Mourir à soi-même, lâcher prise , vivre en chrétien : pas facile quand on a une famille, un métier ?

Par : pasteur Marc Pernot

des hommes sur un chantier de construction - Image par Mowtiti de Pixabay

Question d’un visiteur :

Bonjour Pasteur
Jésus a dit qu’il fallait mourir à soi même, repris dans différentes religions , comme quoi il faut suivre Jésus.
Lâcher prise face aux situations difficiles, accepter la vie , espérer dans un avenir meilleur.
Ça paraît de bon sens pour goûter la vie au quotidien , dans des détails , ce qui nous amène à un nouveau regard sur notre vie pour la recherche d un épanouissement. Quand on est célibataire , il me semble que ça peut paraître plus évident .
Mais quand on vit en famille, toute la difficulté , ç est aussi savoir créer un dialogue avec du bon sens dans l intérêt de tous les membres. Or, je trouve et c’est mon sentiment profond , que si l on veut cheminer avec Jésus, le laisser faire, ç est d autant plus difficile quand soi même vivons avec un incroyant, ou même un athée, et vivre avec des enfants qui se rebellent et qui se détournent de Dieu.
Voir même, parce que vous vous positionnez affichant votre croyance , vous pouvez même vous faire critiquer et vous faire traiter de catho et de benêt. On sait que le malin est à l’œuvre pour briser les familles.
Ce n’est pas ce que je vis, mais je sais que certaines familles Vivent cette situation. Ça peut être très éprouvant.
Dieu nous accompagne chaque jour. Les divisions dans les familles sont vraiment d actualités. Il faut toujours rechercher l unité mais parfois c’est très difficile. Dans mon entourage proche, je le vois actuellement. Quel cheminement adopter ?. Bien sûr le dialogue mais ça peut être usant. Et on voit fréquemment dans les foyers ç est bien souvent des rapports de force.
Je privilégie de rester autant que possible dans l amour et servir mon prochain. Et je compte aussi la parole de Dieu qui dit que l on récoltera ce qu on aura semé.
Connaissez-vous ce type de situation ?. Et quoi faire ?. Pas évident
Merci pour votre réponse.
Que Dieu vous bénisse.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Merci pour ces belles réflexions. Profondes et vraies. Stimulantes. Vous portez vraiment une soif de bien faire, et de faire du bien autour de vous.

« On » dit bien des choses sur la foi chrétienne. Certaines choses font partie des légendes urbaines et sont des apports de la pensée grecque, ou du bouddhisme, ou du chamanisme, plus que réellement des paroles et des gestes de Jésus-Christ.
En particulier :

  • Je ne suis pas certain que Jésus ait dit précisément de « mourir à soi-même ». Cela me semble plus compliqué que cela, car il passe son temps à mettre plus en forme la personne qu’il rencontre et à l’encourager à vivre sa vie, à avancer, et même à vivre en abondance. La question est plutôt d’ouvrir sa vie plutôt que de la recroqueviller sur soi. Alors c’est vrai que Jésus dit « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera. » (Matthieu 16:25), cela fait partie des paroles provocantes dont Jésus est familier, il y a je pense là principalement une dénonciation à l’égocentrisme, celle de se penser comme étant le nombril de l’univers, celle de ne penser qu’à se sauver soi tout seul, soi-même. Il y a là une sorte de folie, certes, qui fait bien des malheurs. Mais il reste que la promesse de Jésus ici est bien la vie et la vie en abondance.
  • Je ne suis pas certain que Jésus encourage au « lâcher prise » non plus. Il appelle à la responsabilité, et à aimer (Dieu, notre prochain et nous-même). Aimer est tout l’inverse d’un « lâcher prise », c’est un attachement. Une préoccupation pour Dieu, pour son prochain et pour soi-même. Je ne sais pas si en pensant à la vie de Jésus on pourrait parler de « lâcher prise » ? Peu-être plus à ne pas se tromper de prise, cette qualité de mettre les choses en perspectives et de mettre l’essentiel sur le dessus ? Quand il dit « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. » (Matthieu 6:33), il propose ainsi une recherche ardente, déterminée, opiniâtre. Pas tellement un lâcher prise. Et qui garde comme une joie supplémentaire de recevoir toute sorte de choses en plus comme des bénédictions inattendues.

D’accord, donc avec ce que vous dites sur la difficulté d’être chrétien. Les moqueries existent, mais pas spécifiquement contre le chrétien, on serait dans n’importe quel parti politique, fan d’une équipe de foot ou d’un type particulier de musique qu’il y aurait encore des personnes pour nous dire que c’est nul. Cela n’est pas très grave, même si l’on espérerait des rapports humains plus respectueux, à défaut d’être compassionnels, voire amicaux.

La seconde difficulté que vous citez, celle de la difficulté de faire la paix alors que c’est notre idéal, est une difficulté bien plus tragique, bien plus dure à vivre, il me semble :

  • On ne peut pas faire la paix tout seul, ni au travail, ni en famille, ni dans le couple. Même Dieu n’y arrive pas. Et pourtant notre idéal, en Christ, est bien d’être source d’un peu de réconciliation et de paix. Heureusement, la base de la base de l’Evangile du Christ est l’amour inconditionnel de Dieu pour nous, indépendamment de notre performance. Nous faisons ce que nous pouvons, de bon cœur, remettant le reste à Dieu. C’est une responsabilité sereine, sans pression, sans chantage, sans devoir de performance. Oui, vraiment, pour ce que vous dites sur le fait de semer comme nous pouvons l’amour et le service de notre prochain. En que c’est ensuite à Dieu de faire pousser. En réalité, il y a effectivement de beaux fruits. La parabole du semeur de Jésus (Matthieu 13) parle ainsi de nous aussi, pas seulement de Dieu, on sème ce que l’on peut comme bons gestes, comme beau geste, cela tombe souvent à perte, mais produit néanmoins de véritables miracles. Tout beau geste, de toute façon, change un tout petit peu le monde, infléchit sa course imperceptiblement, mais réellement. D’autres font aussi un petit geste, ces myriades de petit gestes ont bien plus d’importance qu’il ne semble. Ils entrent en concert avec le souffle de Dieu créant le monde. De toute façon, il y a une vraie joie, je pense d’avoir pu faire ce que nous avons pu dans le sens de ce que nous pensons juste. Même sans le fruit. Il y a là quelque chose qui rend la vie belle. Ne serait-ce qu’à l’échelle du geste, de l’instant, de la journée. Et cette joie est à cueillir dans la prière, par exemple au soir de sa journée, ou à la fin de la semaine.
  • Ce qui est plus difficile, plus tragique encore, c’est que cet idéal que nous avons en Christ, nous avons du mal à le réaliser autour de nous, mais nous n’arrivons même pas tellement bien à le vivre nous-même en nous-même. Nous espérons la paix, nous parlons de paix et d’amour, et vlan, voilà qu’une parole maladroite sort de notre bouche et blesse un de nos proches. Cela a été plus fort que nous. Triste, honteux. Surtout avec un tel idéal dans la tête, le cœur et la bouche. Oui. Bien sûr que cela est compréhensible, et tout humain se regardant lui-même en vérité sait qu’il est comme cela aussi. Alors ? Simplement se présenter devant Dieu tel que nous sommes, et travailler avec lui là dessus. Je pense que le fait de se savoir accepté comme cela, sans condition par Dieu, et donc par l’univers entier, nous aide à plus de sincérité et de lucidité, comme devant un véritable ami dont on sait qu’il nous comprendra et ne nous lâchera pas. Et puis nous comptons sur Dieu comme source d’évolution. Même si toute évolution prend du temps. Prenons donc courage. Nous poussons, nous et ceux qui sont autour de nous, au mieux comme un arbre pousse. Même si le lendemain, même si un mois après on a l’impression que l’arbre ne pousse pas, il pousse quand même. Il faut voir les progrès à moyen termes, sur quelques années, je pense. Il est bon de se demander si l’on pense que les chantiers qui nous sont ainsi à cœur ont avancé à cette échelle là de temps, et travailler en vue de cette échelle là de temps.

Dans la confiance en Dieu. Dans la souplesse d’esprit, dans la lucidité et la sincérité.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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2 réponses

  1. Gérard dit :

    Bonjour Pasteur,
    et merci beaucoup pour cette réponse .
    Au cours des lectures de vos réponses aux internautes, comme pour votre réponse à la mienne, j’ai le plaisir , oui, je dis bien le plaisir de vous lire. En effet, c’est toujours une réponse empreinte de beaucoup d’humilité, ne portant pas de jugement sur celui qui vous écrit. C’est une réponse qui prend bien en compte l’interrogation sur cette spiritualité dont la recherche à tous nos questionnements intérieurs n’est parfois pas si évidente pour notre cheminement personnel.
    Chacun son chemin, bien se connaître, reconnaître ses faiblesses , savoir que nous sommes accompagnés grâce à notre foi, faire ce que l’on peut même dans les détails du quotidien , du moment comme vous le dites qu’on y met de l’amour pour mieux apporter à notre prochain et que nous comptons sur Dieu comme source d’évolution. Et puis comme vous dites aussi , Dieu nous pardonne nos fautes de comportement , car nous ne sommes avant tout que des humains . Mais ce que nous pouvons apporter servira chaque jour à poser cette petite pierre à l’édifice pour un monde meilleur .
    Que Dieu vous bénisse

    • Marc Pernot dit :

      Grand merci pour cet encouragement précieux. C’est effectivement très délicat de répondre, car par définition la foi est un mouvement subjectif, personnel. C’est sa force et sa beauté. Seulement, cela veut dire qu’une autre personne a tout à fait la possibilité de voir les choses selon un autre point de vue et être dans la vérité. En même temps, toutes les positions ne sont pas porteuses de vie, certaines sont parfois source de mort pour d’autres. La question est de naviguer entre tout cela, alors que je ne connais la plupart du temps pas du tout la personne qui m’adresse sa question. C’est difficile et risqué, j’espère que la personen à qui je réponds et les visiteurs su site se sentiront libres et encouragés. C’est pourquoi votre message m’a encouragé.
      Dieu vous bénit et vous accompagne

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