Un certain nombre d’interrogations liées à la religion protestante, qui m’intéresse de plus en plus

visage sur le suaire de Turin

Le visage sur le suaire de Turin – négatif d’une photographie

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Je me permets de vous écrire afin d’obtenir des réponses à un certain nombre d’interrogations liées à la religion protestante qui m’intéresse de plus en plus.

1) Les protestants ne vénèrent pas les reliques mais reconnaissent ils par exemple l authenticité du linceul de Turin et donc la preuve matérielle de la passion et de la résurrection du christ?

2) Quelle est l’approche la plus courante du protestantisme en terme eschatologique? J’ai entendu parler du preterisme considéré par les catholiques comme une hérésie. Est ce fondé?

3) Les protestants considèrent me semble t il la seule foi comme clé du salut là où les catholiques y rajoutent les notions de kenose ou encore une relation d’amour avec dieu. Est ce vraiment différent? Quid de la notion de charité dans le protestantisme?

4) Pas de purgatoire chez les protestants. Mais y a t il une théorie sur les âmes errantes? En théologie catholique on parle par exemple du sheol pour les situer. Ce qui finalement définit une sorte de purgatoire.

5) Enfin, j ai entendu parler de baptêmes organisés dans le Jourdain pour les croyants et les pèlerins. Ces baptêmes sont ils reconnus par l’église (aussi bien catholique que protestante)?

Bien cordialement

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Bravo de vous poser des questions, de creuser pour avancer. C’est très fécond.

1) Les protestants ne vénèrent pas les reliques mais reconnaissent ils par exemple l authenticité du linceul de Turin et donc la preuve matérielle de la passion et de la résurrection du christ?
Les protestants sont dans la liberté, en tout cas dans des églises comme la nôtre, et par conséquent il existe des avis divers sur à peu près toutes les questions qui peuvent de poser. Effectivement, je ne pense pas que le culte des reliques soit très en vogue parmi les protestants, en tout cas.
La question du suaire de Turin est discutée scientifiquement quand à sa datation. Même s’il était daté avec certitude des années 30 à 50 du Ier siècle, cela ne serait pas non plus certain qu’il ait un rapport avec Jésus. Mais de toute façon, je ne pense pas que le suaire de Turin soit une preuve matérielle de la passion et de la résurrection du Christ, même les catholiques de Turin ne le pensent pas, il me semble. En tout cas je suis allé avec un collègue pasteur voir cet objet à Turin lors d’une ostension et en arrivant dans l’église où il était exposé, une dame de cette église prenait la parole et disait en gros que l’on ne savait pas si c’était vraiment historiquement le suaire du Christ ou pas, mais qu’en tout cas cela nous faisait penser à Jésus et que cela nous invitait à la prière, elle a alors dit une belle prière de louange à Dieu d’avoir donné son Fils pour le salut du monde.
De toute façon, la crucifixion de Jésus était une honte et un scandale pour les chrétiens des trois-quatre premiers siècles, au point qu’il n’était alors pas question de prendre la croix comme signe chrétien ni de représenter Jésus en croix avant la fin du IVe siècle. Ce genre de faits ne s’invente donc pas, il me semble, et personne ne l’a discuté parmi les opposants à la foi chrétienne, au contraire c’était un sujet de moquerie.
Quant à la résurrection c’est avant tout, il me semble, une expérience de foi des disciples, et sa meilleure preuve est l’enthousiasme extraordinaire de ces personnes alors que les faits objectif de l’exécution pitoyable de leur héros aurait dû mettre un point d’arrêt à cette espérance.

2) Quelle est l’approche la plus courante du protestantisme en terme eschatologique? J’ai entendu parler du preterisme considéré par les catholiques comme une hérésie. Est ce fondé?

La notion même d’hérésie n’est pas très en vogue dans le protestantisme. Il est le propre d’un mouvement ayant une ensemble de doctrines et de rites imposés aux fidèles pour faire partie du club, ceux qui sont en infraction par rapport à ce code sont considérés comme ayant choisi par eux même délibérément autre chose, et donc exclus du groupe ou considérés comme des mauvais croyants. Or, dans notre église, ce qui nous rassemble est l’intérêt pour la personne de Jésus, ou avec ce qu’il a dit, fait. Le reste est libre. Je ne sais pas si ce serait considéré comme du « prétérisme » (peu importe); mais personnellement, je ne considère pas que les textes (prophètes, passages apocalyptiques du nouveau testament) parlant de la fin des temps décrivent le futur, ni le passé, mais qu’ils parlent du présent de notre conversion, de ce basculement. En effet, Jésus annonce que « le Royaume des cieux s’est approché », au passé, ou que « l’heure vient et elle est déjà là », l’heure de la fin des temps déjà présente et encore à venir, nous sommes dans cet entre deux.
C’est vrai qu’il existe des chrétiens qui pensent que Jésus reviendra dans l’histoire un certain jour. Cette annonce est en particulier vigoureuse dans des mouvements où cette annonce est utilisée pour faire peur aux fidèles afin de mieux les motiver. Cette pastorale de la peur ne me semble pas être correcte. L’Evangile est une confiance et de paix.
3) Les protestants considèrent me semble t il la seule foi comme clé du salut là où les catholiques y rajoutent les notions de kenose ou encore une relation d’amour avec dieu. Est ce vraiment différent? Quid de la notion de charité dans le protestantisme?
Je dirais que le salut est basé principalement sur la grâce (sur l’amour dont Dieu nous aime en particulier, de sa seule liberté, et pour toujours). Ensuite, il est utile, il est juste et bon d’aimer Dieu, c’est ce à quoi nous appelle explicitement Jésus, c’est à dire être dans une belle relation de confiance avec lui (c’est ce que l’on appelle la foi). Mais je ne pense pas que l’amour de Dieu soit limité par la capacité de la personne à l’aimer lui, Dieu. Au contraire. La logique qui consiste à garder les plus performants est une logique qui existe entre humain précisément qu’and il n’y a pas d’amour. C’est cette idée que Dieu sélectionnerait les personnes sur la performance que bien des protestants ont du mal. Seulement si on remplace les œuvres par la foi cela revient au même. C’est encore la même logique de justice impitoyable. Même bien des parents aiment mieux son enfant que Dieu, et jamais, eux vivants, n’arrêteront de prendre soin de leur enfant quoi qu’il fasse, qu’il retourne de l’amour ou non.
A mon avis, le jugement de Dieu traverse chaque personne, gardant le meilleur, le plus prometteur de chaque personne et éliminant ce qui est souffrant en chacun. Ne cessant d’espérer, de travailler à développer ce meilleur, à le révéler, et à soigner ce qui est souffrant dans chaque personne. Quand une personne aime, c’est comme cela qu’elle « juge » l’être aimé, non ?
La notion de « kénose » n’est pas spécifiquement catholique, c’est une notion importante en christologie, particulièrement quand on étudie L’hymne de Philippiens 2:7
Seulement, cette notion n’est pas si facile, et nous n’en parlons pas tous les jours, c’est vrai.
La « charité » est la traduction latine du grec « agapè » qui signifie cette qualité d’amour qui cherche le bien de l’autre, à distinguer de l’amitié réciproque, et à distinguer aussi de l’amour où l’on trouve son bonheur personnel dans la présence de l’autre. Comme ce mot de « charité » a pris un sens péjoratif dans notre culture, avec un brin de condescendance, voire de mépris, dans les traductions récentes de la Bible le mot « amour » revient en force malgré son ambiguïté, ou alors c’est le mot grec qui est gardé « agapè ». C’est en tout cas une notion entrante dans les paroles de Jésus, et mérite largement d’être creusée, approfondie, et encore plus vécue.

 

4) Pas de purgatoire chez les protestants. Mais y a t il une théorie sur les âmes errantes? En théologie catholique on parle par exemple du sheol pour les situer. Ce qui finalement définit une sorte de purgatoire.
Ces théories des âmes errantes, ou de l’attente du jugement, ou de l’enlèvement de certaines personnes, etc. me semblent appartenir à la mythologie. Quand Jésus parle de la vie éternelle ou d’avoir le Royaume de Dieu, il en parle comme se réalisant dans le présent de notre existence en ce monde. Ce qui est déjà vivant de la personne demeurant vivant quand le corps de la personne meurt : « Jésus dit à Marthe (en deuil de Lazare) : Ton frère ressuscitera. Je sais, lui répondit Marthe, qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. Jésus lui dit: Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. » (Jean 11:23-26). Et l’apôtre Paul dit justement que « nous avons déjà été ressuscités », au passé, par exemple :  Ephésiens 2:6 « Dieu nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus-Christ ».
De toute façon, la matière, l’espace et le temps sont liés. Hors de l’univers matériel, la notion même de durée du temps telle que nous la connaissons n’a pas de sens.
5) Enfin, j ai entendu parler de baptêmes organisés dans le Jourdain pour les croyants et les pèlerins. Ces baptêmes sont ils reconnus par l’église (aussi bien catholique que protestante)?
Pourquoi pas. Ces baptêmes sont reconnus par l’église protestante, en tout cas la notre. Pour qu’il le soient par l’église catholique je pense qu’il faut qu’il y ait l’intention de baptiser et le baptême au nom du père, du Fils et du Saint-Esprit, pas seulement le baptême « au nom du Seigneur Jésus » comme il en est question dans le livre des Actes des apôtres.
Chacun fait ce qu’il veut, cela dit, je ne suis pas certain que je choisirais pour moi-même que mon baptême soit fait comme cela. En effet :
Cela est une référence directe au baptême de donné par Jean-Baptiste dans le Jourdain. Certes, Jésus lui-même a été baptisé comme cela, mais nous ne sommes pas Jean-Baptistiens, nous sommes chrétiens. Le baptême de Jean Baptiste est explicitement un baptême de conversion, de repentance. Ce baptême est bien distingué du baptême que donne le Christ qui est un baptême d’Esprit saint, ajoutant cette dimension divine de liberté, d’amour, de créativité, de lucidité, de grâce à la personne. Là où le baptême de Jean Baptiste insiste sur le geste de la personne, Jésus insiste sur la grâce de Dieu, offerte. Pour signifier que le plus important est le geste de Dieu, le baptême est donné par aspersion, de l’eau versée sur la tête, l’eau est alors le symbole de la bénédiction de Dieu, donnant son Esprit. Alors que l’eau du baptême de Jean-Baptiste est symbole de lavage, de purification.
Cela dit, nous sommes bien d’accord que même si Dieu nous a aimé le premier, et donné un petit peu d’Esprit Saint déjà, cela permet d’aimer un petit peu en retour, et donc de nous convertir à lui. Les deux forment l’ensemble.  Et le meilleur geste pour une personen c’est ce qui la touche le plus, elle. Car c’est bien cela, le but. De mieux prendre en compte Dieu dans notre vie, dans notre être. Le baptême est un signe, Dieu nous aimait avant et il nous aimera autant après.
Bravo pour votre démarche de foi intelligente, et manifestement sincère. Je suis persuadé que cela vous apportera beaucoup.
Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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