Comment méditer la bible ?

Par : pasteur Marc Pernot

un homme lit la Bible, assis sur un banc, en pleine nature, face à la mer - Photo by Ben White on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour
Comment méditer la bible ?
Merci

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

C’est vraiment une excellente question.

Nous aimons beaucoup étudier la Bible, se pencher dessus pour y chercher d’abord ce qui est réellement écrit ce qui demande de chercher avec des outils puissants les passages bibliques utilisant les mêmes mots, de chercher aussi la structure du texte, en chercher le contexte de la rédaction de ce texte pour essayer de comprendre à quelles problématiques il répond). C’est ce que nous faisons par l’exégèse. Ce domaine a bien progressé au cours du XXe siècle en particulier grâce aux fouilles archéologiques qui ont permis de mieux cerner le sens possible de mots rares.

Cette lecture rigoureuse est pour nous comme un travail préparatoire car, à moins d’être historien, ce qu’on vécu des personnes il y a deux mil ou trois mil ans n’est en réalité qu’une anecdote pou rnous aujourd’hui. C’est pourquoi, dans un second temps, nous sommes amenés à chercher ensuite quel sens pourrait avoir ce texte biblique pour nous. Le texte proposait un déplacement du point de son point de vue à son destinataire. Comment traduire ce déplacement pour nous, lecteur d’aujourd’hui ? Cela demande de faire attention à la fois au texte et aux circonstances de notre vie, et la situation de notre monde présent. Quelel interrogation, quelle lecture de notre situation nous pouvons en tirer profitablement ?

Mais là encore, c’est un travail qui est plus théologique, philosophique et éthique. C’est bien intéressant et peut changer notre perspective de vie, orienter notre espérance et nos choix. C’est vrai. Mais l’intellect n’est pas le tout de la personne humaine. C’est pourquoi votre question est très importante. En plus de la lecture rigoureuse que j’évoque (trop) rapidement ci-dessus, il existe une méditation de la Bible qui me semble très importante pour nous aussi. Elle ne remplace pas la lecture par l’analyse, je pense qu’elle la complète fort utilement. Chacune des deux lectures, celle par l’analyse et celle par la méditation peuvent alors se nourrir mutuellement, s’inspirer mutuellement, et se corriger aussi mutuellement.

  • La lecture par l’analyse a le risque d’être trop sèche et de ne pas réellement nous changer, elle peut nous dire ce que c’est que l’amour selon le Christ mais sans que cela nous aide à aimer en réalité. Elle va nous parler d’espérance mais sans nous aider à espérer. Elle va nous dire que la foi (la confiance) en dieu est importante mais sans toujours nourrir cette confiance… C’est alors que la méditation de la Bible, une lecture priante nous implique plus profondément, nous aide à nous laisser convertir par Dieu.
  • La lecture méditative est donc plus intime, plus profonde, seulement, elle risque de surfer sur nos émotions, nos imaginations, nos hormones, nos blessures anciennes, nos impressions laissées par un film… ce qui n’est peut-être pas toujours pour le meilleur. C’est là que l’analyse de la Bible par l’intelligence, la théologie et la philosophie viennent au secours de notre imagination poétique. Il y a aussi un trésor dans les questions et réflexions tissées par les théologiens, exégètes et philosophes au cours des millénaires. Ce trésor nous est laissé comme un héritage pour que nous le fassions vivre, à notre façon.

Comment donc « méditer la Bible » ?

