église notre pasteur nous a précisé que désormais nous payerons la dîme par le biais d’une carte. Car Dieu lui a dit que les membres de l’église ne prospèrent pas à cause de la dîme. Sur la carte notre nom sera inscrit ainsi que le montant de la dîme payée à déposer dans l’offrandier. Au moment du partage des cartes, j’ai refusé de la prendre parceque cette manière de faire ne me convenait pas dans mon cœur. J’ai toujours apprécié de faire des dons librement. Je fais partie du staff de l’église et le fait que j’ai refusé devant l’assemblée a fait l’objet de commentaires puisque j’étais la seule à décliné. Aïe je mal agir ?

    • Marc Pernot dit :

      Bonjour
      Je pense que vous avez fort bien agi.
      Cela me semble même prophétique.
      Un amour véritable ne s’achète pas. L’amour de Dieu est le plus grand amour. Il est impossible d’imaginer que sa bénédiction dépende de nos dons.
      Et comme vous dites, avec Christ nous sommes sous la grâce, pas sous des lois. C’est librement par l’Esprit que nous donnons ce que nous pouvons mettre de côté pour le service que nous choisissons nous-même.
      Jésus lui-même dit que notre main gauche ne sache même pas ce que notre main droite a donnée. Le montant de votre offrande ne regarde que vous. Ce n’est à personne de juger.
      Je pense que cette église prend un mauvais virage, promettant la prospérité à ceux qui donnent plus de sous à l’église. C’est souvent le pasteur qui est dans la prospérité, en prenant l’argent des pauvres…
      Dieu vous bénit et vous accompagne

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