« Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé », et ces mots de l’évangile me gênent.

Par : pasteur Marc Pernot

baptême de Jésus par Jean-Baptiste, entouré par les apôtres (Ravenne, débit VIe siècle)

Question d’un visiteur :

Bonsoir,

J’ai une question qui me tracasse, je sais que les protestants croient que le baptême n’est pas essentiel pour être sauvé, et je suis d’accord. Mais dans la Bible il est dit « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé », et ces mots me gênent, je crois que la Bible est là on ne peut plus claire. Alors ? Comment les protestants prennent cette phrase ?

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir Monsieur

Merci pour cette question qui est intéressante non seulement pour le point précis qui est abordé mais encore pour l’usage que l’on peut faire de la Bible.

L’apôtre Paul a bien raison quand il dit « Dieu nous a rendus capables d’être ministres d’une nouvelle alliance, non de la lettre mais de l’Esprit; car la lettre tue mais l’Esprit donne la vie. » (2 Corinthiens 3:6)

En effet le passage que vous citez peut effectivement être compris comme très étroit du point de vue religieux, et c’est malheureusement comme cela qu’il a été utilisé par bien des églises dans le passé pour amener dans leurs rangs les personnes par la crainte, leur disant que celui qui n’acceptait pas une certaine confession de foi (ou plutôt un ensemble de doctrines théologiques obligatoires dans leur église) ou qui n’avait pas reçu tel baptême de telle façon ou tel rite, ou tel sacrement….

Mais si l’on prend le passage en entier, une lecture littérale est vraiment très dangereuse :

« Jésus il leur dit: Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. 16 Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru: en mon nom, ils chasseront les démons; ils parleront de nouvelles langues; ils saisiront des serpents; s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur feront point de mal; ils imposeront les mains aux malades, et les malades, seront guéris. » Evangile selon Marc 16:15-18

Une lecture littérale de ce texte n’a pas de sens, à mon avis. Si seules les personnes qui peuvent boire un litre de ciguë et jouer avec une colonie de mambas noirs pouvaient être considérées comme ayant la foi, la Jérusalem céleste ne sera pas trop encombrée !

D’ailleurs, même les églises les plus fondamentalistes, à ma connaissance, ne font pas ce genre de tests pour recruter leur pasteur ou pour recevoir une personne dans le cercle des personnes considérées comme croyantes.

Mais ce n’est pas que pour cette parole « on ne peut plus claire » de la Bible qu’une lecture littérale n’a pas de sens. Par exemple quand il est dit que Jésus est la lumière du monde, au sens littéral du terme, ce n’est pas vrai. Jésus n’est pas une source de lumière permettant de voir clair même quand le soleil éclaire l’autre face de la terre. C’est autrement que matériellement qu’il éclaire, c’est une autre lumière, spirituelle, intérieure, divine, qu’il apporte…

Donc pour le passage « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné » :

  • Le verbe croire n’est pas celui de la croyance, de la croyance (connaissance et adhésion à une doctrine), mais il est celui de la relation fidèle (pisteuo), la question est donc d’être tourné vers Dieu même si l’on doute, même si l’on pense de travers. C’est ce que l’on voit sans cesse dans l’Evangile où Jésus appelle à se convertir, c’est à dire à se tourner vers Dieu, le cheminement se fera ensuite à son rythme, mais se fera.
  • le baptême dont il est question ne peut donc être une simple question de rite (Jésus ne baptisait pas, selon Jean 4), ce baptême est donc quelque chose de plus essentiel que cela, de plus profond que cela. Selon Jean, le baptême dont baptise Jésus-Christ est le « baptême d’Esprit Saint et de feu » (Luc 3:16). Et de cela, nul ne peut honnêtement se prétendre maître (à moins de se prendre soi-même pour le Christ). Qu’est-ce que cela veut dire ? L’Esprit-Saint est la présence créatrice de Dieu auprès de nous et en nous. Le feu évoque la purification que Dieu nous offre, comme un beau service qui nous nettoie de ce qui nous fait souffrir, ce qui nous tire vers le bas et nous retient dans la mort (ce n’est donc pas seulement une question de pardon de nos fautes, mais d’une aide précieuse pour nous sauver, comme un chirurgien enlève une tumeur pour sauver quelqu’un). Dans l’évangile selon Jean, il est question de « baptême d’eau et d’esprit », cela revient au même que l’image de l’Esprit et du feu, il y est question de purification et de création.
  • Est-ce qu’il existe une seule personne vivant au monde qui soit à 100% dans la foi, non, évidemment et c’est sans arrêt que nous pouvons cheminer vers le Père, approfondir notre foi, grandir dans cette confiance et cet amour de Dieu qui nous fait vivre… Et c’est donc chaque jour que nous avons besoin d’être un peu arrosé d’Esprit et purifié par le feu. Et ainsi, la question n’est pas de savoir qui sera sauvé (telle ou telle personne), mais plutôt de reconnaître en nous ce qui est sauvé, ce qui est plus fort que la mort, ce qui peut être agressé par le serpent de la tentation et le poison du doute sans perdre notre dynamique de vie qui vient de Dieu.
  • A quoi sert alors de demander le baptême comme le font des adultes au cours du culte ? Parce que nous avons besoin de signes dans notre existence. Comme le dit Jésus, « l’homme n’est pas fait pour le sabbat mais le sabbat est fait pour l’homme », il n’y a pas de règle religieuse plus fondamentale dans la religion de Jésus (la religion juive) que le sabbat, on peut donc traduire : l’homme n’est pas fait pour le baptême et le culte, mais le baptême est fait pour l’homme, le culte aussi est un instrument pour aider l’homme à cheminer… Il est utile de marquer des étapes dans notre existence, il est utile de mettre des gestes et des signes sur les réalités essentielles invisibles. Par exemple en offrant un petit cadeau pour dire à quelqu’un notre amour (l’essentiel n’est pas le cadeau mais l’amour, mais il n’empêche, le cadeau a son importance), par exemple en offrant le baptême comme signe de l’amour de Dieu pour un nouveau né (cela n’ajoute rien à l’amour de Dieu pour la personne mais ce signe vient dire que l’essentiel est dans cet amour de Dieu qui est sans condition, qui existera toujours même si cet enfant grandissant rejetais Dieu).
  • Et ce qui est vivifié par Dieu en nous, ce qui est capable d’aimer un peu véritablement comme il nous aime, cela est capable de miracle dans ce monde, comme nous le promet Jésus. Cela ne nous permet pas de guérir tous les cancers, de faire repousser une jambe coupée par un tramway… Mais cette formidablement bonne dimension de notre être est alors source de vie autour de nous…

Dieu vous bénit et vous accompagne maintenant et pour toujours

par : pasteur Marc Pernot

Print Friendly, PDF & Email

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *