La Bible paraît dire qu’il ne faudrait pas réagir contre le méchant ?

Illustration : un homme menaçant dans un escalier mécanique - Image parRudy and Peter Skitterians de Pixabay Question d’un visiteur :

Bonjour,

Voici une question sur un verset de la Bible que je n’arrive pas à comprendre: »Ne vous vengez pas vous-même, bien aimés, mais laissez agir la colère (ou donne place à la colère), car il est écrit: à moi la vengeance, c’est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. » (Romains 12;19)

Ce verset paraît dire qu’il ne faudrait pas réagir, et autrefois, c’est dans ce sens qu’on nous enseignait le catéchisme. Or la vie adulte m’a montré que ce n’est pas praticable, ni avec ses enfants, ni entre adultes, et que la colère existe, peut être comme un signal personnel que quelque chose ne va pas dans une relation. J’ai donc trouvé des issues, plus ou moins heureusement, en essayant, pleine de bonne volonté pour ne rien montrer, rester accueillante même après un coup vache, etc… Il m’est parfois arrivé d’en parler à froid, une fois que la moutarde a baissé, avec plus ou moins de bonheur, même les précautions prises pour dire les choses. Je ne crois pas non plus au rentre dedans au non de l’authenticité.

L’écriture nous dit aussi qu’il ne faut pas faire preuve d’orgueil, et parfois établit des liens entre colère et orgueil. Là encore l’expérience montre qu’il y a des situations où l’on doit poser ses limites, on ne doit pas se laisser faire. Est-ce de l’orgueil? Le verset dit de laisser aller la colère ou de laisser la place à la colère, et ce sont deux choses très différentes. Laisser aller la colère, c’est effectivement, la laisser partir… laisser du temps. Mais laisser agir, ou laisser la place, cela serait plutôt la laisser vivre, est-ce la montrer?

Dans quelle mesure s’attendre à Dieu, sans être trop passif?

Merci de votre éclairage

Réponse d’un pasteur :

Bonjour,

Personnellement, j’aime beaucoup ce verset, et il m’a déjà aidé à vivre, à passer le cap d’une colère vaine.

Ce passage ne propose pas de ne pas réagir, au contraire, mais de ne pas se venger. Pour ce qui est de réagir, il propose de donner à manger à son ennemi, de chercher à lui faire du bien pour surmonter le mal (verset 21).

Mais pour ce qui est de lui faire payer son offense, c’est vrai que c’est quelque chose qui nous vient en tête quand nous sommes en colère, et que ce n’est pas une réaction favorable, ni pour cette personne (bien sûr), ni pour nous-mêmes (le désir de vengeance nous pollue de l’intérieur, obscurcit notre discernement et notre maîtrise de nous).

Il n’est pas certain que nous soyons le mieux placé pour aider cette personne, ni avoir ensuite des relations avec elle (c’est selon ce que nous discernerons comme vocation). Quand on ne peut rien faire, a priori, pour améliorer l’autre qui nous a fait du mal, ou quand on a envie de se venger, de faire payer à l’autre sa méchanceté, il y a un truc qui n’est pas bête du tout : c’est de faire un gros paquet avec tout ça, dans sa tête, et de l’envoyer à Dieu en lui disant « débrouilles-toi avec tout ça ». C’est un peu ce que propose Paul ici.

C’est vrai que Paul est ici tout à fait dans la ligne de l’immense et perturbante prédication de Jésus sur ce sujet. Il dit solennellement : « Moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. » (Matthieu 5:38) Cette parole ne peut pas être prise au pied de la lettre, car cela reviendrait à laisser les pédophile violer nos enfants, par exemple, et les tyrans tyranniser la population. C’est là que l’on voit que c’st une erreur de lire les paroles de la Bible et particulièrement celles du Christ comme des commandements et des réponses absolues, elles sont à comprendre comme des questions. Cette parole de Jésus est une option nouvelle, pas très naturelle, que nosu pouvons rappeler à notre conscience avant de réagir, ou au soir d’une journée en nous demandant dans la prière comment nous avons agi ? Si par exemple votre adorable grand mère, tout d’un coup, a une parole méchante, peut-être est-ce sage de se demander s’il ne lui est pas arrivé quelque chose qui fait qu’elle se porte mal, et saisir que ce n’est pas le bon moment ni le bon moyen de riposter contre sa méchanceté du moment ?

Et quand Jésus nous dit également d’aimer, c’est à dire de chercher à faire du bien, à nos ennemis, et de prier pour ceux qui nous persécutes. (Matthieu 5:44), Jésus conclut cet enseignement par un « soyez parfait comme votre père céleste est parfait ». Cela montre bien le statut de cet enseignement, car nous ne sommes ni Dieu, ni parfait. C’est donc une visée ultime, un idéal inatteignable. Mais un idéal qu’il est bon de se donner pour ensuite faire au mieux, comme nous pouvons, nous laissant enfanter par Dieu peu à peu comem capable d’aimer un petit peu.

Mais si l’on regarde l’ensemble des paroles et des actes de Jésus dont nous disposons, il ne nous propose pas systématiquement de nous laisser faire. C’est vrai qu’il y a des cas où il est bon de ne pas réagir, et de laisser faire (de tendre l’autre joue). Mais ce n’est pas ce que fait systématiquement Jésus. Par exemple quand un soldat Romain le frappe, il l’interpelle en lui disant « pourquoi me frappes-tu ? » Jésus nous conseille aussi d’aller reprendre un frère qui fait le mal… et s’il ne réagit toujours pas de le considérer comme un péager (c’est à dire comme quelqu’un de prioritaire dans l’annonce de l’évangile).

A nous donc de voir, au cas par cas, selon nos forces et celles de notre amour, selon ce que nous pensons être le mieux selon notre conscience, notre foi. Ce n’est pas de l’orgueil, c’est tout simplement cette responsabilité et cette liberté qui nous est donnée par Dieu. En comptant aussi sur son aide et sa miséricorde.

Bravo pour votre lecture intelligente et sincère. A mon avis, c’est tout à fait comme cela que l’on avance.

par : pasteur Marc Pernot

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi le petit dictionnaire de théologie

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