L’histoire de l’arbre interdit dans la Genèse suscite de nombreuses interrogations sur les intentions de Dieu et la nature de l’épreuve humaine. Cette réflexion théologique propose une lecture qui écarte l’image d’un Dieu piégeur pour mettre en lumière les dynamiques de l’égocentrisme et le libre choix de l’arbre de vie.
Une question sur l’arbre interdit dans la Genèse
Bonjour pasteur ,
Pourquoi Dieu met-il l’humain à l’épreuve en plantant un arbre interdit ??
Merci pour votre réponse.
Daniele.
La réponse du pasteur
Chère Daniele,
Bravo de lire ces textes immenses avec attention, en vous posant des questions et en cherchant à assurer une cohérence avec l’Évangile du Christ, car effectivement, on n’imagine pas Jésus placer un piège devant les pieds des gens pour voir s’ils vont se laisser prendre.
L’arbre interdit : une métaphore de la condition humaine
Dans ce récit fondateur de la Genèse 2 et 3, il est question d’un arbre interdit. C’est au cœur de l’histoire avec le serpent qui parle, image de notre tentation la plus ordinaire, qui pourrait bien nous convaincre, ou non, d’en prendre néanmoins Alors pourquoi cet arbre ? Cet arbre interdit nous parle, à mon avis, tout simplement de notre condition humaine : nous avons tout… Mais nous ne sommes pas Dieu, et nous prendre pour Dieu est une folie qui est source de mort.
Ce jardin d’Éden, littéralement le jardin des délices (Genèse 2:8), est une image de la vie que Dieu veut pour nous : une vie de bonheur, de délices du corps et de l’âme, de paix. C’est le projet de Dieu, projet encore en cours, manifestement. Le livre des Psaumes commence lui aussi par l’annonce du bonheur que Dieu veut pour l’humain, et Jésus lui-même ouvre son long enseignement sur la montagne (Matthieu 5) avec cette promesse de bonheur du livre de Psaumes « Heureux qui… » répétée pas moins de 8 fois.
Dieu veut notre bonheur, alors pourquoi y a-t-il, comme vous le dites, cette histoire d’arbre interdit ?
Le choix entre l’arbre de vie et l’égocentrisme
En réalité, au centre du jardin, nous dit la Bible, il y a à la fois l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal (Genèse 2:9). Les deux au centre. C’est d’une vérité troublante : si nous plaçons Dieu au centre de notre jardin, alors le centre du jardin de notre existence est l’arbre de vie et c’est une source de bénédiction quotidienne pour nous. Mais si nous nous mettons nous-mêmes, nous et notre désir de l’instant, au centre de notre jardin, de tous nos projets, de nos rêves, de ce qui structure notre être, au centre de toutes nos priorités, alors, hélas, au centre du jardin de notre être, il y a cet arbre de la folie de l’égocentrisme, la folie de se croire au-dessus de tout, le centre du tout. Nous savons bien que cette tentation existe, elle nous traverse chaque jour : vais-je retenir l’ascenseur pour la personne qui arrive ? Vais-je prendre le plus beau morceau dans le plat familial, vais-je écraser mon conjoint, mon collègue de travail… Cet égocentrisme est source de souffrances et de mort pour nous, transformant notre jardin en jungle solitaire et pleine d’épines, il est source de souffrances et de mots pour notre entourage.
Dieu nous met-il réellement à l’épreuve ?
On a trop et trop fait penser que Dieu serait une sorte de juge qui passe son temps à mettre des épreuves sur notre route pour nous évaluer, quand ce ne sont pas des souffrances horribles qu’il nous infligerait pour nous punir. Quand on voit Jésus vivre, ce n’est pas du tout comme ça qu’il agit : il cherche systématiquement à faire avancer chaque personne et à la délivrer de ses souffrances, de ce qui l’empêche d’être lui-même. Si nous pensons que Jésus est le Christ, alors, en voyant Jésus vivre, nous comprenons mieux comment Dieu lui-même agit et interagit avec nous. Il nous connaît mieux que nous nous connaissons nous-mêmes, il n’a pas besoin de nous mettre à l’épreuve, et il a d’autres moyens pédagogiques que la souffrance pour essayer de nous faire avancer vers la vie source de vie. Sa meilleure façon de faire cela est de prendre soin de nous et de nous entourer d’amour. Je pense que c’est extrêmement inspirant et qu’il n’y a pas de meilleure façon de nous aider à avancer.
Mais c’est la vie elle-même, avec sa logique qui fait que l’eau est mouillée et que le feu brule : c’est la vie qui fait payer de souffrances le fait de vivre dans l’égocentrisme, dans l’outrepassement de se prendre pour un dieu (ce que les Grecs appelaient l’hubris). Cette folie est source de souffrances, comme un arbre portant des fruits apparemment délicieux mais qui pourrissent la vie : notre vie et celle de ceux qui sont autour.