  • D’abord en se mettant dans un esprit de prière, dans la confiance en Dieu. Cette confiance est à mon avis indispensable car c’est ce qui peut nous aider à nous ouvrir au « travail » de l’Esprit en nous. Alors que si nous avions peur que Dieu ne nous soit pas favorable, il y a le risque de se cramponner à des codes, des carcans de croyances. Pour entrer dans cette confiance, il me semble bon de méditer d’abord rapidement un psaume ou un texte de l’Evangile qui parle le mieux pour nous de l’amour infini de Dieu pour nous, sans condition. Il faut donc d’abord se constituer un petit trésor de quelques textes bibliques comem cela, que nous aimons particulièrement. Par exemple le Psaume 23, ou les béatitudes (Matthieu 5:1-12), ou le « venez à moi vous tous qui êtes chargés… » (Mt 11:28-30), ou la parabole de la brebis retrouvée » (Luc 15:2-6) de Jésus, ou l’hymne à l’amour de Paul qui nous parle si bien de Dieu (1 Corinthiens 13:4-8 ou 1-13)…
  • Ensuite un temps de méditation, de contemplation de Dieu en tant qu’amour, que bon soin pour nous, en particulier pour celui ou celle qui se perd.
  • Il est temps alors de lire le texte, le passage choisi. Le mieux me semble être une lecture continue, par exemple des évangiles. Ne pas prendre un passage trop long mais juste un épisode. Ou même parfois un fragment s’il suffit. Le lire d’une traite. Puis prier, se placer devant Dieu, encore, se placer devant ce Dieu qui nous soigne, nous nourrit, nous appelle, nous enseigne,nous fait voir la réalité vue d’en haut.
  • Relire ce passage lentement, fragment par fragment, phrase ou portion de phrase, ou même un seul mot. Et là encore, se plonger dans ce que cela nous dit. Sans se soucier de rigueur historique de notre lecture, surtout sans lire les commentaires qui sont parfois en bas de page (qui viendraient polluer ou occulter notre propre dialogue de l’Esprit en nous), sans se laisser brider par les dogmes de son église ou de son éducation, sans ruminer non plus ce qui nous arrive dans notre vie (cela aura été fait avant parfois déjà trop), juste se laisser impressionner par ce que le texte peut nous dire dans l’instant, qu’il nous rejoigne là où nous sommes. Laisser cheminer notre émotion, peut-être de voir dans le texte le Christ nous parler à nous, aujourd’hui, Dieu avoir de bons projets pour nous, aujourd’hui. Peut-être que tel fragment ne nous dit rien quand nous nous sommes arrêté dessus et médité dessus, ce n’est pas de notre faute, tout ne nous parle pas chaque jour, peut-être une autre fois. Continuer donc tranquillement avec la phrase suivante sa méditation.
  • Au cours de cette méditation, il me semble bon d’écarter rapidement toute pensée négative contre Dieu, contre telle personne, contre la vie et nos défauts… se dire que oui, cela existe aussi mais qu’il n’y a pas que cela et que c’est ce que l’on est venu chercher : le bien que Dieu nous apporte pour aujourd’hui. La vocation peut-être, que nous pouvons entendre.
  • S’il nous vient un mot, une phrase de prière, une espérance, une résolution, une parole de gratitude envers Dieu ou envers une personne : essayer de la noter sur un petit carnet. Cela nous permettra d’avancer, de les retravailler ensuite par l’analyse et l’intelligence. Et repartir de cela le lendemain, si l’on veut, dans notre lecture méditative.
  • Terminer par une prière personnelle, ou une prière que l’on aime bien, ou par le « notre père ».
  • Et, si vous voulez, par ce mot tout simple adressé à Dieu, à vous de trouver quoi, par exemple : « Mon Dieu, je te fais confiance, et désire marcher avec toi. Amen »

Une certaine régularité dans l’exercice me semble favorable, comme pour l’exercice physique. Un petit peu chaque jour, pas trop longtemps pour que ce soit léger, me semble une bonne chose. Quitte à faire cela pendant une semaine ou un mois de temps en temps dans son année.

Si vous avez des pistes personnelles, n’hésitez pas à nous en faire part.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie , dans sa 2e partie, plus avancée :

Print Friendly, PDF & Email

Vous aimerez aussi...

8 réponses

  1. Dom BURKHARDT dit :

    Ce pasteur est passionnant, si clair, si accessible, si adroit, si bon.

  2. Plume dit :

    Grand merci pour ces approches qui se nourrissent mutuellement, et la présentation de cette approche en particulier !

    Voici un petit outil de navigation entre les pages de ce site qui présentent plusieurs approches possibles.

    A. Établissement et traduction des textes
    1. établissement des textes et recherche de variantes basées sur des manuscrits bibliques historiques avant l’imprimerie et l’informatique ou des fac-similés fidèles de ceux-ci : https://jecherchedieu.ch/dico-de-mots-qui-piquent/variantes-lectio-difficilior-lectio-brevior/ (apparemment par exemple le codex Bezae en latin et en grec présenterait des variantes assez originales qui ouvriraient sur des interprétations renouvelées et intéressantes, ce qui apporterait de la diversité enrichissante, un peu de même que nous avons 4 évangiles canoniques…)
    2. recherche des traductions déjà existantes dans la ou les langues que l’on parle (l’anglais ayant de loin le plus grand nombre de traductions existantes, le français en a pas mal aussi, peut-être environ 2 à 3 fois moins…), et éventuellement leur comparaison pour des passages difficiles, via des outils en ligne ou différentes Bibles au format livre
    3. approfondissement en allant chercher les langues sources : https://jecherchedieu.ch/question/un-dictionnaire-grec-francais-permettant-de-mieux-gouter-les-nuances-des-versions-grecques-des-textes-bibliques/, avec les interlinéaires (extrait de la page précédente) « vous trouverez peut-être un intérêt, un enrichissement à consulter l’interlinéaire grec/français, car vous y verrez avec rigueur le temps des verbes. », et d’autres outils téléchargeables gratuitement en ligne lorsque les droits d’auteurs ne s’appliquent plus comme des dictionnaires, des concordances, des lexiques analytiques permettant de trouver l’analyse des conjugaison ou déclinaison du mot recherché…

    B. Recherche des sens possibles de ces textes précédemment établis, via les types d’interprétations suivantes :
    1. l’exégèse : https://jecherchedieu.ch/dico-de-mots-qui-piquent/bible-exegese/
    2. la recherche créative de sens possibles et inspirants d’un texte biblique pour aujourd’hui, pour une situation donnée, collective ou personnelle mais plutôt universelle, récurrente, courante, fréquente, commune : https://jecherchedieu.ch/dico-de-mots-qui-piquent/bible-hermeneutique/
    3. enfin une approche plus personnelle, comme la lecture méditative, mystique, priante, la lectio divina (https://jecherchedieu.ch/dico-de-mots-qui-piquent/bible-lectio-divina/ et https://jecherchedieu.ch/question/comment-mediter-la-bible/), et les activités de prière en lien avec certains textes bibliques : https://jecherchedieu.ch/priere/quelque-psaumes-de-la-bible-pour-aider-a-prier/, https://jecherchedieu.ch/priere/notre-pere-priere/le-notre-pere-variations-plus-ou-moins-inspirees-et-iconoclastes/, https://jecherchedieu.ch/priere/notre-pere-priere/le-notre-pere-meilleures-traductions-actuelles-au-choix/ ; à noter aussi la possibilité de méditation, simple ou combinable avec ce qui précède (qualité de vie, soulagement du cerveau, « jouvence », avec ou sans éléments de Foi…)

