J’ai un soucis, deux versets de l’évangile selon Jean semblent former un paradoxe insoluble.

Par : pasteur Marc Pernot

L'escalier à double vis de Chambord - wikipedia

Le remarquable escalier à double spirale de Chambord

Question d’un visiteur :

Bonjour,

J’ai un petit souci concernant un verset de la bible que je n’arrive pas a comprendre.

Voila Jean 6.44 quand on l’oppose à Jean 14.6.

Je suis perdu aidez moi merci.

Respectueusement votre,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Bravo pour cette intéressante question.
Bravo de lire la Bible avec attention en vous posant des questions et en confrontant les versets. Cela participe vraiment à une lecture plus profonde et à une libération de votre interprétation, en fonction de votre sensibilité et votre contexte. C’est précieux, avec un esprit de prière et avec une confiance en Dieu, je pense que cela constitue une belle écoute de Dieu.
La Bible est pluraliste et il n’est pas rare que des opinions, des sensibilités, des expériences diverses s’expriment, et c’est une richesse extraordinaire qu’il serait dommage de réduire. A chacun de se forger sa propre personnalité dans la foi, dans sa relation à Dieu, dans sa façon d’être devant Dieu être devant les humains.
Mais avec ces deux versets que vous placez en tension, nous avons deux versets du même évangile, et cela montre que la pensée de l’auteur est tout sauf simpliste mais fine, complexe, dialectique.
  • Jean 6:44 Jésus dit : « Personne ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. »
  • Jean 14:6 « Jésus lui dit : C’est moi qui suis le chemin, la vérité et la vie. Personne ne vient au Père sinon par moi. »
C’est vrai que si l’on prend ces deux versets de façon absolue et à la lettre, nous sommes mal partis, car : 1) seule la personne qui est en relation à Dieu pourrait aller vers le Christ, et 2) seule une personne qui suit le Christ pourrait aller vers Dieu. C’est comme un serpent qui se mort la queue, Cela me rappelle une situation q ce genre de sac de nœuds en aidant des réfugiés dans des démarches administratives ! Dieu n’est pas comme ça, bien entendu. Il veut que chaque personne soit sauvée, il espère avoir une belle relation avec chaque personne.
Alors ?
Bien souvent, la Bible présente des cas tranchés, par exemple : le méchant / le juste du Psaume 1er. Le sauvé et le réprouvé, la brebis et le bouc de la parabole du jugement des nations (Matthieu 25), ou les 99 brebis parfaites / la seule brebis perdue de la parabole du même nom en Luc 15… C’est très libérant, cela fixe finalement des cas types et c’est à nous de mesurer où nous en sommes en réalité et de quel côté nous espérons évoluer. C’est une logique non binaire, comme quand dans un hôpital. L’autre jour je suis allé montrer aux urgences une petite plaie que je m’étais faite, le médecin m’a demandé si j’avais mal en précisant qu’il attendait une réponse sur une échelle de 1 à 10.  C’est ce genre de logique que favorise la façon dont la Bible s’exprime sur bien des points, bien des questions de foi et de morale. Et savoir cela aide vraiment à comprendre bien des questions qui semblaient des paradoxes insolubles.
En ce qui concerne les deux versets que vous mettez très justement face à face, avec une logique non binaire, il n’y a plus de contradiction, ni de paradoxe. Ces versets disent alors qu’il y a deux entrées dans la foi chrétienne : par la connaissance du Christ et par la relation à Dieu. Et je pense que c’est tout à fait vrai :
  1. J’ai rencontré bien des personnes venant de l’athéisme qui sont entrées dans la foi en lisant un évangile, qui se sont alors intéressé à Jésus, et cela les a conduit à chercher Dieu, à commencer à le prier…
  2. J’ai rencontré bien des personnes venant de l’athéisme qui sont entrées dans la foi sans rien savoir du Christ mais qui ont senti la présence de Dieu lors d’une expérience mystique, et qui du coup se sont mises à chercher dans le catalogue des religions et qui sont venues au Christ, manifestant un amour qui correspond à ce qu’ils avaient reçu. Parfois, sans être une expérience vive, c’est seulement une petite soif de spiritualité et cela suffit à engager une vraie démarche…
Dans les deux cas, Christ menant à Dieu et Dieu menant au Christ, ce qui est proposé par ces deux versets mis ensemble est de grandir et grandir encore, continûment, dans la foi. Car en ce qui concerne la foi aussi, il y a des degrés et personne n’est à « allé au Père » jusqu’à être à 100% contre lui, il reste toujours des pas à faire pour aller vers lui, bien entendu. C’est d’ailleurs ce que dit souvent Jésus, disant à ses disciples qu’ils sont des « oligopistoi » (des « gensd e petite foi »). Il parle aussi de grands et de petits dans le Royaume.
Je pense que personne n’est si petit dans la foi qu’elle serait totalement nulle à 0.00 sinon la personne ne pourrait même pas vivre, elle imploserait. Même la plus athée des personnes par la tête, refusant l’idée de Dieu et ne priant absolument jamais, Dieu a bien dû arriver à la toucher un petit peu quand même si elle est capable parfois, d’une étincelle de bienveillance ou de compassion gratuite. Or, Jean dit dans sa première lettre « quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu » (1Jean 4:7). Cela peut nous sonner confiance, nous avons donc un moins un petit doigt de pieds dans cette spirale vertueuse, montante, qui passe de Dieu au Christ et réciproquement. Il est certain que nous montons mieux dans la foi en nourrissant consciemment et délibérément ce cheminement.
Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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1 réponse

  1. Michel dit :

    Le Père arrange les circonstances pour que les gens aillent au Fils.
    Puis le Fils les amène au Père.

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