C’est ce que l’on retrouve dans le commandement du Christ d’aimer Dieu, d’aimer notre prochain comme nous-mêmes : c’est cela vraiment vivre, c’est source de vie. Ce n’est pas que Dieu nous punirait de ne pas aimer, mais vivre en ne pensant qu’à soi-même est une vie étriquée, amoindrie, passant à côté des plus grandes joies et asséchant la vie.
Au contraire, dans la première des 8 promesses de bonheur que Jésus nous apporte, il nous propose de prendre comme priorité essentielle celle de demander à Dieu son Esprit, son souffle de vie : alors nous sommes réellement dans le Royaume de Dieu, dans ce Jardin des délices éternelles : « Heureux ceux qui mendient l’Esprit, car le royaume des cieux est à eux ! » (Matthieu 5:3). C’est cela choisir d’avoir au centre du jardin de notre être l’arbre de vie.
Votre question atteste que vous êtes bien dans cet Esprit.
Bravo.





Un complément d’ informations :
J’ ai vraiment trop de peines à croire que Dieu si infiniment bon , dans une mesure d amour exceptionnelle, inégalable, des vertus, de sainteté, d’ attitude incomparable d’ amour, puisse courir le risque de laisser ses enfants ( Adam et Eve) passant près de l’ arbre défendu, sachant que dans cet arbre il y a un être particulièrement maléfique, le plus maléfique de la Terre qui va très certainement abuser psychologiquement de ses enfants pour une finalité extrêmement malheureuse.
C’est comme ci il nous faudrait croire que des parents bien intentionnés preparent la chambre de leurs enfants, un nid bien douillet, tout ce qu il faut de normalité pour rendre heureux ses enfants, mais ces parents diraient à leurs enfants de 3 ans » vous faites attention à la prise électrique aux fils dénudés, attention au cutter à la lame sortie, bref un potentiel de danger certain. Quel est le parent qui , s il aime vraiment ses enfants et qui sait que ses enfants ne sont pas en âge de comprendre tout, courrait le risque que ses enfants se blessent. Quel est ke parent qui dirait à ses enfants » vous pouvez jouer au ballon, mais faites attention, il y a un précipice de 150 mètres de profondeur « .
Je fais donc partie de ces gens qui ont vraiment beaucoup de oeine à croire cette histoire de pomme qu il ne fallait pas croquer. Bien que j’ entends dire que c’est une image, ça m est complètement en désaccord avec l amour illimité de Dieu.
Et puis si c’est du même ordre que l’ écriture de St Paul » faîtes confiance en toute personne » il y a de quoi vraiment se poser des questions de l’ authenticité de cet écrit, car à l’ heure actuelle, il vaut mieux lire des ecrits tels que » méfiez vous de certaines personnes car les escrics et les personnes malveillantes existent.
Désormais que nous sommes sur Terre, oui, nous sommes pêcheurs, en pensée, parole, par acte ou omission. Malheureusement c’est ainsi, il faut veiller à son comportement.
On peut lire ce texte autrement.
L’arbre au centre : ce qu’on met au centre de notre espérance, cette vie bonne (de notre jardin des délices).
C’est à mon avis aussi simple que cela.
Dieu vous et nous bénit et nous accompagne dans notre vie, triomphante et cahotique
Un grand merci Pasteur Marc pour votre explication limpide.
Me concernant, je faisais une analyse plutôt cartésienne avec représentation du serpent, un arbre, etc…
Évidemment lu comme cela on peut s éloigner de la vérité, puisqu’il n’y a pas de logique.
En fait de vos explications, je comprends qu’il faut regarder notre être intérieur, le coeur, avec l’ attitude à se tourner vers le prochain, pour le découvrir, l’ ecouter , pas forcément le suivre bien sûr, mais vouloir une ouverture vers les autres pour répondre à leurs besoins et voir leurs différences. Je comprends donc bien mieux avec votre analyse.
Il en est donc aussi avec mes propos concernant St Paul qui a dit « faîtes confiance en toute personne « . Je crois comprendre que là aussi il faut analyser en profondeur ce message. Je l’ interprète plutôt désormais comme » soyez enclin à faire confiance en toute personne. Détournez vous de votre Ego, ne restez pas à toujours regarder votre nombril, vos seuls besoins comme si vous vouliez gagner votre vie. Decentrez vous de vous même. « . J’ analyse comme ceci, et avec cette nouvelle compréhension, les paroles de St Paul me sont moins brutales.
Donc encore grand merci, Pasteur Marc pour vos messages qui apportent un bon éclairage aux textes bibliques.
Vous qui avez dît en page d’ accueil de votre site » si quelques choses vous titillent, que vous ne comprenez pas, vous pouvez poser votre question « .
Présentement c’est bien tombé pour moi.
Que Dieu vous bénisse.
Gérard
Je suis d’ accord avec cette notion de liberté. C’est exact de compréhension. Mais il ne faut pas oublier que Dieu créateur nous avait TOUT donné dans le jardin d Eden. Quand on lit les écritures on n’ avait pas besoin d’ avoir plus pour vivre de délices.
J’ ai lu pas mal de commentaires, d’ analyses de ce passage des écritures, aucun ne peut expliquer pourquoi Adam et Eve ont été » trompé » par le Malin ( un serpent ). Car même sur notre Terre, qui, avec un brin de jugeote, laisserait ses enfants prendre le risque d’ être abusés par une personne malveillante qui entrerait en contact. L’ être humain désire le bonheur de ses enfants tout comme Dieu, j’ en suis certain.
Je vous avoue qu ayant fait de la catéchèse, un jeune m a raconté que son papa lui a dit que Dieu n’ a pas sauvegardé l’ innocence de ses enfants. Sa maman voulait qu il fasse la catéchèse.
Pour moi Dieu a sa propre explication qui dépasse notre compréhension. C’est ce que j’ ai lu le plus souvent. Et que désormais nous ne sommes pas seuls. Jésus, Marie, l’ Esprit Saint nous accompagne pour le meilleur à vivre au quotidien.
Pour ma part, les années passant, plus j’ avance, plus je me rends compte que je suis diminué physiquement ( 68 ans) et aussi plus j’ avance plus je me rends compte comme disent beaucoup de gens, face à des situations, nous sommes bien petits.
Le chemin de la vie est emprunt d’ humilité et de force d amour à développer au quotidien.
Espérons toujours en notre soutien, Dieu Papa nous aimant.
Merci pour cette belle explication, qui met en exergue notre liberté.
Dieu nous ayant créés à sa ressemblance nous a créé libres comme Lui.
Cet “hubris” sous entend une rébellion de notre part à l’encontre de notre créateur. Cette rébellion nous l’avons nous mêmes expérimentée adolescents, lorsque nous avons commencé à dire “non” à nos parents: “Je veux vivre MA vie, faire mes propres erreurs!”
Et Lorsque nous mettons nos enfants au monde nous les créons libres aussi. Nous voulons leur bonheur et sommes bien tristes lorsqu’ils font des choix qui les rendront malheureux, mais quoiqu’ils fassent nous les aimons toujours, comme Dieu continue à nous aimer.
Dieu nous a donc créé libres, mais il nous a aussi créé “créateurs” comme Lui. N’est-ce donc pas dans la nature humaine de vouloir se créer soi-même en expérimentant le monde? Est-ce là notre très grande faute? Pourquoi en passer par la?
Cher Oissila
Merci pour ce commentaire intelligent et sensible.
Je pense que c’est à la fois notre faute et que c’est naturel, comme vous dites, à des enfants de vivre leur crise d’adolescence, de vouloir s’affirmer en partie contre les parents. Mais il faut s’en sortir de sa crise d’adolescence. Sinon, cela n’est plus normal, c’ets pathologique. C’est vrai pour l’individu face à son Dieu, et c’est vrai pour l’humanité face à Dieu.
Vous avez raison, je pense, il nous faut travailler là dessus. Grandir. Devenir plus sages tout en étant libres et en bonne relation avec Dieu
Ce “serpent” au Jardin d’Eden est quand même bien mystérieux.
D’où vient-il?
Qui l’a crée?
Comment s’est il trouvé implanté en nous pour pervertir notre liberté créatrice en volonté de puissance, c’est à dire: l’ego.. simple faute de jugement originelle ou.. une force étrangère et obscure co-créée?
Le plus rigolo, c’est que ce serpent est présenté comme génial : « le plus rusé de tous les animaux des champs, que l’Éternel Dieu avait faits. » (Genèse 3:1).Je suis bien d’accord avec vous, ce serpent a tout à voir avec notre liberté créatrice. Il en est exactement l’autre face. Sans lui, il n’y aurait pas de vraie liberté, à vrai dire. La volonté de puissance n’est pas mauvaise en elle-même, car la puissance est aussi une puissance de création et d’amélioration du monde, pour plus de justice et de paix. L’ego n’est pas mauvais en soi : c’est aussi la légitime fierté d’être soi-même. Mais oui, cette liberté, cette puissance, cet ego :
C’est peut-être pour cela que Jésus nous conseille d’être « prudents comme les serpents, et simples comme les colombes ». (Matthieu 10:16) : l’intelligence et la finesse du serpent et l’inspiration de la colombe de l’Esprit, quand les deux font équipe.
Merci pour votre recherche et ce dialogue 😄
Merci. Oui, ce n’est que si la liberté est mise à l’épreuve que le libre arbitre peut naître. La Genese est notre histoire: l’enfance au paradis dans l’amour; la puberté, la chute; la maturité, le retour à Dieu.