    « Si vous avez des pistes personnelles, n’hésitez pas à nous en faire part. » : pour ma part, sur la base d’outils en ligne et au format numérique ou livre, je trouve assez enrichissant d’essayer de formuler sa propre interprétation (son propre « targum ») d’un passage choisi (par exemple un super psaume…), et de comparer avant ou après avec des traductions déjà existantes, sur lesquelles on s’appuie aussi pour ne pas s’épuiser et passer trop de temps quand le sens ne nous apparaît pas d’emblée ou qu’il semble y avoir trop de sens possibles (phénomène courant en hébreu, que les hébreux compensaient sans doute en connaissant comment éliminer certains sens d’après le contexte, phénomène qui existe aussi en français, très riche en polysémie des mots individuels, mais beaucoup plus précise et même plutôt univoque une fois que l’on fait jouer la syntaxe et le contexte) ou que la phrase est particulièrement longue (prologue du Siracide…).
    Pour la partie Bible hébraïque, il est possible aussi de partir de la traduction de la Septante, de la traduire en français et/ou en anglais car c’est plus simple que de partir de l’hébreu, puis de faire un copier-coller de cette traduction, et partir de là pour travailler la traduction du texte source correspondant en hébreu. En appliquant la même « logique » ou « approche » de traduction en français (ou en anglais) pour le grec et l’hébreu, on arrive pourtant assez souvent à des variantes entre la traduction de la Septante et la traduction de la Bible hébraïque.
    Interpréter plutôt que traduire permet de reformuler éventuellement le texte pour essayer de le rendre non-violent par exemple (surtout pour l’Ancien Testament). Au bout d’un certain temps, ces efforts de traduction amènent une compréhension renouvelée, font résonner un peu en nous les langues bibliques hébreu, araméen et grecque (le « parler en langues » mentionné dans les Actes et les épitres de Paul serait issu d’efforts de traductions ?)… il y a une récompense je pense, même si on n’a pas le temps de le faire souvent. En tout cas bien s’aider des outils existants, il ne s’agit pas d’apprendre les langues anciennes, mais de court-circuiter leur apprentissage pour pratiquer la traduction aidée, et la reformulation des passages inacceptables aujourd’hui (par exemple que le méchant soit tué chaque matin de la Cité de Dieu est remplacé par je ferai sortir la méchanceté chaque matin de ma relation à Dieu…).
    Traduire, interpréter… un texte biblique bien choisi, devient ainsi en soi, une lecture méditative.

  3. Pascale dit :

    Merci pour ces excellents conseils que, pour certains, je vais mettre en pratique dès à présent.
    Je profite de cet espace de commentaire pour faire un petit partage sur ma propre expérience en la matière.
    Cela fait de nombreuses années que je me confronte au texte biblique, je l’ai lu en entier plusieurs fois avec un rapport au texte qui a bien évolué. Pour ce qui est de l’étude proprement dite, pour moi la démarche est essentiellement collective, dans le sens où je profite avec gratitude du travail colossal réalisé dans le passé et le présent par des gens qui y mettent leur énergie et leurs compétences (travail d’historiens, de théologiens, études bibliques, prédications, livres, …) et je me sens tout petite par rapport à tout cela. Je m’efforce de garder l’esprit ouvert et de varier les sources, puis je me forge mes propres convictions qui peuvent alors éclairer ma lecture que je fais toujours dans un esprit de prière.
    En ce qui concerne la recherche de ce qui fait sens dans ma vie, j’ai plutôt une démarche inverse, dans la mesure où, lorsque je suis confrontée à une situation, j’essaye de mobiliser ce que j’ai pu comprendre grâce à mes lectures passées et de voir ce qui peut alors éclairer cette situation en comptant sur Dieu pour m’aider.
    Je passe rarement un temps spécifique qui pourrait s’apparenter à de la méditation mais, je ne lis jamais un seul passage sans espérer (au sens fort du terme) recevoir quelque chose, quitte à ce que ce soit au plus profond de moi, sans en être consciente. De temps en temps, sans raison particulière, arrive un moment de grâce, un moment où un passage fait subitement sens, ou bien résonne comme s’il était là pour moi, ou encore me bouleverse. Et ces moments, j’essaye au maximum d’en faire mémoire comme quelque chose de précieux.

    • Marc Pernot dit :

      Grand merci. On ne peut pas dire mieux !

      • plume dit :

        « Grand merci. » oui.

        Désolé, mais je pense qu’il faut faire attention à ce genre d’expressions : « On ne peut pas dire mieux ! ».
        Bien sûr elle n’est pas pensée au sens propre, mais au sens propre cela induirait des choses curieuses.
        Qui en effet peut en juger ? Qui peut décider de ce qui est parfait sinon Dieu ? Doit-on se taire si on ne peut pas dire mieux ? Est-on forcé d’accepter ce qui est écrit ? La formulation me paraît vraiment curieuse.

        Désolé encore une fois.

        • Marc Pernot dit :

          Quand on dit : je vais essayer d’avancer.
          Oui, c’est à mon avis la meilleure attitude possible.
          Ce n’est pas une question d’être parfait. La question n’est précisément pas là, évidemment.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *