
« Qui n’est pas avec moi est contre moi » ou « qui n’est pas contre moi est pour moi » ?
Jésus a dit à la fois « celui qui n’est pas avec moi est contre moi » et « celui qui n’est pas contre moi est pour moi ». Ces deux paroles, apparemment contradictoires, éclairent en réalité la complexité de la vie spirituelle : personne n’est jamais totalement « pour » ou totalement « contre », et l’unité en Christ ne se joue pas dans l’appartenance à un groupe, mais dans la communion du cœur.
Question posée
Bonjour,
À un endroit, Jésus dit « ceux qui ne sont pas avec moi sont contre moi »
et à un autre endroit « ceux qui ne sont pas contre moi sont avec moi ».
Si je considère un agnostique,
selon la première expression il est contre Jésus/Dieu,
mais selon la seconde expression il est avec Jésus/Dieu.
Comment concilier cette contradiction ?
Merci
Réponse d’un pasteur
Bonsoir,
Bravo pour cette recherche biblique. En effet, on trouve :
- Matthieu 12.30, Luc 11.23 : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi disperse. »
- Luc 9.50, Marc 9.40 : « Ne l’en empêchez pas, lui répondit Jésus, car qui n’est pas contre vous est pour vous. »
Cela montre déjà une chose : on ne peut pas faire un absolu d’un seul verset de la Bible, même quand il est très clair, et même quand il est dans la bouche de Jésus lui-même. Surtout pas, je pense, quand il est dans la bouche de Jésus, car il est manifestement un habitué des paroles choc, pour stimuler et faire réfléchir.
Une réalité intérieure complexe
Ensuite, la vie humaine est une réalité complexe :
- Une part de nous-mêmes peut être et vivre en communion avec le Christ, ou plutôt avec ce qu’il incarne (comme le dit Jean : « quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu », 1 Jean 4.7) : ce n’est donc pas d’abord une question de confession de foi. Une personne agnostique par sa tête peut donc tout à fait être en communion avec Dieu par les tripes, ou en tout cas être reconnue par Dieu, d’après Jean, comme quelqu’un « avec ».
- Une part de nous-mêmes peut être opposée au Christ, ou en tout cas bien éloignée de ce qu’incarne le Christ. C’est normal. Ces deux versets se complètent donc et parlent, en quelque sorte, plus ou moins, de chacun de nous.
Par conséquent, « celui qui est… » est à lire plutôt au sens de « ce qui, en chaque personne, en chaque groupe, est… ». Puisqu’au sens propre, personne n’est à 100 % dans une de ces cases.
L’unité en Christ ne se résume pas à un groupe
Il est possible de noter que le second verset s’applique quand nous sommes choqués que telle ou telle personne ou tel groupe agisse au nom du Christ sans faire partie de notre propre groupe. Nous avons tendance à avoir l’impression que le Christ est de notre côté et pas (ou moins) du côté du collègue qui n’agit pas comme nous ou pas avec nous. Jésus nous dit « laissez-les faire » : en agissant en parallèle, nous sommes déjà ensemble.
Cela donne une belle façon de comprendre l’unité en Christ, cette unité que Jésus appelle de ses vœux dans la prière (Jean 17.21-23) : ce n’est pas être tous identiques, tous dans un même groupe, mais être relié d’une certaine façon au Christ, ou pour le moins ne pas être « contre », ne pas être « opposé », en travaillant à saborder le travail des autres.
C’est précisément ce que font Jean et les autres apôtres en interrogeant Jésus : « Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom, et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne nous suit pas » (Luc 9.49). Si Jésus pose cette question, c’est bien qu’il a senti que quelque chose n’allait pas dans ce que lui et les autres apôtres ont fait. C’est eux qui ont agi « contre », et Jésus n’approuve pas. C’est ce type d’attitude qui déchire l’unité en Christ. Là, oui, ça disperse, ça éparpille façon puzzle le corps du Christ.
Donc, merci pour cette belle interpellation.
Décidément, la Bible et les Évangiles en particulier sont bien stimulants.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot
En écho à ce texte :
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« mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne. » Le premier fils répond: « Je ne veux pas» (Matthieu 21:28-32)
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J’ai un soucis, deux versets de l’évangile selon Jean semblent former un paradoxe insoluble.
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Seuls les chrétiens seraient dans la vérité, pourraient parler à Dieu ?
