
Une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’Esprit ; car la lettre tue, mais l’Esprit fait vivre ?
« La lettre tue, mais l’Esprit fait vivre » (2 Corinthiens 3.6) : ce verset n’oppose pas la lettre à la réflexion humaine, mais invite à lire la Bible comme un cœur à cœur avec Dieu plutôt que comme un code de lois. Une lecture littérale sans prière ni discernement peut égarer ; l’Esprit, lui, libère et fait vivre.
Question posée :
Bonjour,
Pasteur, j’aimerais votre éclairage sur ce passage de la Bible. Je voudrais savoir ce que veut dire pour vous : « Il nous a aussi rendus capables d’être serviteurs d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’Esprit ; car la lettre tue, mais l’Esprit fait vivre. »
J’ai une amie qui pense que cela porte sur la réflexion humaine, que nos différentes interprétations peuvent tuer. Qu’en pensez-vous ?
Cordialement
Réponse d’un pasteur :
Bonjour,
Des interprétations qui peuvent tuer, faute de réflexion et de prière
C’est vrai que des interprétations de la Bible peuvent tuer. Il y a des gens qui ont tiré de la Bible des justifications pour le racisme, la xénophobie, l’homophobie, la misogynie, l’esclavage.
C’est effectivement plutôt un manque de réflexion humaine qui peut conduire à cela, et non un excès de réflexion humaine. Et c’est aussi un manque de prière, je pense. Plus probablement les deux : un manque de prière et un manque de réflexion.
Le risque d’une lecture « à la lettre » comme réponse absolue
Il est vrai qu’une lecture « à la lettre », c’est-à-dire une lecture qui fait du texte biblique une réponse absolue, alors que le texte biblique est plutôt un ensemble de bonnes questions à se poser. Le texte biblique est rédigé dans un contexte précis, celui où se trouve le prophète, le psalmiste ou l’apôtre face à la situation des personnes dont il a la charge.
C’est ainsi que certains textes de la Bible, lus à la lettre, pourraient par exemple être compris comme donnant l’ordre de Dieu de lapider un enfant désobéissant ! Ce verset doit être pris par le lecteur de la Bible d’abord comme un appel à travailler avec Dieu pour éliminer en lui-même ce qui est infantile, rebelle à la source de la vie, du bien, de l’amour et de l’espérance. Il est hors de question d’imaginer que Dieu nous enverrait tuer qui que ce soit, ni notre enfant, ni personne. Les textes bibliques sont lus par le chrétien en se souvenant de la façon dont Jésus-Christ se comportait dans la vie, incarnant la Parole de Dieu. Dans la confiance, donc, que Dieu est toujours source de vie.
L’alliance par l’Esprit : un cœur à cœur libérant plutôt qu’un contrat
Mais dans ce verset que vous citez (2 Corinthiens 3.6), il est question d’alliance par l’Esprit et non par la lettre. C’est bien intéressant. C’est une association à Dieu non avec un contrat ou un code de lois, mais c’est un cœur à cœur avec Dieu, un travail d’équipe basé sur la confiance, sur un souffle partagé. Un souffle qui est source de création, de transformation du chaos et lieu de vie et de vie bonne. Cette « nouvelle alliance » est attendue depuis les prophètes comme Jérémie 31.31-35, Joël 2.28 qui fait de chacune et chacun un prophète ou une prophétesse. C’est extrêmement libérant pour la personne qui n’est plus sous la coupe d’une église ou de religieux, ou de moralistes et de théologiens qui leur dicteraient ce qu’ils devraient penser et faire. Mais ces églises et leurs serviteurs sont là pour aider chacune et chacun à se réconcilier avec Dieu, à se saisir de cette vocation de regarder de ses propres yeux, d’entendre de ses propres oreilles et de réfléchir avec son cœur et sa tête. Tout cela avec le souffle de l’Esprit.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : Marc Pernot, pasteur à Genève
À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de l’Alliance, voir l’article dédié dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.
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